MENU
En lecture PARTAGER L'ARTICLE

Alain Damasio et Yan Péchin : « Un cri peut transformer le corps social »

Quand l’écrivain Alain Damasio rencontre le guitariste Yan Péchin (Bashung, Higelin, Miossec…), on peut imaginer la collision entre un intellectuel et un animal du rock. Mais ce serait vite pousser les êtres humains dans des cases, vous ne pensez pas ? Par chance, l’hybridation étant l’un de leurs principaux points communs, dans cette interview, on découvre une bête nichée dans l’auteur, et un érudit d’un genre à part, qui a fait corps avec ses cordes. Rencontre avec deux monstres de vitalité, à l’occasion de leur spectacle au CentQuatre, à Paris.

Jeudi 20 mai 2021, 18h30, 19ème arrondissement de Paris. Jour 2 de la grande réouverture des terrasses : contre toute attente, défiant toute logique apparente, une foule de gens (moi compris) décide de tirer un trait sur les rayons chauds et liquides du soleil pour aller s’enfermer dans un cube sombre, sans fenêtres ni pintes, qu’on nomme, accrochez-vous, une salle de spectacle ouverte. Le CentQuatre. Dans cet établissement culturel public bien connu de Paris s’affaissent, masqué.e.s sur un siège sur trois (= jauge complète), des universitaires à lunettes rondes, rockers sans âge, éditeur·ices cinquantenaires, lecteur·ices de science-fiction, journalistes et dreadeux·ses en fleur, écrasant avec délice leurs sièges. Ambiance excitée, plutôt pro-Zad que Prozac à première vue, d’autant que le bruit court que le bar du lieu serait bien ouvert à la fin de la représentation. Ce plaisir de la tireuse branchée.

Représentation de quoi d’ailleurs, au juste ? On nous parle d’un concert, d’une lecture, d’une expérience sonore, d’un roman incarné – comme un ongle ? – de la rencontre entre un son et un cri, d’un apache et d’un sanglier. La chasse s’annonce rude. Et c’est d’ailleurs sur une chasse que s’ouvre le premier morceau de cette rock fiction. Coïncidence ?

Entrer dans la Couleur, puisque c’est son nom, est une adaptation musicale, celle du roman Les Furtifs d’Alain Damasio, jouée sur scène en compagnie de Yan Péchin, supra-légende du rock et des guitares en France. Et si vous ne connaissez pas son nom, vous avez probablement entendu ceux d’Alain Bashung, Jacques Higelin, Rachid Taha, Christophe Miossec, Brigitte Fontaine ou Hubert-Félix Thiéfaine. Toujours pas ? Merde. Le cinglé avec ses cheveux fous qui fait des riffs comme on fait chanter la matière, c’est lui. Damasio dira même qu’il est la matière, un être fait de cordes, qui vibre lorsque le son le traverse. Ça vous pose les bonhommes.

De son côté, Alain Damasio est l’auteur de trois romans politiques de science-fiction et un recueil de nouvelles. Figurez-vous que ce type a foutu un coup tellement violent dans la fiction politique et émancipatrice que celle-ci n’est toujours pas certaine d’avoir réalisé sa portée. Cet écrivain-parleur basé dans le sud-est de la France, qui met trois plombes à fignoler ses bouquins, a tout simplement régénéré plusieurs générations (déjà) de lecteur.ices, dont je dois confesser faire entièrement partie. Ça se voyait tant que ça ?

