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Tout le monde a son avis sur Disiz

On a rencontré Disiz, parce qu’il le fallait bien un jour. Peu de temps après la sortie de son dernier disque « Disizilla », on est en droit de lui filer l’award d’honneur de la prise de risques et de renouvellement depuis 20 ans d’activité. Le problème, c’est que les honneurs, c’est bon pour les anciens à sec d’idées. Et Disiz a encore du coffre, et une verve qui ne s’essouffle pas.

Tout le monde a un avis sur Disiz. Oui, depuis 20 ans, tout le monde a son avis sur Disiz. Besoin d’un petit check up ? Allez, on y va. Du Parti Socialiste, qui l’a largement utilisé pour se donner une street cred, aux pro-Soral qui n’ont jamais trop digéré qu’il attaque leur nazi idol, aux islamophobes comme aux anti-rap primaires des 90s, aux puristes de l’underground « conscient » comme aux fans éternels de J’Pète les Plombs-et-rien-d’autre, on pourrait couler une dalle autour de l’Elysée rien que le temps d’énumérer la brochette infinie de commentateurs qui se sont succédé ces deux dernières décades.

Parce que Disiz est une histoire française. Un jeune lion lâché dans l’arène du star system tellement jeune qu’on ne comprend pas comment le type arrive encore à se tenir sur ses deux jambes. Il est resté debout grâce à un bon contexte familial, vous nous dites ? Un père absent, une mère malheureuse – à qui il a dédié quasiment toute sa discographie. Que dalle, Disiz a tenu parce que sa tête pèse 8 tonnes. Elle est tellement dure qu’elle lui a même permis l’impossible : ne pas faire exploser son grand cœur. Une part de cynisme s’empare parfois de celui qui a réussi à se sortir la tête de l’eau parfois croupie de son parcours. Pas lui. Disiz ne parade pas, il milite.

Et pourtant, à l’écoute des douze albums sortis par l’enfant d’Evry, on se repaît comme on peut de tout ce qu’il y a à boire et à manger dans le rap. Mais c’est de bonne guerre. Quand on lui dit que ses derniers disques Pacifique (2017) et Disizilla (2018) sont ses meilleurs, qu’il s’est sans cesse renouvelé et affiné, il répond : « C’est ce que disent les journalistes, oui ». Mais ça ne semble pas l’occuper tant que ça la branlette de spécialistes. S’il ne fallait retenir qu’une seule chose de la carrière de Disiz, c’est sa capacité à se renouveler. Si le hater nie l’évidence, le critique lui – même étranger à sa musique – ne peut que constater qu’il a passé sa vie à se foutre en danger musicalement. Il y aura toujours deux niveaux de lecture de la Peste : sa musique populaire, et ses délires d’étudiant chimiste, dont les arrangements, l’épaisseur et les concepts ont souvent perdu les plus frileux de ses fans.

Lorsque Disizilla est sorti, on a cru voir la déflagration rap de l’année, et même si ça n’est pas complètement vrai, ça s’en approche. Composé comme un accès de rage après l’annonce du cancer de sa mère, Disiz rentre dans le lard. Il se fait nucléaire, avec Niska, Sofiane, Pepside, le compositeur de Jok’Air, Ponko (le binôme d’Hamza), Prinzly (beatmaker de Steet Fabulous) et The Shoes dans un déferlement de hargne qui fait du bien. Car rappelons-le, il est des colères saines, et des sourires mauvais.

Disiz2

INTERVIEW

Je voulais savoir comment tu allais ?

Comment ça comment je vais ?

Comment tu te sens dans ta vie ?

Je ne parle pas dans les interviews, seulement de ma musique.

Très bien. Alors… Tu as 40 ans…

Tout juste.

La quarantaine, c’est seulement un concept marketing pour faire vendre des marques de rasoir, ou tu la sens vraiment passer ?

Je la sens bien passer. Je sais pas si c’est la quarantaine. Mais pourquoi le concept de rasoir ? On ne se rase pas qu’à 40 ans.

