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Peter Silberman : « J’ai pensé que j’allais devoir arrêter la musique »

Le 24 avril dernier, le Pop Up du Label ouvrait ses portes à Peter Silberman. Après l’annonce d’une pause à durée indéfinie de son groupe The Antlers, il s’est suivi un long silence de la part du chanteur à la voix multi-octave, silence dû à des acouphènes apparus lors de la dernière tournée de son groupe. Un silence imposé, donc, et salvateur. Aujourd’hui, Peter Silberman va mieux, mais s’est posé les mêmes questions que nous : voulait-il revenir à la musique ? Sous quelle forme ? Nous avons pu lui poser ces questions juste avant son concert, forcément intimiste.

Cela fait longtemps qu’on n’a pas eu de tes nouvelles. En faisant des recherches pour cette interview, je me suis rendu compte que tu avais développé des problèmes d’audition.

C’est arrivé juste après l’enregistrement du dernier album de The Antlers, juste avant qu’on commence la tournée. C’était à cette période de l’année, en 2014. Il fallait que je parte en tournée pendant un certain temps alors j’ai essayé de ménager ma condition. Une fois la tournée terminée, je me suis arrêté pendant longtemps, et je n’ai pas fait de concert avec The Antlers depuis. Je vais nettement mieux maintenant.

Je vous ai vu jouer au Café de la Danse à Paris en 2014 et je n’avais aucune idée de ce que tu pouvais vivre. Tu ne le montrais pas mais ça devait être terrifiant, non ?

Oui j’avais peur. Très peur. Mais bon, je portais des protections auditives et j’étais dans le mouvement. Je n’ai pas aggravé mon état avec la tournée mais ça a rallongé ma rémission.

Tu as pensé arrêter la musique, à ce que tu ferais si tu n’étais plus musicien ?

J’ai pensé que j’allais devoir arrêter. Si j’étais resté dans le même état que les premiers mois, alors j’aurais dû. D’ailleurs, j’ai vraiment commencé à penser à une reconversion durant les premières semaines. Je ne sais pas du tout ce que je ferais si j’arrêtais la musique. Peut-être écrire, même si je ne sais pas encore sous quelle forme. Je pense que c’est ce que je vais faire après cette tournée, faire une pause et prendre l’habitude d’écrire tous les jours et à un moment je saurai reconnaître un poème ou un livre ou un… podcast, je ne sais pas (rires). Oui c’était effrayant parce que c’est toute ma vie et ça l’est depuis longtemps. Heureusement, j’ai pu revenir à la musique, sous une forme un peu différente pour ménager mes oreilles.

On a tous dit qu’on acceptait que le monde change jusqu’à ce que cela arrive vraiment, et c’est en fait très dur à vivre.

Tu sors de ton silence avec un nouvel album, et ton premier album solo, Impermanence. Était-ce une thérapie pour toi ? Pourquoi ne pas emmener les membres de ton groupe dans ce voyage ?

Cette décision vient d’un tas de facteurs et c’est un peu compliqué, mais en gros j’avais besoin d’accomplir ce voyage tout seul. J’avais du mal à l’expliquer, pendant que je préparais l’album. C’était un processus qu’il fallait que je complète par moi-même et voilà le résultat.

Après avoir lu plus de choses sur toi, les chansons de cet album ont pris un nouveau sens. La chanson « New York », en particulier.

Oui, cette chanson parle de vivre à New York avec mes nouveaux problèmes de santé. Comme toutes les grandes villes, c’est un environnement très bruyant qu’on a tendance à ignorer. Un cerveau normal peut bloquer le bruit du trafic et des travaux, mais j’en étais devenu incapable, et ça a rendu ma vie là-bas complètement différente. Cette chanson parle de ce réveil face à son environnement.

J’ai une question un peu naïve mais… que veut dire Impermanence ?

C’est une idée centrale au bouddhisme, qui décrit le monde et la réalité comme des choses qui évoluent sans arrêt. C’est le principe de non-attachement, et qu’on ne peut pas vraiment saisir quoi que ce soit parce que tout finit par se dérober et changer. Une certaine souffrance vient du fait de vouloir s’accrocher à des choses qui sont impossibles à retenir. Cet album parle de changement, qu’il faut apprendre à adopter, et aussi du défi que cela implique car c’est plus facile à dire qu’à faire. On a tous dit qu’on acceptait que le monde change jusqu’à ce que cela arrive vraiment, et c’est en fait très dur à vivre.

C’est un peu ce que j’avais compris, mais je pensais surtout que tu parlais des Hommes et de notre présence temporaire sur Terre.

