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Sameer Ahmad, dédoublement de personnalité

Carton plein des rédactions et des balladeurs en 2014, l’album « Perdants Magnifiques » mettait Sameer Ahmad en haut de la pile des rappeurs les plus talentueux de France. L’auteur montpelliérain en remet une couche avec la sortie d’un double EP suivant une narration sans frontière et une musique inspirée des grands du jazz freeaky.

Avec la sortie de son double EP Jovontae / Ezekiel, le rappeur montpelliérain Sameer Ahmad s’est essayé au scénario entremêlé, qui consiste à faire vivre à plusieurs personnages un même événement. Où il devient intéressant de connaître différents points de vue. Mais oui, combien de fois n’avons-nous pas souhaité mesurer la portée de chacune de nos paroles et gestes, sonder les réactions les plus immédiates ou enfouies de nos interlocuteurs, suivre l’effet de nos actes dans le temps ? Avec cette technique, voilà qui est possible. Quand la narration permet à l’homme de s’élever de son enveloppe limitée, il aurait tort de s’en priver.

L’action se déroule à travers les yeux de deux personnages, dans les années 80. Dans le premier volet-EP Jovontae, seul en écoute pour le moment sur la toile, Sameer se met dans la peau du jeune homme de 20 ans, homonyme du disque. Jovontae est un skateboarder d’origine jordanienne et a vécu à Spanish Harlem. Ezekiel a le même âge et est le héros de la deuxième partie. Il est quant à lui Éthiopien et prophète de l’Ancien Testament. Leurs points communs : ils aiment le rap, font du surf et étudient tous deux à Montpellier.

Parmi les scénarios écrits « à plusieurs premières personnes » qui nous reviennent en mémoire, on nommera le film Rashōmon (1950) d’Akira Kurosawa et ses quatre versions (très) différentes d’un crime en pleine guerre civile japonaise ou encore l’immense roman social Le bûcher des vanités (1987) de Tom Wolfe où un golden boy, un substitut du procureur, un journaliste et un maire prennent successivement le lead narratif pour dépeindre la société new-yorkaise dans toute sa noirceur (PS : ne regardez pas l’adaptation de Brian De Palma, c’est une catastrophe).

Le récit psychologique et social veut s’inscrire dans le même sillon que celui d’un Kendrick Lamar, choix assumé, surtout vis-à-vis de l’album Overly Dedicated de l’Américain. Question hip-hop, Sameer met également en avant l’influence d’A Tribe Called Quest (album Midnight Marauders) dans la production de ce double opus.

Mais c’est ailleurs qu’il faudra trouver l’inspiration instrumentale chill-esque de la première partie dédiée à Jovontae, dans le jazz fusion, début de la période électrique de Miles Davis dans In A Silent Way (1969). Jazz toujours – free de surcroît -, l’association des deux personnages Jovontae et Ezekiel donne lieu au nom Un Amour Suprême, crédité par Sameer comme le groupe à l’origine des disques. Or, le clin d’oeil semble évident, A Love Supreme (1964) est surtout considéré comme l’un des disques majeurs de l’histoire du jazz (oui, allo, c’est John Coltrane à l’appareil). Bref, Sameer a foutu sa tête en plein dans les deux beatniks les plus jetés du jazz, qui ont globalement influencé le reste de tout ce qu’on a pu faire après. Et dans « tout », on compte évidemment les ouvre-boîtes sans efforts, les tickets de tramway et les collectifs anti-pub.

Attention malheureux, n’allez pas croire que Sameer ait tout juste découvert le jazz, son album Perdants Magnifiques et ses précédents EP en sont des preuves suffisantes. Mieux encore, vous aurez aussi le loisir de vous balader dans une cocktail music plus ou moins profonde au cours des six morceaux de Jovontae ici en écoute.

Crédits photos : Photoctet
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