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Puma Squatt, le condor des Andes

Scratcheur dans les premiers groupes de hip-hop chiliens, disque de platine pour du rap engagé, résident de club à Santiago aux côtés des futurs stars Luciano et Ricardo Villalobos, claviériste pour la formation d’indie punk Pánico et aujourd’hui leader d’une tribu de chamanes nommée Machi. Puma squatte partout. On a ouvert les guillemets à cet artiste sans repos dont l’unique nécessité se trouve dans la création musicale. Portrait de 20 ans de carrière.

L’enfance baroudeuse

Je suis né à L’Ile Maurice en 1979. J’y suis resté 5 ans. Puis 4 ans à Nouakchott, capitale de la Mauritanie. Ma mère est Chilienne et mon père est Français. En 1989, je suis parti vivre 2 ans au Chili et ensuite, j’ai fait pas mal de pays d’Afrique, le dernier, c’était le Rwanda. Je suivais mon père qui était ingénieur télé dans la coopération internationale. Donc, toujours avec des consoles, des machines, des boutons. Je mixe depuis mes 14 ans. Je me suis acheté une platine, une vieille mixette bidouillée que j’utilise pour les soirées d’anniversaire. Je fais DJ cassette. C’est le début du scratch. A cet âge là, un mec à l’école me montre qu’on peut jouer deux morceaux en même temps. J’hallucine. Après la guerre civile au Rwanda, ma mère me propose de venir en France ou au Chili. Je choisis le Chili parce que j’avais adoré étant petit. C’est l’après Pinochet, une espèce de folie, une énergie, l’euphorie de la démocratie dans les rues. J’ai 16 ans, en 1995.

Début du rap


Demosapiens Crew (Cenzi + Vanbuda) – Tonto

Je suis arrivé à Santiago, en 1995 chez ma grand-mère qui vivait dans une sorte de favela. Je me suis rendu compte qu’il y avait des potentiels MCs partout. Voilà comment je suis tombé dedans. On a monté un groupe, un « posse » qui s’appelait Demosapiens, avec des graffeurs. Mon nom : DJ Squat. On fait du rap en autoprod, on vend nos cassettes, on fait nos affiches, jusqu’à ce qu’un disquaire soit accroché. A l’époque il y a des labels à Santiago, mais rien de frais, toujours les même recettes. Avec Demosapiens, on a sorti Tiro de gracia, un disque signé chez Sony et ça a vendu 150 – 200.000 albums, on est devenu le plus gros groupe de hip-hop sud-américain. Mais je suis beaucoup trop sorti et ma mère m’a dit de me calmer. J’ai dû arrêter les tournées. Mais pas la musique. C’est vraiment une drogue. Je m’y suis remis immédiatement.

Makiza et la politique

Makiza
Makiza – DJ Squat est le type avec la casquette rouge

Rapidement, je fais aussi partie de Makiza, un groupe de fils d’exilés politiques chiliens partis pour la France, le Canada, ou la Suisse. Les paroles hyper engagées ont choqué tout le monde. Pinochet, les Américains, etc. On a 18 balais, la niaque. Y’a un mec qui m’a dit récemment que certains des textes font aujourd’hui partie des manuels d’histoire.


Makiza – La rosa de los vientos

On a fait disque de platine – là-bas c’était genre 40.000 skeuds, et on a même joué dans le stade national, 40.000 personnes, la folie. La nana qui rappe s’appelle Anita Tijoux, elle fait toujours de la zik et a été nommée aux Grammys, elle  a tourné dans le monde entier, dans un délire plus soul, funk.