Quand il écrit son premier roman La Zone du Dehors, en guise de manifeste anarchiste, nous sommes en 1999, et il a la trentaine, à peine fêtée. Alors que Chirac est en roue libre sur les emplois fictifs et se régale de son immunité présidentielle, Damasio y dépeint un Président de social-démocratie, lisse comme une toile cirée, étendard d’une société de contrôle qui ne dit pas son nom (fortement inspiré par les travaux de Michel Foucault). Dans La Horde du Contrevent, son premier grand succès sorti en 2004, il nous ramène au cœur du groupe humain, et exprime avec une puissance de feu l’idée de faire meute, collectif, horde, même dans un monde rompu par les vents les plus terribles. Et enfin, en 2019, après quinze ans d’écriture, dont quatre uniquement dédiés à son œuvre, Damasio touche à l’expression la plus brute de la vie, avec Les Furtifs. Dans ce nouveau cadeau narratif, stylistique et militant, l’auteur invente les créatures intraçables du même nom, quintessence de la vitalité, rassemblant la créativité, les mutations et la spontanéité de l’enfant, du végétal, de l’animal.

Outre ses inspirations régulières chez Foucault, ce sont aussi et surtout les poésies et philosophies de Friedrich Nietzsche et Gilles Deleuze, qui l’accompagnent (et nous avec) jour après jour, chapitre après chapitre. Car si les populations de ses livres sont gentiment enjointes par leurs dirigeants (du pouvoir dominant mais aussi du (self)contrôle qu’elles s’imposent à elles-mêmes) à profiter des plaisirs de la consommation sans sortir des clous, Damasio ouvre toujours une possibilité, celle de la vie dans « un dehors », une vitalité dans les interstices, une expression collective et (ré)voltée dans les liens sociaux qui nous énergisent. Et ça se passe en mots et en sons. La bande-son de ces moments, retrouvée dans le spectacle, a tout l’air d’une musique concrète qui racle le sol, du rock progressif qui vole au vent, de l’électro-acoustique qui joue sur l’espace, du drone qui dévaste, une musique dark ambient inquiétante et de la poésie jouée. Comme au théâtre.

Alors je ne vais pas vous raconter le livre ni le concert (que je vous invite néanmoins à acheter en triple pour l’un, et courir voir, pour l’autre, en bonne compagnie), mais faire face à ces deux ardeurs qui, joignant leurs forces, manquent de bouillir et déborder à tout instant, c’est déjà un spectacle en soi.

Et s’il y a des domaines dans lesquels on ne les entend pas souvent, ce sont justement ceux traitant du rôle de l’artiste dans la société, de la place de la musique dans les luttes sociales récentes, ou de l’hypothèse de l’inattendu dans un concert. C’est surtout l’occasion de se rendre compte que Yan Péchin est bien un être humain, visuellement… enfin, en théorie.

DAM3-scaled

Alain Damasio & Yan Péchin © DR

Interview :
Alain Damasio & Yan Péchin

Pouvez-vous vous présenter ?

Alain Damasio : Alain Damasio, écrivain-parleur.

Yan Péchin : Yan Péchin, pas trop frustré.

Comment avez-vous pensé la sélection des textes issus de votre roman Les Furtifs pour ce disque – offert avec le livre ?

Alain Damasio : J’ai réussi un exploit : avoir amené Yan au fin fond du Massif Central, dans un bled paumé. Pas un bar, rien. Il était enfermé dans ce gîte avec un ingénieur du son. J’avais réduit le nombre de mes textes à une vingtaine, et il en a sélectionné une dizaine. Yan me dit : « On va faire l’album ». Mais on avait quatre ou cinq jours seulement. Et il a voulu commencer sur le texte le plus injouable de tous, celui sur lequel je pensais qu’il allait me retoquer, qui s’appelle « Entrer dans la Couleur », qui est un texte de philo. Je me dis : « Ce mec est un fou ». Et il démarre. C’est un des plus beaux moments que j’ai vécus. Je l’ai vu composer en temps réel pendant cinq jours. Il me disait, en gros, de lire de temps en temps, et il a composé à partir de ça: un titre par demi-journée.

« Je suis sensible à la couleur des mots. On n’est pas toujours obligé d’en comprendre le sens. », Yan Péchin

Yan, votre rencontre avec les textes d’Alain Damasio ?

