MENU
En lecture PARTAGER L'ARTICLE

Moka Boka, le bonheur dans la douleur

« Le mec debout là-bas, c’est Moka Boka. Il rappe et a fait une Colors. » C’est comme ça, au cours d’une soirée à Bruxelles, il y a un peu plus d’un an, que nous avons découvert le travail de cet artiste belge de 26 ans. Enfin du moins son existence, car il nous a fallu plus longtemps qu’un after pour découvrir l’étendue de ses capacités et un univers qui dépasse largement la sphère du rap.

Avec deux projets en 2015, Negus et O Mon Ame, Supernova en 2017, Pas de Pluie, Pas de Fleurs sorti l’année dernière et Juste Avant Kwami prévu pour début décembre, Moka Boka n’est pourtant pas là pour griller les étapes. Il compte seulement une dizaine de scènes à son actif, dont Dour et un récent passage à Hip Opsession plus que réussi, mais on sent qu’il est en train de régler la mire pour nous envoyer plus qu’un « Sourire » plein de seum.

Affilié depuis presque deux ans au collectif/label LeJeune Club drivé par Krisy, on l’a vu plusieurs fois passer dans Planète Rap aux côtés de Lomepal et Roméo Elvis, ainsi qu’avec Swing sur Heracles et surtout Primero et Wondagurl sur le track « Nuage » enregistré au Redbull Music Studios Paris en septembre dernier. En attendant son nouvel EP, on a pris un peu de temps pour discuter avec ce mélancolique – qui s’est buté durant sa jeunesse à la soul, au reggae, au rap de 50 Cent, Kanye West et aux idées des Black Panthers – pour voir qui est ce gars « debout là-bas » croisé dans un appartement bruxellois et à qui on n’avait pas parlé.

Tu viens de sortir le clip de « Yeux Doux », track extrait de Juste Avant Kwami qui sortira le 6 décembre prochain, on part sur quoi comme optique ? Parce que dans tes précédents EP, on était plutôt sur de la mélancolie ?

J’ai mis du temps à le composer. Je commence à découvrir l’industrie. Je me suis posé beaucoup de questions, j’ai perdu des amis proches. C’était une année spéciale. Ce projet va traiter un peu de mon rapport à l’industrie de la musique, de la vie que j’ai choisie… Dans Pas de Pluie, Pas de Fleurs, c’était une journée-type de ma vie où je venais de me faire virer, je commençais à faire du son plus sérieusement et là je me sens devenir pro. J’ai rencontré pas mal d’artistes et c’est un peu comme la suite de Pas de Pluie, Pas de Fleurs. Je suis beaucoup plus à l’aise avec ma vie sentimentale passée. A l’époque, c’était plus difficile. Maintenant, j’ai un rapport différent avec les femmes, les gens de l’industrie, ceux qui m’écoutent. Je suis plus mature pour affronter ce qui m’attend.

Tu parles de journée-type à propos de la construction de Pas de Pluie, Pas de Fleurs, d’où les messages vocaux à la fin des morceaux ?

Les répondeurs sur le projet Pas de Pluie, Pas de Fleurs, c’était vraiment pour créer une sorte de ligne conductrice pour impliquer l’auditeur comme s’il passait une journée dans ma vie. Ce sont des choses qui me sont vraiment arrivées.

En discutant avec toi du fait que t’aies un rapport différent avec les gens de l’industrie, avec ceux qui t’écoutent, avec toi-même et ta légitimité, on sent que ça joue sur ta volonté de développer l’aspect scénique ?

Clairement ! Il y a aussi le fait d’avoir fait Dour, d’avoir fait certaines scènes, ça m’a vraiment donné la confiance. J’aime bien ce que tu dis à propos de la légitimité, j’ai l’impression que j’ai un peu le syndrome de l’imposteur. Je suis hyper heureux de ce qu’il m’arrive mais c’est juste que des fois je suis en mode « comment ça se fait que ça m’arrive à moi. Pourquoi moi et pas quelqu’un d’autre ? » En vrai, il faut juste vivre ce qu’il se passe. Ça fait aussi quelques mois que je travaille avec un tourneur et ça c’est vraiment bien. Avant, je gérais tout moi-même.

Tu travailles depuis quelques mois avec un tourneur, ça fait quasiment deux ans que t’as signé chez LeJeune Club, comment tu composes entre tes envies et les multiples sollicitations ? Tu restes méfiant vis-à-vis de l’industrie ?

