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Radio Elvis : « On n’a pas envie de s’économiser »

Après avoir vu Pierre Guénard chemise trempée et ses deux acolytes en transe, cette citation prend tout son sens. Radio Elvis ne ment pas sur scène. Il ne faut pas se fier à certaines mélodies et aux textes dépaysants qui jalonnent « Les Conquêtes ». Dans ce premier album, ce trio amoureux des mots sillonne la route du rock. Pour qui aime l’embrun et la quête de nouveaux horizons, Radio Elvis navigue dans un courant rafraichîssant de la chanson française.

Employer des mots peu usités, être un jeune groupe et s’appeler Radio Elvis : ça ne vous attire pas un public de vieux ?

Pierre : Elvis n’a pas d’âge. On aime bien, mais on n’est pas spécialement fans. C’est un peu comme Marilyn Monroe, Elvis est devenu une marque. C’est le prototype même du businessman américain qui a réussi à devenir une marque, au même titre que Coca-Cola. Ça nous attire pas spécialement un public de vieux, car on a un public de tout âge.  Je ne sais pas… Question compliquée.

Manu : Question compliquée, ouais. D’ailleurs, des gens nous ont contactés sur Facebook pour savoir : « Pourquoi Elvis ? C’est en référence à Elvis Presley ».

Colin : Elvis ne sonne pas forcément vieux, un peu comme les Beatles. Tout le monde a écouté au moins une fois Elvis. Le nom remonte à l’époque où Pierre était en solo. Ça sonnait hyper bien et ça nous évitait de nous retrouver autour d’une table pour chercher un nom.

A quel moment, vous vous êtes dit tous les trois : « Ça y est, on a le son qu’on veut « .

C. : On se l’est peut-être dit à la fin d’un concert, au bout de 30 ou 40 dates. Au départ, on ne s’était pas dit pas qu’on voulait aller là spécialement.

P. : On attendait de voir ce qu’allait donner la scène. On voulait se laisser guider par la scène avant tout, aller dans quelque chose d’assez frontal, d’assez brut. Au début, on pensait qu’on était un groupe chanson indé alors, qu’en fait, on était un groupe de rock parce qu’on envoie à fond sur scène et qu’on n’a pas envie de s’économiser. Ça a changé notre son sur l’album, et l’album a aussi changé notre son sur scène. Tout est lié. On ne s’est pas dit qu’on voulait ce son.

Avoir signé dans une grande maison comme Pias, ça vous pousse dans une direction ?

M. : Au contraire, c’est une grosse maison mais ils restent indé, donc ils nous laissent assez libres.

P. : Ils ont la passion du disque. C’est eux qui ont l’idée de faire un 45 tours, de sortir un EP live, ce qui est rare. Artistiquement, on fait ce qu’on veut, puis on leur soumet. On a mis volontairement du temps à choisir le tourneur et la maison de disques. On voulait être sûr d’être sur la même longueur d’ondes. Le tourneur parle à notre place des fois, il y a de la confiance réciproque. Pareil avec la maison de disques, si on est pas d’accord sur un petit truc comme la pochette de disque, il faut lâcher les rennes de temps en temps et ça se fait facilement. Même si on a eu du mal au début…

C. : Ils font partie du projet. C’est pas qu’une banque, loin de là. Puis, c’est tellement agréable d’avoir des gens qui nous critiquent. On échange.

« Arriver à une forme d’ivresse sur scène sans boire est ce que l’on cherche »

Il y a an Pierre, tu nous confiais vivre un rêve éveillé. Il est rendu à quel stade ce rêve en 2016 ?

P. : C’est un putain de cauchemar maintenant. Je les connaissais pas aussi bien les deux à l’époque… (rires) Sérieusement, c’est encore mieux qu’il y a un an. On a réussi à faire un putain d’album, en tout cas on a l’impression d’avoir accompli notre travail. Maintenant, le public nous dira ce qu’il en pense. Ça nous a ouvert encore plein de portes artistiquement et on a surtout réussi à aller là où on voulait.