Yan Péchin : Le bouquin Les Furtifs n’était pas encore sorti. Sur le moment je ne me suis pas posé de questions. Je me concentrais sur ses textes. Pour moi, il n’y a pas que le sens du texte qui est important. Je suis sensible à la couleur des mots. On n’est pas obligé de comprendre ce qu’il y a à dire. La sonorité a aussi un sens. Et chaque écrivain a une sonorité dans les mots. Tu retrouves des gimmicks très spécifiques. Parfois Alain n’est pas sûr de la pertinence de jouer un de ses textes, par rapport au contexte du bouquin, et moi à l’inverse, qui n’ai pas lu le livre, m’intéresse à ce même texte, qui sonne.

Comment avez-vous réfléchi à en faire un spectacle ?

Alain Damasio : On a commencé par faire des lectures, j’avais le pupitre, je lisais, Yan improvisait. Mais je voulais que ce soit plus que ça. On a vu le tourneur, on lui a dit qu’on s’intéressait à la tournée, mais en interprétation : tout par cœur, une mise en scène, une conduite de concert, une logique, une façon de reprendre l’univers, un fil rouge, des intermèdes.

Alain, avez-vous une éducation musicale ?

Alain Damasio : Rien du tout.

Yan Péchin : Mais si. C’est faux. Il a une vraie culture musicale, arrêtons les conneries.

Alain Damasio : Je suis comme tout le monde.

« La façon de Black Francis des Pixies de dire « We’re chained – ained – ained » : on est chaîné·e·s. Putain. Ça me fait chialer. C’est ça le chant. », Alain Damasio

Vous avez collaboré avec Rone. Est-ce que cette expérience vous a préparé à celle-ci ?

Alain Damasio : Rone, c’est différent, tu as des nappes électro derrière avec un beat qui est constant. Là, le dialogue que je suis obligé d’avoir avec la guitare est plus inattendu. Le morceau « Ici Vole Velvi » avec Yan, je suis obligé de me réadapter en temps réel, des fois je galère à retomber sur mes pattes, c’est un château de cartes qui chaque fois est remis à zéro.

Yan Péchin : C’est notre principal point commun : on déteste s’emmerder.

Yan, arriveriez-vous à jouer deux fois la même chose ?

Yan Péchin : Oui, quand même, mais ça m’ennuie. L’important est que chaque date soit différente avec Alain.

Quelles sont les créations artistiques, types et styles de spectacles ou concerts dont vous êtes plus coutumiers ?

Yan Péchin : Style et coutumier, c’est une association de mots que j’évite, ahah. A partir du moment où c’est coutumier, ça ne m’intéresse pas. Les spectacles, je vais les voir une fois.

« Les prises de parole récentes, en rapport avec les luttes et notre monde, sont souvent plus intéressantes que les choses écrites musicalement », Yan Péchin

Pourtant le cerveau humain est fait pour aimer ce qu’il a déjà vu…

Yan Péchin : Oui, on m’a dit. J’ai déjà vu des artistes plusieurs fois, mais toujours en espérant qu’ils proposent quelque chose de nouveau. C’est comme aller au boulot tous les matins, pas vraiment mon truc.

Alain_Damasio_Yan_Péchin-3-c-Roxanne-Gauthier

Yan Péchin © Roxanne Gauthier

Les algorithmes de recommandation musicale ne sont donc pas faites pour vous ?

Yan Péchin : Probablement pas. Après, même si on ne joue pas la même chose soir après soir, on peut reproduire la même synergie, la même puissance, la même intensité. Le reste, c’est de la sécurité. Et la sécurité, moi…

Alain Damasio : Je ne regarde plus un concert de la même façon depuis que je suis sur scène. Ces derniers temps, je me suis fait plein de lives des Pixies sur 25 ans, pour voir comment Black Francis [aka Frank Black] joue quand il est jeune, quand il est plus vieux, son énergie, comment il varie, comment il place sa voix, ses cris. Il a une portée extrêmement animale du chant. Juste les intonations, les « Oh », il te place tout. Sur le morceau « Hey », il dit « We’re Chained – ained – ained », et il le déforme ce chaînage du mot, il le fracasse en quatre. Je me suis dit : « Qu’est-ce que je me fais chier à faire des textes hyper longs, quand tu entends ça ! » Sa façon de dire « We’re chained – ained – ained » : on est chaîné·e·s. Putain. Ça me fait chialer. C’est ça le chant.