Je suis en apprentissage. Je découvre comment ça fonctionne et je suis quand même ouvert à ce qu’il se fait dans le sens de promouvoir un projet, faire des interviews… Mais je garde toujours un coté méfiant. Je n’aime pas trop suivre les règles. Par exemple, le réseau que j’utilise le plus c’est Instagram. J’aime bien parce que c’est assez spontané. Ce n’est pas comme sur Facebook. Je vois un truc, je le filme, je le balance et je veux garder ça. On m’a déjà proposé plusieurs fois de fonctionner différemment ou qu’on gère mon compte à ma place mais je veux garder ça. Si tu veux te sentir proche et voir ma personnalité, comment je me sens vraiment, Instagram c’est cool. Après, ça ne me dérange pas de jouer le jeu de temps en temps.

Krisy et Swing ont une grande importance dans ta carrière, avec lequel des deux t’as connecté en premier ?

La première personne que j’ai capté c’était Swing. Krisy, je le connaissais de loin, pas personnellement. A Bruxelles, c’est quelqu’un d’assez connu. La première personne dont j’étais proche dans le milieu musical, c’était Swing. Il aimait beaucoup ma musique et un jour, il est venu devant moi et il m’a récité un de mes vieux freestyles. Ça m’avait touché. A cette époque là, personne ne s’intéressait vraiment à ce que je faisais. C’est comme ça que je l’ai rencontré. A l’époque, ils débutaient avec L’Or Du Commun. Il y avait Roméo (Elvis) un peu plus loin. C’était il y a peut-être six ans. Mais je n’étais pas forcément à fond dans le son. J’ai commencé à voyager. Je suis parti en Angleterre et au Canada. J’ai pris une sorte d’année sabbatique, qui a duré deux ou trois ans. C’est quand je suis rentré je lui ai proposé ce fameux featuring sur « Heracles ». Il a apprécié et ça s’est fait super spontanément. On va dire que c’est le premier qui m’a tendu la main mais juste après ça a été avec Krisy. On se parlait un peu, il voyait ce que je faisais. Il avait apprécié Supernova. Je lui ai dit que j’avais un feat. avec Swing, que je recherchais un team pour un peu m’encadrer et booster mes morceaux. Krisy a accepté et tout s’est enchainé. J’ai sorti le clip avec Swing en même temps que j’ai commencé à travailler avec LeJeune Club.

En parlant de ton album Supernova, dans quelles conditions ont été réalisés tes précédents projets ?

Les tout premiers projets comme Negus, O Mon Ame, c’était vraiment dans ma chambre en mode je prenais des beats, des instrumentales qui existaient déjà, ou des trucs de beatmakers inconnus sur Soundcloud. C’était le côté mélancolique, je parlais à mon âme (rires). Je me posais pas mal de questions, je n’étais pas spécialement bien dans ma peau et ces projets comme Negus et O Mon Ame ont été faits et mis en place dans ce genre de mood très renfermé dans ma chambre à penser au futur…

Depuis que t’es plus entouré, il n’y a personne qui te dit « non, ne mets pas ce morceau là comme ça sur internet, ce n’est pas un bon calcul… » ?

On me le dit mais si j’ai envie de le faire, je le fais malgré tout. C’est clair qu’aujourd’hui, les tracks que j’ai, le mieux c’est de les monétiser. En gros, les gars préfèrent qu’on les mettent sur Spotify directement. Moi, je suis plus pour sortir le truc spontanément mais je réalise qu’il y a peut-être moins d’impact que si j’avais préparé ça en amont avec un minimum de promo.

Du coup, c’est toi qui a choisi de sortir et de cliper « 1000 Plans », track qui n’est sur aucun de tes projets ?

« 1000 Plans », c’était un test. J’aime beaucoup la musique folk et j’ai entendu la prod et je la trouvais trop folle. C’est sorti sur aucun projet. C’était juste pour voir un peu la réaction des gens.

Et pour « Nuage » avec Primero et Wondagurl?

C’est Redbull qui m’a contacté et c’était quelque chose quand même d’assez gros avec Wondagurl qui est une très grande productrice. C’était un honneur de travailler avec elle au studio Redbull à Paris. C’était comme un rêve de gosse qui se réalise. Elle a travaillé pour Travis Scott, Young Thug…

Niveau beatmakers, t’es pas mal entouré notamment avec Mowley, Kasper ou encore Hunter is Blue, comment ça se passe les collaborations ?

Kasper, c’est un gars de Soundcloud. Il vient du Danemark. Mowley, c’est un gars de Bruxelles, un ami d’un ami. On se voyait en studio. J’ai toujours taffé avec quelques personnes. Il y a mon gars Hunter is Blue, qui fait des très bonnes productions. Il mixe aussi. Au tout début, j’enregistrais chez lui, il mixait certains de mes morceaux. Il y aussi Truhh & MEWHY. La plupart c’est en studio mais j’ai aussi capté quelques personnes sur Soundcloud. J’aime bien ça. J’ai commencé à publier des morceaux dessus, à y prendre des prods. Aujourd’hui, on m’en propose mais j’essaie aussi de créer avec des beatmakers, donner mon avis, diriger un peu.