C. : Ça confirme ce qu’on cherchait depuis deux ans. Le fait qu’on se revendique groupe, qu’on ait envie de faire du rock, qu’on appelle un album Les Conquêtes avec toutes ces musiques et ces textes. Ça met de l’ordre dans les idées.

P. : Les médias répondent bien. L’album est bien accueilli jusqu’à maintenant, on touche du bois. On passe les étapes petit à petit. On a fait notre première grosse télé vendredi, en réalisant notre rêve de gosses avec Taratata. France Inter nous suit à fond, on est hyper chanceux… La tournée s’annonce super belle avec la Maroquinerie qui se profile rapidement.

En parlant de la Maroquinerie, avez-vous un petit rituel avant de monter sur scène ?

C. : On cire nos pompes.

M. : Toujours la gauche d’abord…

P. : On chante un peu dans les loges, on écoute de la zic. On se touche aussi. Les épaules, j’entends.

Vous n’êtes pas des rockeurs à l’ancienne qui se la collent avant de jouer ?

P. : On se boit une bière, mais c’est assez technique ce que l’on joue, surtout pour Colin (rires).

C : J’ai jamais trop aimé l’ivresse sur scène. Après, en répétition, la nuit, c’est super. Sur scène, c’est se voiler la face et se masquer alors qu’il n’y a rien de mieux que d’être lucide pour se confronter au public. Justement, arriver à une forme d’ivresse sur scène sans boire est ce que l’on cherche. Quand tu y arrives, c’est extra.

P : Tout à fait. On a le trac mais ça nous fait pas peur, donc on a pas de raison de boire. Ça nous impressionne mais ça ne nous fait pas peur.

C’est le même trac sur une petite qu’une grande scène ?

P. : Moi, j’ai plus le trac sur les petites scènes que sur les grandes.

M. : T’as les gens dans les yeux… Ça ne ment pas.

C. : Paris c’est flippant, mais au final c’est aussi plus évident car les gens ont l’habitude d’aller voir des concerts. On est attendu. C’est plus dur d’aller jouer, parfois, en pleine cambrousse dans un lieu où les gens ne te connaissent pas.

M : Tu sais qu’il y a beaucoup de professionnels à Paris. C’est une autre pression, ce n’est pas comme le trac artistique. Dans tous les cas, on le vit avant tout comme un concert.

Pour en revenir aux textes, ça sent les malles poussiéreuses. A quelle époque auriez aimé vous vivre ?

M : Hummm… Le futur.

P : J’aurai voulu traverser le XXe siècle, naître en 1900. Je suis assez fier d’être né au XXe siècle mais naître en 1900 m’aurait bien plu.

C. : Naître dans les années 50 et traverser les époques de la musique « moderne ».

M : En fait, j’aurais aimé vivre le siècle des Lumières. Rester au milieu de ce truc, à réfléchir…

P : On pouvait beaucoup réfléchir à l’époque…

M : On avait le droit.

C : Toi Pierre, si t’étais né en 1900, je pense que tu serais mort en 1917.

P : Voire en 1912.

radio elvis

Le monde maritime est également très présent. Vous posez d’ailleurs en marinière sur la pochette de l’album.

P : C’est plus un prétexte pour parler de choses avec pudeur. Je n’ai jamais fait de bateau, mais j’en rêve. La mer m’a beaucoup obsédé mais je l’ai découvert assez tard. A chaque fois que j’y vais, elle me fascine et déclenche des questions introspectives, comme chez beaucoup de gens. La mer déclenche l’écriture. Je ne veux pas en faire un concept, c’est venu assez naturellement.

Pierre, la littérature semble aussi présente dans ton écriture de chansons. Tu cites souvent Jack London ou John Fante.

P : J’ai découvert la lecture en même temps que la mer. Un livre, c’est aussi des grands espaces et un condensé de sons. La lecture déclenche l’écriture, l’écriture appelle le sens. J’ai envie de dire que la lecture est plus présente que la littérature car il y aura le côté pompeux en moins. Je lis avant tout de la la littérature populaire. Je lis Giono en ce moment.

Te verrais-tu finir tes vieux jours écrivain, le long de la mer ?

