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Spit’N’Split, la grande dérouille

Le réalisateur Jérôme Vandewattyne a mis au point Spit’N’Split, un faux-documentaire (documenteur) ou devrait-on dire un documentaire démesuré dans lequel on suit la tournée du véritable groupe belge The Experimental Tropic Blues Band sur les routes du rock, celles qui sont boueuses, ou on s’ennuie et où on chaque trajet correspond à une année d’espérance de vie à rayer dans son carnet de bord.

Quand le film pourrait relater les aventures réelles du groupe de rock abrasif qui, de toute manière, crame déjà la corde musicale par les deux bouts, un tournant d’exagération extrême s’opère rapidement pour notre plus grande satisfaction sordide, donnant au film sa folle singularité.

Scènes de fiction, débordements inquiétants, réactions hyperboliques, menaces, agressions, le film emprunte autant au trash d’un Poelvoorde dans C’est arrivé près de chez vous (les techniciens sont d’ailleurs également agressés) ; à une sorte de réalité absurde qu’on retrouve chez un autre film belge sous-côté nommé Strass (Vincent Lannoo, 2001) ; à la moralisation punk d’un Lester Bangs qui ne cessait de rappeler à ses lecteurs que non, la tournée d’un groupe de rock, c’est pas le pied, c’est même carrément un ticket pour l’enfer ; et un hommage en filigrane à la chouille à l’arrache (Bukowski devait se cacher dans le coffre du tourbus).

Ah bon ? Vous voudriez dire qu’une tournée pour un groupe de rock, ça n’est pas de la coke, des fans en délire, des saunas, des accueils en grande pompe et plein de tunes à économiser pour les années futures, celles dont on s’est dit qu’on aurait plein d’enfants et des hobbies diurnes ? Ne vous en faites pas, on ne va pas tuer toute once de rêve en vous. Ou presque.

Ce que Jérôme Vandewattyne veut simplement souligner, des fois en utilisant la fiction, c’est que vous découvrirez les comportements les plus bestiaux de vos proches (de vous-mêmes ?) pour dégoter de la coke, que les fans en délire seront juste « en délire » parce que principalement tournés sur la déglingue, que le seul sauna que vous croiserez sera en fait votre tourbus contenant un tas de mâles ronflants (quand il ne sera pas comparable à un igloo sur les routes nordiques), que souvent les accueils en grande pompe se limiteront à deux verres offerts au bar et que les tunes… ah ben non, en fait, vous ne gagnerez jamais de tunes.

La technique du maître d’oeuvre pour faire passer ses messages : le toujours-plus, toujours-moins. Bref, l’orgie de loose. Fuite en avant d’un groupe pas vraiment nul, pas vraiment révolutionnaire, activités quotidiennes consistant à rechercher de la dope, crécher dans des endroits plus minables les uns que les autres, en rire, et en pleurer. Tirer le vrai du faux, là n’est pas forcément la question quand on se plonge dans ce rockumentaire complètement pété qui entarte sans glüten. On passe notre film à traîner avec de vrais êtres humains, simples et décadents. La question qui se pose au bout est et restera : « C’est déjà fini ? »

Désolé, on aurait dû prévenir les Parisiens hier qu’il était projeté, ah et qu’il était en première française à L’Étrange Festival. Mais sinon, le film sera ce soir, vendredi 15 septembre à 20h, au Cinéma Sauvenière à Liège, le mardi 19 septembre au Cinéma Aventure à Bruxelles, et on l’espère de retour en France bientôt.

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