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Pourquoi ça jazz autant en Scandinavie ?

Jazz et Scandinavie

Parce que Sourdoreille goes worldwide, je me suis rendu à la 24ème édition de l’April Jazz festival d’Espoo, en banlieue d’Helsinki. Quelques têtes d’affiches alléchantes (au hasard, Roy Haynes, Stanley Jordan, Jazztronik ou George Duke) et l’occasion de faire des découvertes venues du froid ou d’ailleurs. Mais ma venue était surtout motivée par ce mystérieux phénomène qui fait de la Scandinavie l’un des viviers de talents de la scène jazz internationale. La raison de ce succès ? Mes quelques éléments de réponses ci-après…

D’abord quelques chiffres. La Scandinavie englobe le Danemark, la Norvège, la Suède, la Finlande et l’Islande, soit quelque 23 millions d’habitants, c’est-à-dire un peu plus que deux fois Paris et sa banlieue. Inutile donc de vous préciser que la densité de population équivaut à peu près à celle du bar « Le Pénalty » de Denain (59) un lundi soir. Et maintenant nous confrontons ce constat à la myriade de notoriétés jazzistes provenant du grand Nord : Jan Garbarek, Niels-Henning Orsted Pedersen, Bengt Hallberg, Lars Gullin, E.S.T (avec le regretté Esbjörn Svensson), Nils Landgren, Viktoria Tolstoy, Rigmor Gustafsson… Dans un style plus électro, on retrouve des gens comme Bugge Wesseltoft, Nils Petter Molvaer, Jaga Jazzist… Sans parler des événements jazzistiques qui fleurissent ça et là avec l’apparition des premiers rayons de soleil septentrions. Bref, il y a disproportion manifeste.

Raison I : Patrimoine héréditaire ?

La modeste densité de population évoquée précédemment pourrait être aussi facteur de cette popularité jazzistique. Comme nous l’explique en substance l’organisatrice de l’April Jazz festival, Elina Brooks, une musique enracinée dans la culture d’une population aussi faible a forcément plus de facilités à se perpétuer. Les pionniers de cette tradition musicale sont apparus dans les années 1950 et c’est parce qu’ils ont su évoluer en marge de l’influence d’une Amérique boudant le jazz européen que les scandinaves se sont créés leur propre style et l’ont pérennisé au fil des générations.

Raison II : Eduqué à la scandinave ?

Une autre explication de cette réussite pourrait être l’enseignement musicales dont bénéficient les Nordiques. En plus d’un coup de main significatif des gouvernements, les formations orientée jazz y sont non seulement d’une qualité renommée (je pense notamment au Sibelius Academy Jazz Department de Finlande), mais offrent en plus une flexibilité et une ouverture d’esprit dont manque le système américain, jugé trop didactique. Durant ces cursus, la folk, la pop et le classique font partie intégrante du programme. Pas étonnant qu’il en résulte des musiciens touche-à-tout, aux influences multiples. Cependant, Elina Brooks pondère quelque peu l’importance de la formation en nous rappelant que le jazz est à la base un genre musical qui brille dans sa spontanéité : j’en arrive donc à ma dernière hypothèse.

Raison III : Bol d’air frais inspirateur ?

Les contrées vikings n’offrent pas qu’un simple ravissement pour les yeux : c’est une véritable cure de jouvence. Ceux qui ont eu le plaisir d’admirer les volcans colorés d’Islande (quand ils ne paralysent pas l’Europe), les fjords majestueux de Norvège ou la magnificence des lacs finlandais comprendront. Ajoutons à cela la qualité de vie supérieure dont jouissent les scandinaves. Récemment encore, une étude consacrait les Danois peuple européens le plus heureux. C’est sûrement là un terrain fertile pour ce style musical qui, depuis toujours, a demandé à briser ses carcans méthodiques, s’émanciper (avec les quelques fautes de goût qu’on lui connaît). Et Albert Ayler, le saxophoniste freejazz américain de corroborer en ouverture de l’album My name is Albert Ayler : « I always wanted to come to the scandinavian countries […] And when I came over here, I felt quite free. Really free I felt. Free over here. »

Loin de moi l’idée d’écrire un dogme du jazz nordique et bien que ces trois facteurs me semblent prépondérants, chaque pays a sa configuration propre. Un constat est cependant indéniable : le jazz n’y est pas victime comme par ailleurs de cette ghettoïsation qui décourage la curiosité de bon nombre d’oreilles.

Donc si vous envisagez la Scandinavie comme destination estivale, voici une liste des principaux festivals de Jazz du coin. Et comme le Sourdoreille Web TV tour couvre dans le même temps un florilège des principaux festivals français, vous n’avez plus d’excuses !

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2 commentaires

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Gruzlor 16.06.2010

Merci pour ton message Antoine. On ne manquera pas de suivre l’actualité jazz chez les vikings sur ton blog.
Ha det !

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Antoine Jacob 16.06.2010

Bonjour,
il y a bien un esprit nordique planant sur le jazz joué dans cette partie de l’Europe et votre billet évoque quelques pistes intéressantes expliquant le phénomène. Habitant la région depuis une douzaine d’années, je viens de lancer un blog consacré au jazz nordique, que je compte bien décortiquer et présenter sous ses différentes formes!
http://lejazznordique.blogspot.com
A bientôt,
Antoine

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