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The Drums, voyage en solitaire

Beaucoup voient les Drums comme des faiseurs de tubes estivaux, sympathiques et légers, mais ne s’attardent pas vraiment sur leur discographie. À vrai dire, c’était plus ou moins notre cas quand on se contentait d’écouter « Let’s Go Surfing » en jouant au jokari sur une plage abandonnée. Mais ça c’était avant, avant qu’on rencontre sa tête pensante, Jonny Pierce.

Le 16 juin dernier sortait Abysmal Thoughts, quatrième album des New Yorkais de The Drums, ou plutôt du New Yorkais Jonny Pierce qui s’est retrouvé seul aux manettes après les départs successifs de ses ex-collègues. Si le départ des membres n’est en général pas signe de bonne santé pour les groupes, ici il semble que cette solitude nouvelle ait été plutôt synonyme de liberté retrouvée que de traversée du désert : « Au moment où Jacob a quitté le groupe, pendant 30 secondes, je me suis dit « qu’est ce que je vais bien pouvoir faire ?« , et puis tout de suite j’ai compris que je pouvais faire tout ce que je voulais. Dès le premier morceau j’ai senti qu’il se passait quelque chose. »

Tout le monde a au moins déjà entendu parler des Drums, ne serait-ce que pour leur premier album sorti en 2010, mais depuis, l’engouement autour du groupe n’avait fait que décliner. Il y a trois ans sortait Encyclopedia, un album plus expérimental, assez différent du style originel des Drums, laissant sur le carreau de nombreux fans des premiers jours. Les paroles sont restées mais la musique sautillante et légères des premiers disques s’était transformée en quelque chose de plus sombre, mais peut-être moins sincère et moins vrai. « Je suis heureux qu’Encyclopedia existe, continue Jonny Pierce, il est étrange et expérimental, mais j’étais à un moment de ma vie où, sur le papier, tout commençait à prendre une tournure normale, j’avais l’impression d’avoir tout ce que tout le monde recherche. En fait je pense que, sur cet album, j’avais dessiné une caricature de moi-même, en faisant semblant d’être malade alors que je ne l’étais pas. « 

Or c’est précisément ça qui nous touche lorsqu’on écoute chanter Jonny, c’est cette fragilité et cette tristesse permanente volontairement cachée derrière des mélodies joyeuses. Et c’est ça qui fait d’Abysmal Thoughts un album remarquable en tout point. L’art, et la musique en particulier, est un canal de communication entre l’artiste et nous. Ceux qui écoutent The Drums uniquement pour s’amuser y trouveront sans doute leur compte pour un temps, mais passeront à coté de la force de ce groupe : « Choisir cette pochette, volontairement provocatrice, c’était une manière pour moi de faire un tri dans notre public. Il y a toujours des gens qui viennent nous voir juste pour entendre « Let’s go surfing« , et c’est un peu énervant. Donc j’espère que cette partie du public va s’éloigner du groupe et laisser la place à ceux qui aiment un peu plus réfléchir et qui sont plus intéressés par des questions existentielles. »

Entendons-nous bien, écouter The Drums, ce n’est pas vraiment faire de la philosophie, mais il y a dans la musique de Jonny Pierce quelque chose qui interroge chacun sur sa propre existence. La complexité de la personnalité de Jonny Pierce pourrait d’ailleurs être résumée en une chanson, et même en un refrain, une phrase : « Si tu me vois sourire gentiment baby, sache que c’est parce que j’essaye de ne pas pleurer » (dans « Under The Ice », ci-dessous). Alors oui, on a connu plus gai comme formule mais on est tombé d’accord avec Jonny pour dire que c’était la plus parlante.

Chose qu’il nous confirme : « C’est vraiment ce que je suis. Ça décrit ce que je ressens lorsque dans une pièce avec 100 personnes, je me sens seul et nerveux. Parfois j‘analyse tellement ce qu’il se passe que je suis incapable d’apprécier le moment présent, je peux tuer un magnifique instant juste avec des pensées. Je me dis que j’aurais préféré être beaucoup plus con, ça m’aurait évité pas mal de problèmes. »

Et à ceux qui lui reprochent de trop s’épancher sur sa vie privée, il répond simplement : « La vie privée c’est un concept trop surfait ». Et, justement, même si toute sa musique est inspirée de moments de vie, jamais il ne tombe dans un quelconque voyeurisme. Tout ce qui est dit est assez précis pour susciter l’intérêt et dire quelque chose de la réalité, et assez vague pour laisser chacun s’imaginer sa propre histoire : « Je pense que vouloir protéger à tout pris notre vie privée nous empêche d’entrer en connexion avec les autres. Le fait de mettre ce que je ressens en musique et de le partager ça m’aide beaucoup. Je ne sais pas ce qui est mieux entre aller voir un psy ou faire un album, mais en tant qu’artiste j’ai fait mon choix. »

Jonny Pierce est à la fois cool et étrange, à la frontière entre le meilleur pote qui te raconte toute sa vie et l’inconnu difficile à cerner : « Les Drums ont toujours été un groupe de mecs bizarres, même au moment où on était en couverture de beaucoup de magazines, et qu’on nous appelait « les nouveaux Strokes », on était tout seuls, on restait tous les quatre. Ça m’a ennuyé pendant longtemps mais en fait je pense que ça montre notre originalité. Et beaucoup de fans se reconnaissent là-dedans, beaucoup sont des gens seuls, c’est ce qu’ils me disent quand je les rencontre. Donc peut-être qu’on va pouvoir monter un club tous ensemble. »

Une chose est sûre, on veut bien faire partie de ton club Jonny.

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