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Buzz Booster, zoom sur un vrai tremplin

La création du tremplin Buzz Booster partirait donc d’une idée simple : puisqu’on ne la lui donne pas, le rap doit faire sa place lui-même dans un paysage des musiques actuelles qui ne l’a jamais mis au premier plan. Louable. Mais réducteur, quand on sait que ce tremplin est aussi et surtout l’un des rares qui parvient si efficacement à faire le lien entre le milieu amateur et le réseau professionnel. Echanges avec Julien Chelowa, coordinateur de l’antenne Ile-De-France mais également de Hip Hop Citoyens.

Quand on demande à Julien Cholewa son analyse sur la situation du rap dans les musiques actuelles en 2013, voilà son sentiment : « on sent qu’il y a une envie et des choses qui se passent du côté des salles et programmateurs franciliens. Après, il ne faut pas se leurrer. Il reste un gros travail pour que les salles franciliennes rétablissent la balance de leur taux de diffusion de rap et des musiques hip hop par rapport aux autres esthétiques surreprésentées comme la pop, le rock ou la chanson française. Alors que nous savons bien que le public rap est bien là et en demande ! ». Le programmateur, coupable idéal, selon lui ? En fait, pas seulement : « une structuration doit aussi s’opérer de la part des artistes, de leur entourage et des professionnels des musiques hip hop. Hip Hop Citoyens travaille sur ces sujets au niveau local et national, avec notamment le réseau des acteurs réunis en grande partie autour du projet Buzz Booster, pour parvenir à structurer un réseau solide de professionnels des musiques hip hop et du rap. »

Depuis quatre ans, l’initiative Buzz Booster est donc un début de réponse à plusieurs points de blocage. En premier lieu, car c’est aussi là, et pas seulement dans le souci de reconnaissance d’une esthétique, qu’un tel événement trouve sa pertinence : offrir une scène à un paquet de rappeurs en herbe qui posaient jusque là dans leur chambre ou uniquement entre potes. Quand le tremplin se lance en 2009, il trouve donc immédiatement un écho important. De toute évidence, il venait combler un manque et un besoin d’expression de tout un courant.

Alors, de la petite MJC de quartier jusqu’au Zénith de Paris ? L’histoire est belle et peut paraître fantasmée. Sauf qu’elle peut s’avérer réelle, à l’image des M8HS, un collectif venu de Vénissieux. A première vue, des rappeurs comme tant d’autres qui squattent le mic des scènes du quartier pour le plaisir. Et puis arrive le Buzz Booster, énorme source de motivation pour des mecs qui tordent ensuite les clichés : chaque étape du tremplin est vécue comme une mission commando. Le groupe bosse le show de 10 min, puis 15 min, puis 20min et remporte l’édition régionale contre toute attente. Quelques mois plus tard, le collectif L’Original (qui organise le festival du même nom à Lyon) leur propose finalement un Zénith aux côtés des 1995 et de Method Man. Clairement, le Buzz Bosster a servi de catalyseur. Pour eux comme pour beaucoup de groupes au parcours plus chaotique. 

Mais concrètement, comment ça marche, le Buzz Booster ? Julien Cholewa éclaire notre lanterne  « Le dispositif de repérage et de diffusion rap et musiques hip hop national se fonde sur plusieurs réseaux et dispositifs régionaux : Ile-de-France, Rhône-Alpes, Pays-de-la-Loire, PACA, Nord-Pas-de-Calais, Lorraine, Languedoc Roussillon. Chaque dispositif régional est piloté par une structure activiste du hip hop, souvent les mêmes qui portent les principaux festivals hip hop de France. Chacun des Buzz Booster régionaux déterminent, à l’aide de jurys de professionnels, un vainqueur à l’issu de sélections sur écoute et sur scène. Ensuite, chacun de ces lauréats régionaux part pour la finale nationale du Buzz Booster. Le vainqueur du Buzz Booster France gagne une tournée d’une dizaine de dates dans les principaux festivals et événements hip hop français. » Les acteurs concernés : HipOpsession, L’Original, Hip Hop Dayz, L’Affranchi, La Casa Musicale, Cité Rap. 

Parmi les gagnants : l’excellent Nemir en 2010 pour le Languedoc Roussillon, Kenyon en 2011 pour la Bretagne, Gaïden & Yoshi en 2012 pour l’Ile-de-France et Feini-X-Crew en 2013 pour le Nord-Pas-de-Calais. Après le réseau peut toujours se foirer et laisser passer du lourd : « les gars de 1995 avait postulé en 2010 à You Got Mic (ancien nom du tremplin), mais ils n’ont pas passé les sélections sur écoute. Comme quoi, ce n’est pas une science exacte. » rappelle Julien.

Et quand on détient l’heureux gagnant, merci et au revoir ? Quid de l’accompagnement ? Julen Cholewa nous apporte quelques élements de réponse via sa région : « Hip Hop Citoyens essaie d’initier un travail sur le long terme avec son lauréat Ile-de-France. Par exemple, nous avons monté une tournée africaine pour Gaïden & Yoshi (lauréats Buzz Booster idf 2012) au Kenya, Tanzanie et Zambie. Lun1k (lauréat 2013 en Ile-de-France) travaille sur des ateliers en milieu scolaire avec nous. Nous essayons aussi de lui monter une tournée au Sénégal et en Gambie pour 2014.« 

Un bémol, cependant : le soutien de la puissance publique à cette initiative reste trop faible, selon Julien. « Tout ceci est porté, souvent à bout de bras, par un réseau d’activistes hip hop français. Pour le moment, nous ne sommes, dans l’ensemble (hormis quelques exceptions régionales), pas soutenus par les institutions culturelles françaises, ni par les organismes professionnels de la musique. C’est surtout le travail des forces vives des structures du réseau Buzz Booster, le soutien de quelques collectivités locales ainsi que des salles, productions, assos qu’on a fédérées autour du projet qui nous permettent de monter le Buzz Booster. »

CONCOURS : 

Sourdoreille vous invite à la finale Buzz Booster de la Région Ile-De-France, ce jeudi 5 décembre à partir de 19h30 à la Bellevilloise. 2X2 places sont à gagner. On pourra y retrouver Phases Cachées (photo) et Aladoum, qui se disputeront cette finale. Julien Cholewa vous donne trois bonnes raisons de vous bouger :

1 ) « Vous allez voir plusieurs shows d’artistes de grande qualité assez différents et qui vont vous surprendre. »

2) « Vous soutiendrez une initiative militante pour le rap et plus largement le hip hop, point commun entre tous les groupes de la soirée, les organisateurs et le public qui se sera déplacé.« 

3) « Parce qu’on aura la chance d’assister au concert de Ärsenik & 2Bal dans la foulée de la finale du Buzz Booster. Sachant que Ärsenik n’a pas donné de concert à Paris en tant que tête d’affiche depuis l’Olympia du Secteur Ä en 1998. Si je ne trompe pas, cela fait donc 15 ans qu’on pas vu un vrai concert d’Ärsenik à Paris. »

Pour les convaincus, un mail à concours@sourdoreille.net pour jouer d’ici ce mardi 14h. Bonne chance. Voici le teaser pour vous chauffer :

 

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