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Soutien aux radios libres : Fréquence Paris Plurielle fête ses 25 ans, à Montreuil

Quel avenir pour les radios libres ? C’est la question de fond qui va alimenter la soirée organisée par la plus grosse radio associative de France, Fréquence Paris Plurielle, ce vendredi 15 décembre à La Parole Errante à Montreuil. On y trouvera débats et tables de presse ainsi que des concerts solidaires donnés par de nombreux artistes, fidèles à la radio militante. Parmi eux, Nosfell, Rocé, Manu, Cheikh Sidi Bémol, L1consolable, Solorazaf, Little Big Bang et bien d’autres. Retour sur 25 ans d’activisme.

L’effervescence est palpable cette semaine dans les locaux de F.P.P situés dans la bien nommée Rue de la Solidarité, au sein du 19ème arrondissement. Bien plus qu’une simple radio libre d’Île-de-France (106.3 FM), elle est un vivier de 280 bénévoles passionnés animant plus de 90 émissions aussi diverses que possible.

Du haut de ses 25 ans, Fréquence Paris Plurielle a déjà vu passer du beau monde dans ses studios : Oxmo Puccino, Sage comme des Sauvages, Keny Arkana, Sanseverino, la Mano Negra, Electro Deluxe, Médéric Collignon, Henri Texier, Charb, Daniel Bensaïd ou encore le tonitruant Screamin Jay Hawkins. Il y a encore quelques jours, certains ont pu croiser Prodigal Sunn, artiste de Brooklyn longtemps partenaire du Wu-Tang Clan. Cette liste non-exhaustive oublie les autres nombreuses têtes pensantes qui traversent toutes les semaines le couloir menant au studio du direct. Fréquence Paris Plurielle est une radio voulant offrir une visibilité aux causes dont on ne parle pas ailleurs, aux artistes qui n’animent pas le Top 50 ainsi qu’aux cultures minoritaires et transparentes. Elle est « la voix des sans-voix » comme le résume si bien son slogan.

Rap amer natif

C’est en 1992 que F.P.P. prend forme en se proposant d’être un « Parloir Libre »  qui relaie des messages des familles aux prisonniers. Investie par les nouvelles générations, elle est ensuite devenue le laboratoire de futurs journalistes comme des scènes musicales francophones émergentes. On retrouve à l’époque la scène française indé et ses représentants punk comme Les Négresses Vertes ou les Bérurier Noir. Mais le rap français perce également sur ses ondes. C’est ainsi que F.P.P est devenue le terrain de jeu de la génération du genre dans les années 90. En 1998 le collectif Time Bomb (X-men, Oxmo Puccino, Pit Baccardi, Lunatic, Hifi) enregistre le tube « Les bidons veulent le guidon » dans ses anciens locaux de La Plaine Saint-Denis. Trois ans plus tôt, c’était IAM, Assassin et Passi qui mettaient en boîte une mixtape contre la loi Pasqua-Debré. Le documentaire Fréquence Paris Purielle en noir et blanc, réalisé en 1999 par Marion Lary, retrace l’ambiance de l’époque où officie déjà dans les studios un certain Mouloud Achour alors âgé de 18 ans. Vous pouvez le regarder en intégralité sur Dailymotion : partie 1, partie 2 et partie 3.

Pour l’anniversaire de la radio ce vendredi 15 décembre, Rocé et L1consolable seront sur scène pour défendre l’attachement de F.P.P à la scène rap alternative.

25 ans avec sursis

Mais la radio fête ses 25 ans avec une joie prude car, plus qu’une célébration, c’est avant tout une soirée de soutien à toutes les radios libres qui s’y joue. Comme toutes les autres, F.P.P est menacée. La fonte progressive des subventions pour la culture et la suppression à venir des contrats aidés fait du quotidien de la radio une lutte permanente pour maintenir à l’antenne une programmation exigeante. Que ce soient les animateurs, les techniciens ou les artistes, chacun se mobilise alors pour tenter de trouver un chemin de traverse au milieu de réformes qui vont compromettre tout un secteur.

Pour le rappeur L1consolable également animateur de l’émission Rap au logis, la disparition de Fréquence Paris Plurielle signerait la fin « des dernières radios FM véritablement libres dans leur mode de fonctionnement, dans leur contenu et dans leur ton ». Pour Julien, musicien dans le groupe Little Big Bang et ancien permanent à la radio : « Ce serait d’un ordre dramatique, sur un aspect lointain de la censure. Il y a des gens qu’on invite rarement sur les autres radios. Ici on prend le temps de discuter, d’approfondir les choses. On amène des coopérations avec d’autres assos et détruire cette radio… c’est couper les ponts qu’on met en place dans les quartiers ».