Tu produis aussi un peu, sur Pas de Pluie, Pas de Fleurs, t’as fait les lignes de basse de certains morceaux comme Ce Soir ou Moins de Stress…

J’ai aussi mis quelques accords à la guitare sur « Moins de Stress ». Pour « Ce Soir », j’ai composé la prod., Mowley a rajouté une batterie. Sur « Heracles », on a fait la structure ensemble. Pour « Contre Le Monde », c’est moi qui ai tout fait. J’ai pris le sample, j’ai mis le drum… Mais comme j’ai pas mal travaillé solo, je suis plus en mode partage.

En plus de ton côté mélancolique et désabusé vis-à-vis de l’Homme et de la vie, il y a aussi un côté revanchard qui ressort de tes textes. Tu perçois ça comment maintenant que t’es dans un autre mood ?

En fait, la musique pour moi, c’est vraiment une façon de s’exprimer. Je suis quelqu’un d’assez timide et à travers la musique je peux me permettre de dire certaines choses que je ne dirais pas spécialement dans la vie de tous les jours. Et ouais, le côté revanchard, il y a ça aussi. La musique me met en avant alors que dans ma jeunesse je n’avais pas beaucoup d’amis, j’étais dans mon coin. Aujourd’hui, je fréquente énormément de monde, c’est trop cool et c’est la musique qui m’a permis ça. Ce côté revanchard, je le prends aussi de Kanye West, même de 50 cent, ce côté on se vante, on show-off, à l’américaine. C’est ça qui m’impressionne et qui m’inspire dans le hip-hop, c’est ce côté hyper-confiant, hyper fier mais en même il y a aussi un côté hyper instable, stressé, anxieux… J’aime bien ce mélange.

Tu cites Kanye West comme une des tes références, c’est quoi ton rapport à la religion ?

Ma mère est chrétienne donc quand j’étais petit je me rappelle qu’elle m’emmenait à l’église. Mon père est croyant mais n’était pas dans une religion spéciale. La spiritualité, c’est quelque chose qui m’a marqué très petit. Ma mère priait pour nous mais elle ne nous a jamais obligés à aller à l’église. Avec mes frères on n’aimait pas y aller. On n’aimait pas aller à l’Ecole du dimanche pour les petits mais j’aimais bien certains enseignements. Comme c’était des églises d’Afros, il y avait beaucoup de musique, beaucoup de chants. En grandissant, j’ai un peu laissé ça de côté mais je crois en Dieu. Je ne me considère pas comme un religieux mais je crois en Dieu, en la nature… Le fait qu’il y ait un être supérieur… et la musique c’est spirituel aussi. Ça élève.

Un de tes projets s’appelle Negus en référence à la culture rasta très présente chez toi via ton père qui vient du Congo et comme bon nombre d’artistes qui rappent, t’utilises assez souvent le mot negro, y-a-t-il une signification particulière pour toi ou c’est juste de la ponctuation ?

Mon père est quelqu’un de très engagé. En mode Black Panthers… et il nous en parlait énormément quand on était petit à moi et mes frères. L’idée principale, c’est le sens qu’il y a derrière. Après, je l’utilise aussi comme ponctuation mais à la base c’est un privilège. J’ai le privilège de pouvoir dire negro. J’ai vraiment repris le principe des afro-américains qui s’appellent négro entre eux. A la base, c’est quelque chose de péjoratif. On appelait les esclaves comme ça et ils ont commencé à l’utiliser entre eux et du fait de mon métissage, avec mes cousins souvent pour rire on s’appelle comme ça. Les rappeurs comme 50 Cent… l’utilisent aussi, c’est stylé et du coup en tant que métis, je peux me le permettre de le dire. Après, maintenant c’est un grand débat de savoir si les blancs peuvent le dire ou pas. Personnellement, c’est l’intention qui est derrière. Par exemple, je le chante en concert et le public le reprend, ça ne me dérange pas du tout. C’est de la musique, on est excité, on chante, on crie mais si c’est utilisé de manière négative, forcément ça pose un problème.

Dans Supernova sur le morceau « Très Haut » tu dis « Je cherche le bonheur dans la douleur. Faut faire la guerre pour vivre en paix » et plus loin « Je prône la paix et pas la guerre ». Du coup, on fait quoi ?

Ouais, c’est un peu contradictoire mais c’est moi dans le sens où je suis deux, c’est à dire blanc et noir. J’ai grandi avec la culture blanche, avec la culture noire. Je connais mes deux familles, c’est beaucoup de contradictions et dans tout ça j’essaie de trouver un équilibre mais je n’ai pas envie de me bloquer dans quelque chose non plus. J’ai pas envie d’être que positif, que négatif. Je veux juste être vrai et des fois j’ai le seum, des fois je n’ai pas le seum. Parfois, je veux beaucoup d’argent, parfois je ne veux rien. J’essaie d’exprimer ça à chaque fois en étant le plus sincère possible.

