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Binkbeats : « Les percussions sont des instruments très sauvages »

Vous êtes peut-être tombés sur la chaîne YouTube de Binkbeats, cet homme qui transforme tous les objets qu’il trouve à portée en instruments potentiels. Ce grand enfant un peu trop geek a passé beaucoup de temps avec ses amis qui font du bruit quand on tape dessus. Repéré par Boiler Room pour des reprises ovniesques de morceaux de Caribou, Madlib, Flying Lotus, et autres, il présente un projet d’originalité maximale. Une musique visible qu’il compose maintenant entièrement. Instant génie et entretien.

Quand tu te produis, tu es entouré de plein de joujoux. Ça vient de ton enfance ?

Pas tellement. J’ai appris par ma mère qu’étant enfant je ne tenais pas en place et je faisais de la musique avec tout. Je me rappelle que j’avais un piano – un jouet – et une guitare avec une seule corde que j’avais eue de mon oncle. Je jouais sur les mélodies de la radio. Ça a commencé comme ça. Mon voisin faisais des percussions et ça me rendait curieux. Du coup, j’ai eu un drum kit pour enfants. Ensuite, ma mère m’a mis à l’école de musique. Je devais choisir entre les percus et la guitare et j’ai tranché pour le premier. La première année, tu n’as que des leçons de caisse claire, puis de grosse caisse. Dans les salles de classe, il y avait des marimbas, des timbales, plein d’autres percus qui me fascinaient et dont j’ai appris progressivement à jouer.

Ensuite, l’adolescence ne t’a pas éloigné des percussions ?

Non, pas du tout. A ce stade, j’étais batteur dans des groupes. Bassiste aussi, je jouais sans cesse les lignes de basse de Rage Against The Machine. Après le lycée, je me suis demandé quoi faire de ma vie, sachant que j’étais intéressé uniquement par la musique. J’ai fait le conservatoire, pas vraiment parce que je le voulais, mais car ça me paraissait logique. J’y ai appris la musique classique et ai pris le temps de trouver ma propre voie et de penser en terme de son.

Qu’est-ce que c’est de penser en terme de son ?

Les percussions sont une gamme d’instruments très sauvages. Au contraire du violon dont l’origine est très ancienne, les percussions se sont développées au XXème siècle. Le répertoire est bien moins fourni que celui du violon. Ce côté frais, en continuel renouvellement m’a plu. En plus, en fonction des continents, de l’Afrique à l’Amérique du Sud, ça n’a rien à voir. A un moment, j’ai découvert la musique contemporaine qui m’a rapidement passionné. Le minimalisme, la musique expérimentale… Aujourd’hui, avec les nouvelles technologies, tout est rapidement déjà passé. Mais, dans la musique expérimentale, vieille ou actuelle, il y a toujours la recherche d’un nouveau son à l’aide d’instruments mais aussi l’utilisation d’objets. Ça m’a carrément ouvert l’esprit. Couplée à la musique électronique, ça devient passionnant.


Beats Unraveled #7 par Binkbeats :
« Bowls » de Caribou

C’est marrant, on parlait de collectionner des jouets, et au final, mon parcours, c’est avancer en collectant des sons qui ont une entité propre. Tu commences à penser en terme de textures, si c’est un son métallique, un son boisé, un matériau fin ou épais, plastique.

C’est une approche spéciale de la musique.

Oui, même si certaines personnes pourraient se demander si c’est vraiment de la musique. Je m’ennuierais avec un seul instrument. Si tu bosses avec un unique instrument pendant des années, tu deviens un maître, tu peux totalement le dompter, mais pour moi l’important est la diversité et la recherche de l’harmonie entre les différents instruments.

Comment choisis-tu les morceaux dont tu as fait des reprises ?

Les premiers, principalement parce que je les adore. Je jouais dans pas mal de groupes et à une période donnée, ils étaient tous dans une sorte de pause, niveau concerts. Donc, j’ai eu du temps pour moi. Et je voulais avoir mon projet solo. Je pensais faire un projet avec des boucles, ce que je n’avais jamais expérimenté avant. Et avec « The Healer », c’était assez facile à ce niveau, donc j’ai tenté.


Beats Unraveled #1 par Binkbeats :
« The Healer » de Madlib & Erykah Badu

Comment t’es venue l’idée de te filmer ?

Mon voisin a acheté une caméra et il a voulu s’améliorer. C’est assez marrant parce qu’entre la première et la dernière vidéo, tu vois à quel point il va de plus en plus loin, plus pro. Ce projet, on l’a donc vraiment développé à deux. Après six films, j’ai voulu arrêter les covers d’artistes parce que j’ai eu peur qu’on me prenne pour le gars qui fait des reprises. Et c’est là que Boiler Room m’a contacté. C’est une histoire marrante parce que DJ Kutmah a fait la première partie de Thundercat à une session Boiler Room et il a commencé son set par ma reprise de « The Healer ». Apparemment, les gars de Boiler Room ont trouvé ça curieux et ont demandé au DJ d’où ça venait. Ensuite, ils ont été très enthousiastes et ont voulu qu’on fasse quelque chose ensemble. On les a rencontrés avec mon manager et on s’est mis d’accord pour faire six autres vidéos sur leur chaîne. Au final, je suis content du résultat, cette série a donné du corps au projet.

Tu t’es mis à produire tes propres morceaux, désormais. Tu penses à un album ?

Oui, sûrement cette année. Avec mes propres sons, les possibilités sont infinies. C’est une approche différente des covers. Je bosse aussi sur le concept du live, car c’est là le cœur du projet. Les gens me demandent depuis longtemps de faire des lives, mais je ne trouvais pas ça juste de gagner de l’argent en jouant la musique des autres. Et je savais que j’étais capable de faire mieux.


Binkbeats – Jake’s Journey

Il y a une place pour l’improvisation dans le live ?

Pas vraiment, parce qu’il y a tellement d’instruments à gérer… Pour improviser, tu as besoin de pouvoir contrôler les boucles en live et moi je préfère me concentrer à jouer les morceaux. J’ai participé à une soirée où je n’ai fait qu’improviser mais ce n’est pas la même chose, c’est très compliqué et c’est encore un autre domaine.

A quoi ressemble ton installation de ce soir ?

Ah, c’est assez géant, pas mal de bordel. Il y a un marimba, un vibraphone, une table avec des équipements électroniques, des synthés, des sampleurs, j’ai aussi une basse, une guitare, etc.

Vous pouvez retrouver l’intégralité des reprises de Binkbeats avec Caribou, Atoms for Peace, Amon Tobin, Flying Lotus, J Dilla, SBTRKT, Baths, Lapalux et Madlib sur les chaînes YouTube de Boiler Room et Binkbeats Music.

Crédit photo de couverture : Gabriel Eisenmeier

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