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Aurora, rencontre avec une enfant qui avait grandi trop vite

Quelques heures avant son concert à la Maroquinerie ce 24 Octobre 2016, on s’est assis sur les escaliers menant vers la Maroquinerie à Paris, les bras serrant nos genoux, pour écouter cette petite blonde Norvégienne de vingt ans nous parler de la neige en automne à Bergen et de ce que ça fait de poser ses pieds sur la scène du Prix Nobel de la Paix.

Il est 21h. Aurora entre en scène. Un petit bout de Norvège aux cheveux blonds tressés méthodiquement (même si une petite mèche s’échappera durant le concert, ce qui l’amusera beaucoup), vêtue d’une robe blanche ornée de plumes. Une robe confectionnée par un fan présent dans la salle. Plus tôt, on lui demandait si elle était stressée en pensant au concert à venir. « Chanter sur scène, c’est un peu comme plonger dans l’océan. On sait que ça ne nous tuera pas si on a appris à nager. On s’y habitue, ça devient moins effrayant et plus… beau. ». Même devant des milliers de personnes sur la scène du Prix Nobel de la Paix ? Oui, même là, elle a (presque) balayé sa nervosité d’un revers de la main.« C’est bizarre de chanter sur un plateau télé. Il faut donner tout ce qu’on a en très peu de temps, et on ne peut même pas voir les gens à qui l’on s’adresse. C’est vrai que j’étais un peu nerveuse ce jour-là

Sur cette scène de la Maroquinerie, elle nous lance d’abord un sourire et commence par « Black Water Lilies » – une chanson de son tout premier album sorti récemment. Parfaitement à l’aise, elle enchaîne les chansons d’une voix posée, cristalline. Pourtant, ce n’était pas un rêve de petite fille de devenir chanteuse. Quand on l’interroge sur ses premières compositions, elle nous explique qu’elle voulait d’abord capturer la beauté de la nature dans des poèmes. « J’avais six ans. C’était l’automne, un peu comme aujourd’hui, mais il neigeait. Je me souviens avoir trouvé cela étrange et magique, ces couleurs chaudes des arbres rougis par l’automne et la neige. J’avais l’impression que le temps s’était figé. J’ai écrit un poème sur la neige, et bien d’autres ensuite. Vers six ans, j’ai aussi commencé à apprendre à jouer du piano, et j’ai pu ajouter des mélodies à mes poèmes vers l’âge de neuf ans. Je n’ai jamais eu envie de monter sur scène, je voulais juste écrire de la musique.»

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L’autodidacte a ensuite rapidement dû apprendre à travailler avec un label, des producteurs et d’autres musiciens. « C’est très bizarre de partager ses chansons. Mais c’est aussi assez naturel pour moi. On se ressemble tous, face aux émotions. On les partage tous. C’était plus dur quand j’étais plus jeune, parce que j’étais plus discrète, je n’osais pas contredire les gens. Maintenant je sais ce que j’aime et ce que je veux. Je sais produire de la musique mais je trouve ça très enrichissant de travailler avec les autres. Et cela permet d’apprendre à avoir confiance en soi et à défendre ses idées. »

Elle nous dit ces mots avec les sourcils froncés et le poing fermé, comme une enfant qui aurait grandi un peu vite. Pourtant, « fière » et « puissante » sont bien les mots qui nous viennent en tête en voyant Aurora enchaîner sans faute tous les tubes en devenir de son album. Elle s’amuse avec ses chansons et l’alchimie avec ses musiciens est palpable. « Je n’ai jamais voulu que mes concerts sonnent comme mes albums. Jouer live est humain et organique, je ne veux pas passer pour une machine. Je veux aussi que le groupe s’amuse, que l’énergie soit bonne. Même si je chante faux et qu’on fait mille erreurs, je sais que le concert sera génial si l’énergie est là.»

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Plus tard, tous les musiciens quittent soudainement la scène, excepté Aurora et son guitariste. La lumière se tamise. Elle entame une magnifique et touchante chanson inédite appelée « Animal Soul ». On entend ensuite les premières notes de « Murder Song« . C’est sa chanson la plus explicitement sombre et la salle retient son souffle. Sur l’avant de la foule, un spectateur montre le compte-à-rebours avec ses mains. « 5… 4… 3… 2… 1… ». A la fin de la chanson, la foule attend quelques secondes avant d’applaudir. « Je suis attirée par les choses morbides et fascinée par l’obscurité. En écrivant « Murder Song », je crois que j’ai essayé de comprendre comment quelqu’un pouvait faire quelque chose de si horrible à une autre personne. Je ne comprends toujours pas. C’est bizarre, un meurtre est très humain et pourtant pas du tout. Mais nous sommes les seuls à faire ce genre de choses. Je trouve ça très effrayant, et j’ai voulu en parler, pour ne pas oublier que pour certains, ce ne sont pas que des chansons. C’est important d’avoir conscience des autres et de s’assurer qu’ils vont bien

Et effectivement, lorsqu’on voit Aurora sur scène, on est les témoins immédiats d’un être hypersensible qui s’exprime comme il peut, en peinture, en danse et évidemment, en chansons. De quoi se demander s’il y en a certaines que nous n’avons jamais entendues. « J’ai besoin de prendre de la distance par rapport à quelques chansons avant de pouvoir les jouer en public. Je ne joue pas encore « Home » de mon dernier album, car elle me rend trop triste. Mais je sens que j’y arriverai bientôt.»

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Le set se termine sur « Conqueror« , une chanson sur laquelle Aurora danse et virevolte sur toute la longueur de la scène. Nous lui avions justement demandé comment elle arrivait à garder toute l’énergie et l’émotion, même après des dizaines d’interprétations. « Je ne pense pas que je m’éloignerai un jour de l’émotion de mes chansons. Et le public est toujours différent. Je me dis que c’est peut-être la première ou la dernière fois qu’ils me voient sur scène et j’ai envie de leur donner mon maximum.»

Après son rappel et une magnifique interprétation de « Through the Eyes of a Child« , le public et la chanteuse s’échangent des regards reconnaissants. « J’ai le sentiment d’avoir une voix. On sait que les gens vous écoutent à partir du moment où ils vous admirent, et j’ai l’impression d’être encouragée à changer un tout petit peu les choses. Quand les gens me disent que ma musique les aide, c’est magnifique. J’en oublie les petits tracas. Ça me rappelle que la musique est plus grande que nous. Je ne suis qu’un messager

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Crédit photos : Hana Ofangel

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