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Taper la discute avec The Cinematic Orchestra

On vous a déjà fait le coup du « grand retour » après une longue absence ? Ce synonyme de nouvelles aventures mais aussi, peut-être, de trop grandes attentes possiblement déçues ? C’est cette interrogation qui nous a envahi au moment d’entamer l’écoute de To Believe, premier album studio de The Cinematic Orchestra depuis 12 ans. 12 ans c’est long, surtout après Ma Fleur, grand album sorti en 2007 qui a traversé les années – notamment grâce au morceau « To Build A Home » sur lequel toute la terre a chialé depuis. Alors, travail acharné ou procrastination de l’extrême ? On est allé chercher la réponse auprès de Jason Swinscoe, fondateur du groupe.

Il est devenu assez commun de jouer sur le concept du come back, comme si un retour était intéressant par nature. Or l’histoire à montré que ça ne se passait pas vraiment comme ça (coucou Polnareff). Dans le cas qui nous intéresse aujourd’hui, cette attente, si longue fût-elle, semble avoir été nécessaire, voire indispensable.

Album après album, la bande de Swinscoe avait construit une discographie marquante qu’il convenait de poursuivre de la meilleure des façon, sans se précipiter. C’est ce qu’on appelle prendre le temps de la réflexion. Ils auraient d’ailleurs pu revenir plus tôt. « On avait commencé à composer un album à New York il y a quelques temps, autour de 2009/2010, mais on avait l’impression que ce n’était pas la bonne direction. » Un peu plus tard, en 2016, à la sortie de leur single « To Believe » un album avait été annoncé pour 2017. Fausse alerte. « To Believe a été le premier morceau qui nous a paru achevé. C’était une sorte de déclic où on a senti que notre démarche pourrait être comprise. En général les groupes choisissent un single une fois que l’album est terminé, dans notre cas, ce n’était que le début. »

Ces 12 ans ils semblent les avoir passés à travailler, à avancer, puis reculer, en tâtonnant, en créant sans compter, à la recherche d’une sensation d’accomplissement. « Finir un album ça ne dépend pas tellement de la musique elle même, c’est plutôt une question de sensation. On voulait prendre notre temps, on voulait construire un album. On voulait un expérience musicale complète, un voyage, une histoire. » Tout ne serait donc qu’une affaire de sensation. Celle de l’artiste qui prend conscience de l’oeuvre qu’il est en train de construire, mais surtout celle de l’auditeur qui reçoit le message. Car oui, quitte à attendre aussi longtemps, autant avoir des choses à dire. « Le thème de cet album a été un choix conscient. On a grandi dans une époque où la musique était très liée au contexte politique et social. Puis on a vu l’underground basculer vers le commercial, tout s’est lissé et ça a changé la place de la musique dans notre société. » De ce constat est alors née une interrogation, dans ce monde de plus en plus déstabilisant, que faut-il croire ?

Cet album n’est donc rien d’autre qu’un grand questionnement, ou plutôt une invitation au questionnement. Et de l’écoute de ces 7 titres on tire en fait moins de réponses que de questions. Le discours politique sous-jacent est finalement anecdotique face à la conversation que le groupe amorce avec son public. Et même si To Believe est leur album le plus bavard, avec seulement deux titres instrumentaux, il est plus intéressant de voir ces mots comme autant de mains tendues vers l’auditeur que comme les vecteurs d’un message. « Avec cet album on voulait consciemment engager notre public et établir une connexion émotionnelle mais aussi intellectuelle avec notre musique. La technologie a transformé la façon dont les gens écoutent la musique. Ce qu’on a essayé de reconstruire avec cet album, c’est une expérience immersive. En ramenant les gens vers un format d’écoute plus long on veut les pousser à se connecter pleinement à la musique. »

Côté musique justement, le groupe a su créer une ambiance adaptée à son ambition. Tout ici est propice à la prise de recul, presque à la méditation. Ils ont aussi su maîtriser leurs penchants grandiloquents et pompeux pour construire un album qui touche par sa justesse. Même s’ils s’éloignent encore une fois des origines jazzy du projet, la substance de leur musique est toujours présente, le sampling en moins, Moses Sumney en plus. « La collaboration avec Moses a été décisive dans la conception de notre album, elle a donné la couleur du projet. On parlait beaucoup de politique et on se demandait ensemble comment toutes ces idées pouvaient être exprimées artistiquement. De ce travail est né notre morceau « To Believe » et on s’est tout de suite dit que c’était ce qu’on voulait faire sur cet album. » À noter que le groupe retrouve aussi Roots Manuva sur le puissant « A Caged Bird/Imitations of Life », qui fait écho à leur collaboration de 2002, « All Things To All Men ».

Tout cela finit par nous rappeler que le groupe fête cette année les 20 ans de son premier disque Motion. « C’est vrai que ça fait 20 ans, je n’y pense pas vraiment pour être honnête. Je suis heureux d’être immergé dans la culture, l’art et la musique depuis tout ce temps. C’est très plaisant d’être en constant questionnement, en constante conversation et renouvellement. Tout ça nous permet de rester jeunes.  » De quoi rendre encore plus beau ce nouveau disque qui n’a décidément rien à envier aux précédents, et qui montre encore une fois qu’un retour peut être synonyme de renouveau.

L’album intégral
ici

Crédits photo en une – Eddie Alcazar

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1 commentaire

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charlotte 15.03.2019

Merci pour cet interview!! On l’attendait cet album !!!

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