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Duchess Says : « La colère n’est pas le seul moteur de l’inspiration »

Quelques petites heures avant son concert à Petit Bain, Annie-Claude Deschênes, frontwoman de Duchess Says, est déjà comme une pile. Pas la pile qui crie plus fort que les autres, mais l’oeil est fou, sans cesse attiré par une nouvelle image à créer, à détruire, puis à remodeler. La machine à tubes synth-punk venue de Montréal s’apprête à lancer une déflagration de vie dans la barge. Rencontre allumée.

Quand tu étais petite, ta mère t’a mise dans un couvent pour que tu joues du piano. On peut dire que c’est en réaction à ça que tu as développé ta créativité ?

Entre autres. J’étais obligée d’y aller, et maintenant j’en suis contente. C’est devenu instinctif de jouer du clavier, de comprendre la musique. J’étais dans un environnement hyper strict jusqu’au lycée. Il fallait mettre un uniforme. Et une grande partie de l’esthétique de notre groupe est basée sur ça. C’est pas évident de vivre dans un monde où tout est pareil, de faire ce qu’on te demande. A un moment donné, ça s’accumule et quand tu as trop de restrictions, ben t’as envie de briser les lois. Bien sûr, même dans notre projet, on est obligés d’avoir certaines lois mais on se permet quand même de les briser. J’ai de la misère à toujours faire la même chose.

Il ne faut pas être sorcier pour comprendre que tu es aujourd’hui plus en harmonie avec le monde que tu l’étais plus jeune ?

Ça, c’est certain. C’était l’enfer. En plus, quand tu baignes dedans, tu trouves un équilibre dans l’inconfort.

Paradoxalement, c’est pas plus compliqué de composer maintenant que tu es « bien » dans ton environnement ?

Absolument pas. La colère n’est pas le seul moteur de l’inspiration. Ça l’était quand j’étais jeune, mais maintenant c’est une vaste gamme d’émotions.

La rage d’être sur scène et de créer, ça n’est pas uniquement de la colère pour toi ?

Non, c’est une détermination. De réaliser que ça se passe maintenant, qu’on vit et que c’est pas éternel. Il y a une sorte d’urgence de vouloir créer quelque chose dans le peu de temps qu’on a. On n’a pas le temps pour les introductions « normales » et on veut que les gens comprennent ça quand ils sont dans le public.

Tu peux me présenter l’Eglise de la Perruche, l’un des points de départ du groupe ?

Il y a longtemps, j’ai découvert des papiers chez ma grand-mère dans un grenier et j’ai pris conscience qu’il y avait eu, il y a longtemps, The Church of Budgerigars – une Eglise de la Perruche. Sur le coup, j’ai pas réagi, mais quelques temps après, avec le groupe, on s’est dit qu’il faudrait remettre The Church of Budgerigars sur pied. C’est un projet artistique qui est devenu une façon de vivre incluant beaucoup de gens qui, de façon abstraite, se reconnaissent à travers la perruche. C’est une idée qui, dans le fond, est très vague : plus on essaie de la définir, moins c’est précis. Le centre de ça, c’est la perruche. Et cette perruche existe via les déclinaisons d’elle-même réalisés par les gens : leurs dessins, leur participation pendant des shows, des célébrations, des rituels sur cette thématique-là. Je trouve ça fascinant de voir à quel point personne ne se l’explique mais tout le monde fait un peu partie de ça. Ça n’appartient à personne. Comme une plateforme pour créer. Moi, je pense à la perruche chaque matin en me réveillant et plusieurs fois par jour depuis des années. Donc, on pourrait dire que c’est un concept mais je peux l’affirmer : ça fait vraiment partie de moi. On dirait que tout ce que je veux dire se résume à cette image. Et ça me motive autant qu’avant si c’est pas plus. Je l’ai vraiment hallucinée hier soir. Je l’ai vue.

Ah oui ?