J’ai toujours eu cette impression que les pubs de rasoir étaient destinés aux quarantenaires satisfaits d’eux-mêmes.

T’aurais peut-être pu réfléchir un peu plus, peut-être.

Bonne ambiance.

Je rigole.

Ok.

Mais les rasoirs, ça commence avant. Griezmann, il fait des pubs de rasoir, il n’a pas 40 ans.

Pas faux. Et surtout, il n’a pas de barbe.

Ouais, c’est de la pub, c’est le concept.

Disizz

Autre question essentielle : tu entends encore la phrase : « Quand est-ce que tu trouveras un vrai travail ? »

Non, ça c’est bon. Je gagne bien ma vie, j’ai plein de projets. Mais quand tu es artiste, tu es toujours considéré comme un paria dans cette société si tu veux avoir accès à certaines choses, comme un appartement.

C’est l’intermittence ?

Non, le fait de ne pas être salarié, de ne pas avoir de paye tous les mois. Mais je ne vais certainement pas me plaindre.

C’est intéressant de se dire que quoi qu’il arrive le profil de l’artiste reste à part.

Toujours en décalage. Mais c’est normal, c’est un choix. C’est inhérent au fait d’être artiste dans la société vu que tu la critiques, tu la vois dans ses interstices, dans ses travers. C’est ce qui fait de toi un artiste.

A propos de son dernier disque, Grems nous disait : « Je suis pas stressé. A mon âge on s’en branle ». Bon, tu m’as toujours semblé un peu plus angoissé que Grems. Mais je voulais avoir ton sentiment à l’approche de la sortie de ton nouveau disque ?

Sans être stressé ni angoissé, je me donne tellement dans ma musique que ce serait mentir de dire que j’en ai rien à foutre de savoir comment les gens vont le prendre, si ça va marcher ou pas. C’est capital pour moi. Pas en terme de vente, d’avoir de l’argent, c’est : « Est-ce que les gens ne vont pas s’en foutre ? Est-ce que les gens ne vont pas écouter ma musique et faire autre chose en même temps ? » J’ai des attentes à ce niveau-là.

C’est très actuel d’avoir ce genre d’attentes : quand on regarde un film, on regarde juste un film. Mais on écoute souvent de la musique en étant occupé à autre chose. Il y a de quoi être agacé, en tant qu’artiste ?

Ouais enfin, il y en a aujourd’hui qui regardent un film, en étant sur leur portable en même temps. Je crois que ce sont les gens que je déteste le plus au monde. De toute la planète. Je les déteste plus que les autres. Je rigole, hein. Au cinéma, c’est autre chose, il y a de la dramaturgie, il y a un enjeu donc on essaie de savoir ce qu’il va se passer. En musique, tu n’as pas ça. C’est normal que la musique puisse accompagner. On peut faire l’amour avec la musique, on peut faire un repas de famille en musique. Il y a aussi un rapport à la musique quand on est seul, qui peut nous remémorer des moments ou nous plonger dans des moods. C’est ça qui est fort dedans, c’est singulier.

Disiiz

Pour ton précédent disque Pacifique, tu voulais faire un disque populaire, en expérimentant pourtant plein de nouvelles choses assez couillues. Entre exploration et introspection. C’était un pari compliqué duquel tu attendais beaucoup, et dont j’ai cru comprendre que ça t’avait épuisé. Est-ce que finalement ça se prévoit un disque populaire ?

