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Festival Beauregard, à votre bon cœur

Nous sommes retournés faire un tour à Hérouville Saint-Clair, incapables de résister à la programmation du festival Beauregard. Encore une fois. En trois soirées, nous nous sommes donc enchaînés ces noms-là avec un sacré appétit. On a donné. On a reçu. Que dit la balance, au final ? L’équilibre est-il trouvé ?

Chaque festival cherche sa caractéristique, celle qui approchera au plus près sa raison d’être et la plus-value qu’il apporte face à ces milliers de cousins éloignés. La première d’entre elles est évidemment géographique et justifierait à elle-seule la tenue d’un tel événement. Alors, Beauregard. Son château, ses Normands, son John. D’accord.

Quoi d’autre ?

Tout d’abord, son exceptionnelle densité de programmation, capable de rassembler un ratio de grands noms au mètre carré peut-être inégalé dans le paysage des festivals français. Ensuite, le confort qu’il propose pour voir ces mastodontes. Ce festival inspire une quiétude qui rend l’expérience agréable, presque douce. Sauf qu’on est dans un festival, les amis. Pas dans notre jardin et encore moins dans notre salon. C’est plutôt déroutant.

Se pose alors la question du mot clé de ce report : la générosité. Celle qu’on offre aux artistes et celle qu’on reçoit de leur part. La difficulté de Beauregard est peut-être d’avoir le cul entre deux chaises. Son public n’est ni foncièrement mélomane et attentif, ni festif et porté sur la bibine. Il est simplement convivial. C’est déjà beaucoup car on voyage loin avec de la convivialité. Mais on vibre rarement. Jongler dans cet entre-deux permanent est un défi pour les artistes qui se présentent face à ce public, aussi bienveillant soit-il. Pour que les lignes se croisent, que le public rencontre enfin l’artiste, et qu’ils épousent ensemble ce moment. Ces moments généreux ont-ils eu lieu, pour cette neuvième édition ?

Quand on parle de générosité, à tous seigneurs tous honneurs : les joyeux énervés de Airbourne n’avaient pas de concurrents ce week-end quand il s’agissait de mettre ses tripes sur la table. Ce groupe se fout pas mal d’être en 2017, de suivre une quelconque mode, d’être sans-cesse comparé à AC/DC, etc. Il veut juste envoyer la purée et, surtout, le faire avec le sourire. Sourires partagés dans le public. Ici, les lignes se sont croisées. Bingo.

Quid de Phoenix, tiens ? Généreux, les Phoenix ? Assurément. Mais les Versaillais n’ont plus les mêmes choses à prouver depuis leur phénoménale tournée de Wolfgang Amadeus Phoenix qui avait tant marqué les esprits. On découvrait alors la puissance live d’un groupe jusqu’ici en sous-régime et qui montrait enfin son étendue rock. En 2017, le son se fait plus synthétique, plus feutré. Thomas Mars et ses compères donnent toujours beaucoup, mais le raz-de-marée sur la foule est moins dévastateur. Peu importe, dès lors que leur show accède à des niveaux de précision et de sophistication peut-être jamais atteints. Les puristes apprécieront mais on doute que le groupe profite de cette tournée pour élargir un public déjà conquis dans les grandes largeurs à travers le monde. Vous l’aurez deviné, au delà des trente premiers rangs, les lignes ne se sont plus croisées.

Même accueil pour Placebo, qui avait pourtant promis un best-of pour fêter ses vingt ans de carrière. Un vrai best-of cette fois, car on sait le groupe plutôt boudeur à l’idée de jouer les chansons de ses deux premiers albums, pourtant fabuleux. Brian Molko, son lunatique leader, n’est pas un modèle de générosité scénique, mais une telle voix, un tel son et donc une telle set-list méritaient meilleur sort, à nos yeux. Nous étions à mi-chemin entre la régie et la scène et en milieu de concert, il a fallu qu’on avance, loin, tout devant, pour y puiser l’énergie que le moment réclamait. Là, et seulement là, les lignes avaient cessé d’être parallèles.

On a cru un instant que Foals n’y arriverait pas non plus. C’était sans compter sur l’intensité que cette bande est capable de mettre sur scène pour nous faire adhérer à leurs chansons, dont ils sont visiblement les premiers fans. Si la générosité était dans le sang, elle irriguerait chacune des veines de ces gars-là. Les mêmes veines qu’Ibrahim Maalouf, sans doute. Lui qui a brisé l’anneau de sa trompette en plein concert, y voyant un symbole fort. Chez Maalouf, tout est symbole. Tout est générosité. Tout est partage, comme annoncer dans la foulée que son parcours artistique prendrait bientôt d’autres formes. Éloigné de sa trompette ? A suivre. Poussera-t-il l’aventure aussi loin dans le temps que Hubert-Félix Thiéfaine, qui revisitait ses précieuses compositions avec l’Orchestre de Normandie ? Gardera-t-il le panache et la bonne humeur de Metronomy ? Ou réussira-t-il son retour avec la même passion que Midnight Oil ? Les beaux exemples à suivre sont nombreux.

L’an prochain, Beauregard fêtera ses 10 ans. Puisque c’est leur marque de fabrique, la programmation sera évidemment à tomber par terre. Avec, on l’espère, un surplus de magie qui rend les anniversaires inoubliables. Car même si on se sait aimé, encore faut-il que ceux qui vous aiment aient la générosité de le montrer. Par instants, on voit bien qu’ils en sont capables.

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