P : Je me vois bien au bord de la mer, effectivement. Je ne ferai pas de la musique toute ma vie, c’est une certitude.

Avez-vous imaginé votre groupe vieux ?

M. : Tu veux dire comme les Rolling Stones ?

C : Voir tous ces vieux groupes qui se reforment si ce n’est que pour gagner plus de thune, ça ne donne pas envie.

P : On a deux albums à faire avec Pias. J’aimerais qu’on se pose la question après.

C : Je comprends, mais je vois plus loin quand même.

P : Je ne dis pas que je vais arrêter, mais j’aimerais qu’on se pose pour que personne ne se force. Ça me fait flipper, trouver à se renouveler. Déjà, j’ai l’impression d’être vide à la fin du premier album. J’ai l’impression de repartir de zéro. C’est excitant en même temps. J’aime l’idée de me dire qu’il y aura une fin.

M : Je pense à Sonic Youth qui a fait une quinzaine d’albums en vingt ans de carrière. Ils ont aussi continué à faire plein d’autres trucs dans des projets à côté.

P : Ouais, il y a aussi le désir d’investir des gens, de ne pas rester forcément à trois. Se mêler avec un autre groupe, c’est intéressant. Je ne me vois pas faire du Radio Elvis actuel sur cinq albums. Au bout d’un moment, les gens vont en avoir marre d’entendre parler de voilier.

Avec quels groupes avez-vous noué une complicité ?

P : On adore Frànçois and The Atlas Mountains. On se sent pareil dans l’approche de la musique. On se sent proche d’eux dans ce rapport à être heureux sur scène, à ne pas hésiter à improviser. Ils ne se prennent pas la tête.

C : Ils viennent aussi du Poitou-Charentes. Il y a aussi Feu Chatterton avec qui on va rejouer. Ils ont commencé avant nous, mais on a grandi ensemble à travers des tremplins.  Leur album est très beau.

P : Avec Feu! Chatterton, on se suit depuis le début et c’est marrant de voir l’évolution de nos deux projets. Ah, j’oubliais ! Nick Cave a dit l’autre jour qu’il rêvait de collaborer avec nous (rires).

Si vous n’aviez pas été musiciens, quel métier vous aurait tenté ?

P : La dernière fois, j’ai dit prostituée. Aujourd’hui, je dirai bien cordonnier.

M : Ingé son. Je serai toujours de l’autre côté de scène, à la console.

C. : Cuisinier, je pense.

Dans vos textes, le voyage a une place prépondérante. Un endroit vous fait rêver pour jouer, comme une île au large du Brésil ?

P : On en parlait l’autre jour, on aimerait beaucoup jouer à Ouessant. C’est plus près mais tout aussi exotique. Si le programmateur nous entend…

C : Le FME aussi, un festival au nord du Canada. Ça a l’air magnifique.

P. : On a tous envie de jouer aux États-Unis. Peu importe les conditions, ça serait d’enfer de traverser les États-Unis avec un petit camion.

C’est mal barré, vous chantez en français…

P : Arcade Fire chante en français. OK, deux…

C. : Je ne pense pas que le problème soit le français, mais un manager américain nous a dit qu’on irait jamais aux États-Unis avec un nom pareil parce qu’il faudrait faire que des reprises d’Elvis. Ou alors il faut dépasser le succès des grandes groupes américains. Voilà ce qu’il nous reste à faire.

P : On va changer de nom pour s’appeler Arcade Water.

La plus belle comparaison qu’on vous ait faite ?

P. : Arcade Fire.

C. : C’est pas pour flamber mais Nagui nous a dit un mélange entre Bashung et Arcade Fire. C’est pas mal là… Mais on a eu des perles aussi. On n’a pas eu du Voulzy ?

P. : Un jour, on m’a dit Patrick Bruel. Un mélange entre Harry Potter et Indochine, aussi.

C : Higelin revient souvent, en ce moment. Bertrand Belin, sur une chanson ou deux. Dominique A, ça revient tout le temps.

P : Dominique A reste une putain de référence, mais on s’en éloigne de plus en plus.

Crédit photo © Nicolas Despis
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