Associa’tif on hair

Un tissu associatif – dont la radio est, en région parisienne, un des fers de lance – qui participe à faire reconnaître des luttes sociales ainsi que de jeunes artistes en devenir. À l’image de Nosfell qu’un animateur de Fréquence Paris Plurielle avait rencontré alors que celui-ci enchaînait les petits boulots : « Je débutais à peine mon parcours de musicien. Je vivais dans une banlieue proche de chez Michel Prévost (émission Muzaïk). J’avais glissé une démo de ma musique directement dans sa boîte aux lettres. Il m’avait invité dans son émission, alors que mon travail n’avait à l’époque aucun label, aucun éditeur, aucune visibilité, se souvient-il. Les auditeurs ont besoins de radios comme FPP. Ce sont des espaces de liberté, où l’audience ne traverse pas le  temps comme sur les ‘grandes ondes’, elles aussi nécessaires à certains égards. Nous avons besoin de diversité » finit par dire le chanteur à la voix élastique qui voit F.P.P. un peu comme sa famille.

Égalité, diversité, indé…

Cette radio « bout de ficelle » qui tourne avec peu de bras (seulement trois permanents) et de moyens est aujourd’hui un symbole de la diversité radiophonique hexagonale. À travers une liberté totale, les émissions se côtoient mais ne se ressemblent pas. De la célèbre émission underground Party Time (reggae dancehall) à Jastra (jazz et musique du monde) et Konstroy (rock et punk) ; du rendez-vous des communautés comme Visage du Kurdistan aux aficionados du théâtre avec Act’heure ; de Zoom écologie à l’émission féministe Langues de fronde ; c’est l’ensemble des terrains de revendications et des musiques de toute la planète qui est parcouru avec une grille de programmes tournant en continu 24h sur 24h et 7 jours sur 7.

« On croise toute les musiques du monde dans l’agglomération parisienne, et F.P.P faire ressortir ça » explique le chanteur algérien Cheikh Sidi Bémol pour qui l’existence de F.P.P. « est capitale par ses valeurs d’humanité et de partage. Quand j’ai découvert la radio, je me suis reconnu dans cet objectif commun d’indépendance pour créer. Rien n’est plus cher que l’indépendance » ajoute-t-il. C’est pour défendre l’autonomie des radios libres que Nosfell, Solorasaf, Rocé, Manu et Cheikh Sidi Bémol n’ont pas hésité à répondre à l’appel d’urgence de Fréquence Paris Plurielle.

Réultat, ils viennent jouer vendredi 15 décembre à la Parole Errante à Montreuil (métro Croix de Chavaux). Une programmation rock, rap, funk et musiques métissées qui se veut à l’image de la diversité que prône la radio. Une soirée engagée et festive qui demande bien sûr l’aide modeste du public avec une entrée à 10 €

Anti-Despotify

Pour ceux qui en ont marre d’entendre toujours les mêmes tubes en boucle à la radio, Edson Martin musicien et animateur rappel que Fréquence Paris Plurielle, « c’est la possibilité d’écouter autre chose. Il y a une uniformisation des radios, des émissions musicales. Cela n’a pas plus de valeur ajoutée qu’une playlist Spotify. On n’est pas là pour donner quelque chose avec quoi l’auditeur est déjà à l’aise mais bien de l’amener plus loin. Hors de cette radio, il y a pas d’espace pour soutenir les cultures non-majoritaires ou bankable ». Une diversité également revendiquée au quotidien dans les locaux par l’animateur Pierre Baron : « Avant mon émission Les oreilles loin du front, il y en a une autre sur l’actualité et la culture de Madagascar, et on est devenu potes. F.P.P. humainement, musicalement, politiquement, c’est un chaudron. Une vraie richesse puisqu’on n’a pas la pression de l’audience, de la pub, on met à l’antenne des choses qu’on ne trouve nulle part ailleurs ».

Un festin unique de musiques hétéroclites et de discussions cordiales que tous les membres de Fréquence Paris Plurielle souhaiteraient partager avec vous, vendredi 15 décembre à partir 19h à la parole Errante située à Montreuil (9 Rue François Debergue). Et pour ceux qui ne peuvent pas être là, la soirée sera diffusée en direct sur le 106.3 FM en Île-de-France et sur rfpp.net.

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