C’est les deux, Impermanence concerne l’universel mais c’est aussi la reconnaissance de cette qualité dans sa propre vie. C’est se dire « Je suis un être temporaire, je suis là maintenant mais je m’en irai un jour ». On y pense tous un jour, certains plus souvent que d’autres. J’y pense déjà pas mal et avec mes problèmes d’audition, je me suis mis à y penser plus souvent parce que la vie m’a mise face à un exemple concret de quelque chose que je pensais acquis et qui soudain n’était plus là. J’ai voulu parler de tout ça dans cet album, de la mortalité en essayant de la connecter au fait que non seulement nos vies sont temporaires, mais l’univers tout entier aussi.

peter silberman

« Je voulais voir à quoi ressemblerait une tournée à partir de ces chansons, en baissant le volume et en faisant les choses de manière plus calme et plus maîtrisée, histoire de réduire au maximum les choses qui ont pu m’abîmer les oreilles. »

Je crois que quelque part, j’essayais de le relier à tes albums précédents, en particulier Hospice. « Kettering » parle de la maladie et c’est la chanson la plus poignante à ce sujet que j’ai jamais entendue. Est-ce quelque chose qui t’inspire beaucoup ?

Je pense que j’y pensais déjà beaucoup et mon idée de la mort a évolué au fil du temps. J’ai exprimé cette évolution au fil des albums. Hospice parlait de confronter la maladie et la mort d’une relation. Il parlait aussi d’une relation avec quelqu’un qui a vécu une expérience avec la mort et qui vous en fait prendre conscience d’une manière très tangible. Impermanence est moins spécifique et parle de manière générale du fait de vieillir et de se perdre quelque part sur le chemin. Burst Apart était à propos de l’anxiété par rapport à la mort et l’incapacité à la comprendre ou à l’accepter. Familiars… Je ne sais pas trop ce que cet album cherchait à dire (rires). Je le comprenais à l’époque, mais plus maintenant.

 

La musique, les enregistrements, et surtout les tournées : j’imagine que ça implique un mode de vie assez mouvementé. Vu tes problèmes de santé, qu’est-ce qui t’a poussé à remonter sur scène ?

C’est une bonne question, et je dois avouer que je me la pose aussi un peu, en ce moment. Déjà, c’est tout ce que je sais faire. Et puis je l’ai vécu comme une sorte d’expérience. Je voulais voir à quoi ressemblerait une tournée à partir de ces chansons, en baissant le volume et en faisant les choses de manière plus calme et plus maîtrisée, histoire de réduire au maximum les choses qui ont pu m’abîmer les oreilles. Je ne sais pas si ça a marché, du moins pas suffisamment. Les tournées sont très dures à vivre sainement. On apprend au fil du temps et je les vis mieux qu’avant mais c’est quelque chose qui reste épuisant. C’est une pression provoquée sur tout l’organisme.

Quand tu n’es pas sur scène, je t’imagine chez toi, dans ton propre studio d’enregistrement, et assez actif en matière d’écriture de chansons. Est-ce que je suis proche de la réalité ?

C’est très généreux de ta part. J’ai effectivement mon studio à la maison et j’y passe beaucoup de temps. Mais je n’écris pas constamment des chansons. Je passe par des phases qui dépendent du fait d’avoir une idée globale, et généralement ça se transforme en album. Je joue et j’écris presque tous les jours tous les jours mais ça ne veut pas dire que j’écris des chansons tous les jours. C’est plus une série d’exercices qui me permettent de jouer de la musique et – j’espère – de m’améliorer. Ma vie à la maison tourne un peu autour de ce rythme, qui se brise quand je pars en tournée, et que je mets un peu de temps à redémarrer quand je reviens.

The Antlers ? Je crois que la vie trouvera un moyen de nous rassembler, même s’il est trop tôt pour dire exactement comment.

Est-ce que tu considères enregistrer ton prochain album toi-même ?

J’ai enregistré Hospice moi-même, et les albums précédents aussi. J’aime bien le processus, mais je n’en ai pas très envie pour le moment. C’est marrant à faire mais je n’arrive pas forcément au résultat optimal. Je ne passe pas beaucoup de temps dans des grands studios d’enregistrement professionnels, ce n’est pas mon environnement favori. J’aime bien l’idée de trouver un compromis, un procédé hybride. J’ai enregistré Impermanence avec mon ami Nicholas Principe [avec qui Silberman a enregistré le projet instrumental Transcendless Summer, ndlr], dans un studio qu’il a construit lui-même. Je vais continuer à travailler avec lui et à enregistrer d’autres projets instrumentaux, certains sont en cours.

Donc à la fin de cette tournée, tu vas faire une pause. Tu sais pour combien de temps ?

J’ai encore quelques concerts sur la côte Ouest des Etats-Unis. Après ça, je vais faire une pause pour l’été, peut-être plus longtemps. J’ai plein de musique que j’ai envie de jouer mais plus vraiment de concerts que j’ai envie de faire. Mon expérience est terminée et j’ai satisfait ma curiosité. Et puis je n’ai plus l’énergie que j’avais. J’avais 22 ou 23 ans quand j’ai commencé les tournées, j’en ai maintenant 31. C’est pas énorme mais je fatigue plus vite qu’avant.

Je me dois de poser la question : penses-tu reprendre les projets avec les membres de The Antlers ?

Oui, je pense. Je ne sais pas quand. Tout le monde suit son propre chemin pour l’instant mais je pense qu’on rejouera ensemble, quand on sera prêts. On a passé beaucoup de temps ensemble sur les routes et à créer de la musique, je crois que la vie trouvera un moyen de nous rassembler, même s’il est trop tôt pour dire exactement comment.

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