Oui. Tu peux demander ça à Maître Gims, à Francis Cabrel, à Jean-Jacques Goldmann ou à Yannick Noah – pour qui j’ai écrit d’ailleurs. Donc oui, ça se prévoit. Mais que veut dire populaire pour toi ? Je ne dis pas que tous les gens que j’ai cités ont une vision similaire. Chacun a la sienne, je ne juge pas. Ma vision à moi, c’est qu’un disque populaire, c’est le graal. Je viens de là. Je viens du peuple, j’ai grandi dans un quartier précaire. Ma mère est fille de paysan. Pour moi, le peuple ça veut dire quelque chose. J’allais dire tolstoïen. Cette façon dont il parle des moujiks, donc des paysans russes, c’est le bon sens essentiel. C’est à dire les gens qui ne se préoccupent pas de choses futiles… au sens premier parce que bien sûr qu’il y a de la futilité dans le peuple aussi. Quand j’étais petit, je voulais telle marque ou telle marque pour cacher ma condition, donc on est aussi dans la stupidité. Mais quand on touche le peuple avec des morceaux simples, comme peut le faire Soprano, par exemple, je trouve ça très beau.

On oppose souvent musique populaire et musique de qualité, pourtant. Pourquoi ?

En France, malheureusement, avec l’industrie du disque et les médias majeurs, ça pue un peu la chaussette. Quand on entend « musique populaire » c’est souvent des recettes dégueulasses un peu supermarché. Aux Etats-Unis, la musique populaire, est léchée. Et donc dans Pacifique, je voulais mettre tout un décorum hyper qualitatif. Je dis souvent à mes beatmakers : « Envoyez-moi les prods dont les autres ne veulent pas. »  Un morceau comme « Menteur, Menteuse » qui est hyper simple, mais avec tout un travail d’arrangements et de concepts, est un bon exemple.

A l’inverse, dans Disizilla, on est dans la colère pure, sans artifices. La première image qu’on a, c’est toi qui sors de l’eau, cette métaphore de la radiation, l’inspiration de Godzilla. Tu dis notamment que tu es « irradié » par ton passé. A quoi cette radiation fait-elle référence ?

C’est ce que je dis dans « Terre Promise ». Je raconte ce que j’ai vécu quand j’étais petit, les climats à la maison avec une mère pas très heureuse, et puis un contexte familial très compliqué. Ajoute à ça un métissage, la précarité, le fait d’avoir grandi dans un quartier dans un environnement criminogène, anxiogène, en France, avec tout ce que ça comporte d’humiliations, de désillusions… tout ça quand on est sensible, ça peut marquer quelqu’un. Après, on peut être dans le cynisme et s’en foutre, tirer profit de ça et jouer la carte qu’on nous demande de jouer mais moi, je ne suis pas comme ça. Ce serait plus facile de faire le rappeur bas du front, c’est facile, mais ça ne m’intéresse pas. C’est mon chemin de croix.

Cette désillusion, j’en ai eu l’impression, c’est aussi celle de l’extérieur, du regard qu’on t’a porté. On t’a vu comme la nouvelle-coqueluche-éternelle du rap, comme si ça avait été écrit. La radiation que tu évoques, est-ce que c’est le constat du « je suis radié de Pole Emploi » ?

Le game, c’est pas très intéressant. Je m’en fous. Je suis artiste, je vis de ma musique. Il y a des artistes qui n’en vivent pas donc ça, non. Quand je parle du game, c’est souvent pour m’en moquer. Par contre la vraie vie, c’est autre chose.

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Il y a quand même cette peur de ne plus être écouté dont tu parlais juste avant. Le fait, finalement, de ne plus être autant en haut de l’affiche, t’a aussi forgé et obligé à te remettre en question ?

Mon but, c’est pas d’être en haut de l’affiche, sincèrement. Mon challenge n’est pas là. Par contre, toucher beaucoup de gens pour avoir les moyens d’exprimer mon art et de leur fournir un arsenal d’émotions puissant qui va les impacter, oui. Comme moi d’autres artistes peuvent le faire, la frustration elle est là. Pas vis-à-vis d’autre rappeurs. Et j’en ai vu des rappeurs passer, des buzz de l’année… Je fais un peu l’ancien, mais on n’est pas beaucoup à être restés 20 ans. Et c’est pas comme si je faisais de la musique de niche, j’ai un public, je remplis des Olympia, je prépare un Zénith.