« Un artiste est un transformateur d’énergie », Alain Damasio

Comment faire comprendre le roman Les Furtifs à des personnes qui ne l’ont pas lu… dans un spectacle d’1h15 ?

Alain Damasio : C’est pas évident. D’autant qu’on attaque avec le morceau « Le Cube » qui se vit de façon physique. C’est seulement à la fin de ce morceau, avec un intermède, que s’opère une phase de rétro-compréhension de ce qu’on vient de vivre. J’aime beaucoup l’idée de : « J’ai rien compris, mais j’ai ressenti physiquement la chose… Et ensuite j’ai compris. » Et ensuite ça s’inverse. Notamment, sur « Réalité Ultime » je prépare les gens avant le morceau. Je joue sur la temporalité.

Alain, dans Les Furtifs, comme dans vos précédents romans, la scène et le spectacle tiennent une place systématique, notamment sur les places publiques et dans les luttes sociales… Quelle place peut, selon vous, prendre la musique dans la lutte ?

Alain Damasio : Deleuze a beaucoup parlé de musique classique et contemporaine, mais assez peu de musique pop, populaire. Il dit un truc très beau, en résumé : il y a une faculté des particules – pop – qui viennent modifier les gens, qui créent quelque chose dans le corps social, dont on n’est pas forcément conscient, mais qui ont un rôle de transformation qui peut être très beau. Et je crois beaucoup à ça. Des chansons, des titres, des rythmes, des mélodies, qui sortent et qui font que, tout d’un coup, quelque chose va… faire pop ! C’est mon rêve, d’être un transformateur d’énergie. C’est pour ça que le concert a encore une valeur indépassable. Les gens rentrent avec une énergie, et ils en sortent avec une énergie, celle-ci a été transformée. Elle a été altérée, grossie, intensifiée, déformée, bousculée, secouée. Que les gens aient aimé ou pas, moi, je m’en fous. Mais, en êtes-vous sortis avec une autre énergie ? Si ça n’est pas le cas, en tant que public, j’ai l’impression d’avoir perdu mon temps. A quoi bon lire un livre, écouter un concert, voir un film, à ce moment-là.

« On n’a actuellement pas de groupe qui incarnerait l’époque. Cite-moi un groupe de zadistes. », Alain Damasio

Avez-vous reconnu Yan dans un de vos personnages issus d’un de vos livres précédents ?

Alain Damasio : Honnêtement, non, mais c’est évident que ça va m’inspirer un personnage sur le prochain. C’est une personnalité unique, c’est un fou.

Entre musique et luttes, on pense à des grandes figures comme Víctor Jara, Lounès Matoub ou Nina Simone. Quelles sont les personnalités qui ont pu vous inspirer ?

Yan Péchin : Difficile d’en choisir.

Alain Damasio : Il y a des phénomènes. Noir Désir, par exemple. Bertrand Cantat a mon âge, et je suivais leur évolution. J’attendais leurs albums pour savoir comment ils allaient sentir l’époque. T’as un effet miroir, de réfraction, de réverbération, qu’un groupe peut avoir par rapport à l’époque politiquement. On ne le dit pas assez.

Yan Péchin : Comme Bashung l’a eu à un moment.

Alain Damasio : Comme Bashung, Rachid Taha, ou Gainsbourg, exactement. Le parcours de Gainsbourg ! A quel point il réfracte l’époque, il la devance. Moi j’ai été bercé au son de l’altermondialisme de Manu Chao. Et oui, comme tout le monde, on a bouffé du Manu Chao, ahah. Bon, ça nous fait rire aujourd’hui, mais au moins il y avait ce côté festif qu’on a perdu. On n’a actuellement pas de groupe qui incarnerait l’époque. Cite-moi un groupe de zadistes.

