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Tout quitter et écouter Hania Rani, sans arrêt

Terrassé, littéralement terrassé par du piano. Ça vous arrive encore ? Vous aussi ? Alors vous vous dites « encore un article sur… » Et non ! On ne parle ni de Yann Tiersen, ni de Ludovico Einaudi. Et pourtant. Et pourtant, au vu du toucher de piano d’Hani Rani, de poulain ou d’intouchable il est ici bien question. Mots doux.

Née en Pologne, la jeune artiste aujourd’hui basée à Berlin ne cesse de hanter nos nuits. Aimant la répétition chère à l’Américain Philip Glass, et faisant saliver les techno warriors (ou du moins electronica disons) d’Allemagne et d’ailleurs, l’artiste peint des aquarelles de notes. Ici, nordique et céleste, elle a enregistré son premier disque chez Ólafur Arnalds ; ou là, stationnaire et mélancolique, quasiment gymnopédique, pour reprendre le titre cher à Satie.

De la musique au piano droit jouée en 2019 ? Impossible. Suicide commercial. Amenez-moi le service PNL, deuxième étage au fond du couloir, vous passez devant Hyphen Hyphen, faites la bise à The Blaze et vous y êtes. Mais comment est-ce possible ?

Vous me direz, des intellos de Berkeley ont réussi à repêcher l’instrument pour le mettre en plein milieu de la scène contre-culture américaine « minimaliste » des années 70. D’autres, tout aussi cinglés, au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale en Allemagne, se sont lancés dans du (kraut)rock bruitiste, psychédélique ou orchestral, avec un piano ou au moins un clavier central. Par amour de la boucle. Cela voudrait dire que le piano ne mourra jamais ? D’ailleurs Tiersen himself s’en sert souvent comme d’une machine électronique comme une autre, en solo ou dans son trio de musique électronique ESB. Et en terme de field recording, d’ambiance sonore ou de sound design, Hania Rani n’est pas en reste. On note à telle ou telle occasion son utilisation des compresses ou autres bandages pour mettre en sourdine les cordes violentées, et un ordi trône parfois sur scène pour boucler, « ambiancer » ou donner de l’épaisseur à ses lives épurés.

Quelle belle idée qu’a eu Gondwana, le label britannique qui s’est débrouillé pour sortir le tout premier album de la pianiste, esja, enregistré dans son appartement à Varsovie. Sans son équipe, vous ne seriez pas en train de chialer nerveusement devant la lumière bleue de votre 15 pouces, le cou courbé. Sans sa musique, vous ne décideriez pas, d’un coup, de relever la tête, de vous lever et de courir à moitié nu dans les hautes herbes pas tondues devant votre porte. Libre, enfin libre.

Surtout, vous n’auriez peut-être pas tant de nouvelles que ça de GoGo Penguin, John Ellis, Mammal Hands, Matthew Halsall, Noya Rao, Phil France, Portico Quartet ou Dwight Trible, les autres superbes artistes signés sur le label… Peut-être n’en auriez-vous jamais entendu parler. Sans le crew au nez creux, pas d’Hania Rani, une instrumentiste que, soit dit en passant, Hauschka ou Nils Frahm ont tout intérêt à inviter à leurs jam sessions. Hania serait ravie, elle cite tout du moins Frahm au même titre que Murcof ou Christian Löffler (avec qui elle a déjà collaboré) dans ses inspirations.

Si comme nous, votre curiosité vous pousse à faire de choses extrêmes, vous découvrirez avec plaisir le duo Tęskno que l’artiste polonaise composait avec la chanteuse Joanna Longić en 2018, qui l’a fait tourner un peu partout. Vous vous plongerez dans un temps où la pianiste ne se montrait pas encore, toute entière.

Et puis, on vous laisse devant notre captation au festival Eurosonic, aux Pays-Bas, pour Arte Concert.

Crédits photo en une : Kinga Kaparti

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