Dans Disizilla, on a envie de gueuler. Les prods sont denses et dark, elle « sortent comme des cratères » comme tu le dis. Paradoxalement, je suis plus touché par ce genre d’ambiances qui pourraient paraître sombre de prime abord, ça touche plus rapidement au cœur. Le easy-listening, c’est pas forcément la solution pour toucher le plus de monde, en fait ?

J’ai l’impression que c’est plus les journalistes ou les gens qui sont habitués par cette musique-là. On me dit souvent que plus j’avance, plus je suis abouti, et que Disizilla, c’est mon meilleur disque parce que etcetera. Moi j’aime beaucoup Pacifique, c’est un disque qui est à part. Dans Disizilla, je n’ai pas mis d’intention particulière, c’est peut-être ce qui fait sa singularité et qui fait que certaines personnes l’apprécient plus. Je l’ai fait parce que j’ai pété un câble. Pourtant je l’ai travaillé aussi, je fais attention à mes arrangements, mais c’est sûr que c’est moins peaufiné que Pacifique. Est-ce que ça veut dire que c’est moins bien ? Ça ne m’appartient pas.

 

De Renaud à Souchon, on connaît ton goût pour une certaine chanson française. Avec « Tout partira » tu rends un hommage à Léo Ferré. Quel est ton rapport à son « Avec le temps » ?

Il y a des chansons, comment dire. Même si c’est cliché, je me dis ferme ta gueule, c’est juste trop fort. Ça fait partie des monstres. C’est tellement puissant. C’est colossal. Les paroles, la musique, l’interprétation. Je l’ai écoutée en allant au studio et ça m’a mis dans ce mood-là, c’est ce que j’avais au fin fond du ventre. J’ai demandé à Ryan Koffi – qui a composé son premier disque d’ailleurs – qui m’a filé l’instru, et je l’ai écrit d’une traite.

Ça t’arrive souvent l’écriture automatique ?

J’ai des bouts de texte que j’entame et que j’écris sur mon portable. Mais souvent, je garde la pulsion pour le studio pour voir ce que ça donne. J’ai jamais de texte entièrement prêt.

Tu réfléchis quand même ton texte, ton style ?

Pas vraiment. Et pour moi, c’est même une posture de le faire. Ce qui fait pitié, c’est quand tu sens que les mecs écrivent pour faire de l’effet. Ils mettent tout un système de rimes multisyllabiques, hyper techniques qui font chier. Par exemple, ils vont mettre « planisphère » et « somnifère ». Après, ils vont trouver un lien logique entre les deux pour que ça rime, et se donner l’illusion qu’ils écrivent bien. Mais c’est pas ça, bien écrire. Bien écrire, c’est avec tes tripes. Le fond précède la forme. Sinon, t’es un fakeur.

Retrouvez-le au Zénith le 20 avril ici.

Crédits photos : Johann Dorlipo

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5 commentaires

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Rudy 08.02.2019

Le journaliste laisse à désirer …

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Avondo Anthony 01.02.2019

Merci pour l’interview foirée, j’ai jamais vu autant de désintérêt pour l’artiste franchement. Apparemment tu l’as interviewé  »par ce qu’il fallait bien », arrêtes toi maintenant va.

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Lola 01.02.2019

J’ai exactement le même ressenti. Un manque de professionnalisme manifeste.

Lola 31.01.2019

Franchement, t’étais pas obligé de retranscrire le malaise en début d’interview, ça n’avait aucun intérêt à part dévaloriser ton sujet.

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Jessica 30.01.2019

Moi pour info je ai aimer l abulm Peter punk et je suis vraiment agréablement surprise que tu es multipasse ces comme ça que je ai écouter les autres album par rapport à mes infinité qui son le rock quel bonheur la musique qui nous rassemble qui nous révolte que l on aime bref de l émotion et une bonne paire de couilles pressé de te voir au VIP l occasion de voir et de attendre un beau spectacle pour nous plein bonheur continue jesslacanaille

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