L’expression « cœur bleu » qui est liée à cette dichotomie revient souvent dans tes textes comme dans « Sourire » mais on est pas loin non plus de sang bleu…

En fait, c’est lié. J’ai pensé au sang bleu. Je pense que je suis un roi, que j’ai du sang de roi dans les veines. J’y crois vraiment (rires) ! C’est ce côté, on a tous de la valeur. C’est important de s’estimer.

Cette notion de guerre interne revient aussi dans « Efforts » toujours sur Supernova où tu dis « Et c’est dur chaque jour. Je fais des efforts et des efforts. C’est la guerre entre ma tête et mon corps. Je dois rester fort » alors que dans Pas de Pluie, Pas de Fleurs, on sent que t’as mis le pied au fond de la piscine et que tu remontes. On se trompe ?

Ouais, c’est mon état d’esprit d’il y a quelques années mais aujourd’hui j’ai compris qu’on était pas obligé de se battre tout le temps, qu’il faut laisser couler aussi. A l’époque, je voulais tout maitriser, tout calculer. Il faut se battre, se faire violence. Il le faut mais pas tout le temps non plus. Il y a certaines choses qui ne nécessitent pas qu’on se mette la pression. En ce moment, je suis plus dans cette optique. J’apprends aussi à moins rester dans les moments dark. J’avais tendance en quelque sorte à m’apitoyer et je l’exprimais à travers ma musique.

Dans ce morceau, juste après tu dis aussi « J’ai mis haut la barre, pas pour le bel appart mais pour voguer autre part », c’est où autre part pour toi ? Où est-ce que tu veux voguer ?

J’aimerais partir loin et m’effacer (rires). Ce que j’aimerais en dehors d’une petite maison dans la nature ? Il y a un truc que je réalise, c’est qu’on est dans une société où il faut faire l’argent. Mais comment je décide de faire mon argent ? Je n’ai pas envie de commencer à travailler du matin au soir. Je me suis dit que j’allais faire mon argent avec ce que j’aime, à savoir la musique. En ce moment je vis ma vie, je fais mon argent mais après je me vois bien sur une petite île ou dans une maison dans la forêt.

Toujours en faisant de la musique ?

Toujours mais sans aucune pression. J’aime bien m’effacer, m’évader, ça serait l’objectif.

Tu cites aussi Jack London dans tes textes, en parlant notamment de Martin Eden, tu peux développer un peu ?

C’est un livre qui m’a marqué. C’est un de mes auteurs préférés. Je me retrouve vraiment en lui. Martin Eden, c’est une sorte d’autobiographie. Nekfeu en a parlé dans un morceau. En gros, Jack London c’est un prolétaire américain qui a vécu dans les années 1900 et qui n’a pas fait d’études mais qui a énormément voyagé. Il était marin mais a fait plein de jobs différents et à un moment donné, il s’est dit qu’il voulait être écrivain. Il a écrit Croc-Blanc, un de ses plus gros succès et il est mort d’on ne sait pas trop quoi. Il a vécu de manière intense. Je me reconnais en lui, parce que c’est un gars qui a arrêté les études très tôt, qui a beaucoup voyagé et qui s’est lancé dans sa passion. Et aussi, c’est un prolétaire. Il part d’en bas pour arriver en haut littéralement. Ça c’est quelque chose qui me touche et me tient à cœur parce que mes parents sont de la classe moyenne. Mon père est mécanicien et ma mère secrétaire. J’ai toujours été attiré par la littérature mais je viens d’un quartier assez populaire et je me sens proche aussi de ces gens-là. En même temps, j’ai envie de grimper, de faire l’argent. Et puis j’aime bien aussi le milieu bourgeois. Martin Eden, c’est un peu cette histoire là. C’est pour ça que ça me parle énormément.

Quand on s’est croisé à Hip Opsession en octobre dernier, tu m’as dit que t’aimais beaucoup le travail de Ledé Markson un artiste de Liège et qui fait aussi souvent référence au prolétariat et la vie compliquée des classes moyennes via l’exemple de ses parents. C’est ce qui fait que tu te retrouves aussi dans sa musique ?

Clairement ! A Liège, c’est très fort. C’est pour ça que j’aime beaucoup Ledé. On a un morceau qui est déjà enregistré mais il faudrait que je le recapte. Ça fait longtemps. Pour moi, avec Isha, ce sont les plus chauds du rap francophone.

Même en France ?

Même en France, gros !

Partager cet article
0 commentaire

0 commentaire

Soyez le premier à commenter cet article
Chargement...
Votre commentaire est en cours de modération
Merci
Une erreur est survenue lors de l'envoi de votre commentaire
Sourdoreille : la playlist ultime
Toutes les playlists

0:00
0:00
REVENIR
EN HAUT