Oui, avant le concert à Bordeaux. Les gens me demandaient ce que je regardais.

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Sur la cover de l’album, il y a quatre motifs représentés. Peux-tu me décrire sa provenance ?

J’adore faire des collages. Souvent, je vais chercher des magazines usagés dans des magasins. Comme on s’était donnés comme thème la science pour ce disque, j’ai récupéré des vieux magazines de science et suis tombé sur plusieurs gravures dont celle-là. Je l’ai gardée longtemps et je me suis fais à l’idée que ça pourrait être la cover. J’ai fait des recherches sur la personne qui avait fait ça, il a vraiment un nom imprononçable et vient d’Europe de l’Est. Il fait souvent des labyrinthes qui n’ont pas de fin, des culs de sac… On lui a demandé la permission pour l’utiliser et il a dit « il n’y a aucun problème. » Il était encore actif, c’était pas évident vu que la gravure datait de 1991.

On vous demande souvent quel est le message de votre musique ?

C’est dur à définir. Ce qui résume le mieux, c’est une espèce de prise de conscience. Le message, c’est : grouille toi, ça se passe maintenant.

Est-ce que ce monde est sérieux ?

Trop sérieux ? Ça dépend. Tu sais, je travaille à côté, et je trouve que souvent les gens manquent de perspective, pensent ne pas avoir le droit de prendre du plaisir, de se laisser aller. Comme si le laisser aller n’existait pas ou n’était pas correct. Des fois, je me rends compte qu’ils n’ont même pas la notion que ça se peut : « on peut faire ça ? ». Des fois, j’ai des conversations avec des gens qui trouvent vraiment bizarre ce que je fais, parce qu’ils me connaissent d’une autre façon. J’suis quand même une sacré tarée, aussi. Donc ils me demandent « mais comment t’as pu arriver à faire ça ? ». C’est comme si leur imagination était trop limitée, trop focus sur : payer, loto, etc. Comme moi je me mets pas de pression d’avoir une auto, une maison, j’ai pas trop de responsabilités, ce qui fait que je me sens libre. Les gens sinon, ils ont pas le temps de s’amuser, faut qu’ils payent, qu’ils travaillent.

Sans parler de ces gens qui ont vie très rangée, il existe aussi une bonne partie des gens qui s’autocensurent. Souvent, nous-mêmes, ils peut nous arriver de nous dire « ça je vais pas oser quand même » alors que personne ne nous l’interdit.

Oui, mais je n’arrive pas à comprendre quand même. Il y a suffisamment de vraies barrières pour s’en créer des fausses.

Un concert de Duchess Says, c’est avant tout un grand défoulement ?

C’est un défoulement pour moi. Si je ne faisais pas de concerts, peut-être que je n’aurais aucun moyen de me défouler. C’est pareil pour le public. Il n’y a plus d’inhibition, les codes changent énormément. C’est drôle, j’ai lu là-dessus récemment sur les codes dans les foules. Ça dit que peu importe ton statut social, ton job, quand t’es dans une foule, tous les codes de communication changent. Pour quelqu’un qui serait médecin ou whatever. Et puis tout simplement, habituellement tu ne ferais pas « UH UH UH UH ! » en criant comme un demeuré. Alors que là, c’est exactement ce qui est normal, et le calme ou le sérieux anormal. Et pour revenir aux personnes timides, je t’avouerais que moi, je suis pas quelqu’un qui vais prendre toute la place, qui vais parler fort, même souvent les gens me disent « c’est toi la chanteuse de Duchess Says ? Mais non ça se peut pas »

Tu tombes encore sur des publics qui ne sont pas réceptifs ?

Souvent après 30 secondes, c’est déjà le bordel, y’a du monde sur la scène en train de faire des niaiseries. Ça commence toujours différemment, mais ça finit toujours par être le bordel.

Crédits photo en une © J. Ashley Nixon
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