Je ne sais pas si l’artiste a un rôle. Je crois qu’on n’a pas choisi. Ça nous tombe sur la gueule. Et faut faire avec. », Yan Péchin

Justement, quels musicien·nes réfractent selon vous le mieux notre époque ?

Alain Damasio : Pour moi le truc le plus en phase avec ce qui se passe en ce moment, c’est le rap. Le rap d’un Orelsan, pour en citer un connu, est beaucoup plus sur l’époque qu’un groupe de rock.

Yan Péchin : Je suis d’accord. Par contre, je trouve que les prises de parole récentes, en rapport avec les luttes et notre monde, sont souvent plus intéressantes que les choses écrites musicalement. Il se passe des choses dans la révolte des textes, beaucoup plus que dans la musique. La prise de risques, musicale et sonore, est devenue rare. On voit souvent des gens qui ont des choses à dire mais qui prennent le premier support qui leur tombent sous la main. Ils utilisent des automatismes qui m’intéressent moins.

Alain_Damasio_Yan_Péchin-2-c-Roxanne-Gauthier-1

Alain Damasio & Yan Péchin © Roxanne Gauthier

L’artiste dit souvent être traversé du monde et de son art. À l’inverse, le chercheur et l’intellectuel créent ou se parent de concepts. La différences de leurs postures se trouve-t-elle dans le fait que l’un se protège d’un bouclier entre soi et le monde pour l’expliquer, et l’autre se laisse transpercer ?

Alain Damasio : Je viens d’une mère agrégée d’anglais et un père carrossier hyper manuel, je suis une synthèse des deux. Mon animal totem, c’est le sanglier. Quand j’étais jeune, j’étais doué intellectuellement, mais c’était l’intellect qui me protégeait – champ de force, bouclier. Plus j’ai avancé dans l’écriture, plus j’ai descendu le bouclier, et si aujourd’hui, je peux aller sur scène, c’est que je réussis à faire du 0% d’intellect. En concert, tu ne peux pas tricher avec le public. Soit il aime, soit il n’aime pas.

Yan Péchin : C’est on ne peut plus simple, pour moi. Je me nourris. Je n’éponge pas, je m’ouvre. Tout ça n’est pas aussi intellectualisé de mon côté, avant de jouer. Mais après avoir joué, j’intellectualise.

Alain Damasio : Quand je vois Yan sur scène, j’ai l’impression qu’il est fait en cordes. Ses tendons sont des cordes, ses muscles sont des cordes, ses os sont en cordes. Et il a des milliers de cordes dans son corps. Quand quelque chose le traverse, ça fait vibrer tout ça. Il n’est pas une éponge au sens végétal – où tu prends l’eau et tu la recraches – il est d’emblée vibratoire. J’ai dû m’habituer à lui, parce que je suis un intellectuel, à l’origine. Bon, j’ai les qualités émotionnelles et affectives…

Yan Péchin : … c’est un animal, je confirme.

Quel doit être le rôle d’un artiste en société ?

Alain Damasio : L’artiste est un transformateur d’énergie. Il doit le faire, et si possible vers plus d’intensité, de vitalité, de vie.

Yan Péchin : Je ne sais pas si l’artiste a un rôle. Je crois qu’on n’a pas choisi. Ça nous tombe sur la gueule. Et faut faire avec.

Entrer dans la couleur part en tournée (oui, oui, en tournée) dans toute la France. Allez donc voir si vous y êtes sur le site de La Volte.

Partager cet article
0 commentaire

0 commentaire

Soyez le premier à commenter cet article
Chargement...
Votre commentaire est en cours de modération
Merci
Une erreur est survenue lors de l'envoi de votre commentaire
Sourdoreille : la playlist ultime
Toutes les playlists

0:00
0:00
REVENIR
EN HAUT