Casa Club : la grande déglingue

CasaFlyer d’une soirée au Casa Club

En parallèle des lives, je suis aussi DJ. Je co-organise avec Anita les premières soirées hip-hop à Santiago dans un club qui s’appelle le Sueño Latino, un club de salsa qu’on a complètement dézingué. Jusque-là, il n’y a pas de club, à part pour la musique mainstream, salsa, meringue. Fin 90, un Français nommée Bernard et d’autres s’associent et montent la Casa Club, dans lequel je me suis trouvé être le résident pendant 2 ans. La débauche totale. Trois étages : en haut, c’est techno, avec Luciano, qui était d’ailleurs avec moi à l’école, Dandy Jack, Ricardo Villalobos, Jorge Gonzáles. Au rez-de-chaussée, moi, je joue hip-hop, funk, disco et au sous sol, tu peux entendre une espèce de « beats space » bizarre. Tout le monde déchiré. Zéro contrôle. Le chaos. Tout le monde se mélange, ça sent la liberté. Cette boîte a insufflé un truc techno en Amérique latine.

Villalobos, Luciano et les autres

Mons_AlhambraRicardo Villalobos et Luciano interviewés en 2006

A l’époque, il n’y a pas de cachets pour ces nouvelles musiques. Ricardo Villalobos, quand il vient jouer, il reste 6 mois. Je me rappelle d’un jour où Luciano, qui s’appelle à l’époque Magi-K, me dit « Eh, on vient de me payer un billet d’avion, je vais à Buenos Aires », en 96 – 97. C’était le premier mec qui partait de Santiago ! A l’époque il y a aussi Adrian  Schopf, qui restera l’un des meilleurs DJ pour moi, c’est le frère de Dandy Jack. Il a arrêté pour faire avocat. Les deux frères se sont envoyés des quantités de disques, et des connexions ont commencé à se faire entre l’Allemagne et le Chili. Un mec-clé dans l’histoire de la musique électronique sans le vouloir. Mais bon, ça n’empêche qu’on n’a toujours pas internet, commander un disque, c’est cher, il met des mois à arriver – quand il arrive -, les clubs nous arnaquent, il n’y a pas de fanzines, on tourne à la cassette. Dès que l’un d’entre nous a eu une possibilité, il s’est tiré. Aucun n’est resté, presque. Et presque tout le monde est parti en Allemagne.

Pánico à Paris

Panico
Pánico – DJ Squat est le type à droite

Vers 98, je suis encore avec Makiza et je commence à m’ennuyer dans le rap. En même temps, je joue et m’éclate de plus en plus avec Pánico, qui est plus petit, plus indie, mais avec une vraie vision. Makiza splitte en 2001. Trois jours après, je rejoins Pánico avec qui j’enregistre un skeud au Magic Shop Studio de New-York pendant un mois. Je signe dans la foulée un contrat pour une tournée en France. Et j’y suis resté 15 ans.


Pánico – Transpirar Lo

Content de me casser, déçu d’avoir autant avancé avec Makiza et que ça s’effondre. C’est typique d’une fin de groupe. En 2001, je ne fais que du Pánico. Je n’ai pas mes galettes, j’arrête de mixer, je suis préoccupé par les machines, les synthés. On s’autoproduit, jusqu’à ce que Tigersushi nous signe, vers 2003. Franz Ferdinand nous repère, notre morceau « Transpiralo » est joué partout, on tourne au Brésil, en Angleterre, en Suède, etc, pendant 5 ans. Ouais, 5 ans… Vers 2011, le projet me fatigue, ça fait déjà 15 ans que je joue avec, hein. Donc, j’arrête. A ce moment là, j’ai presque 30 balais, j’ai pas mal changé.

Machi, tribu de chamanes

MachiConcert de Machi – Puma Squat au premier plan

2011. Ça fait un moment que je pense à monter un autre groupe. Avec Matthieu, ex-batteur de Think Twice, on monte Machi. Il a fallu repartir de zéro. Se chercher. J’ai eu envie de chanter en espagnol, contrairement à Pánico où on a fait du spanglish. Mais si je recommence, ça va être du Pánico, ça va me tomber sur la gueule. Et puis, j’ai toujours écouté de la techno. Donc, on a créé une fusion électro mais acoustique en essayant de ne jamais faire deux fois le même morceau, avec beaucoup de liberté. On a ensuite rencontré Gab, machines, et Merlin aux visuels, avec qui ça l’a fait direct. C’est très proche de la musique que sort le label Cómeme, de Matias Aguayo. D’ailleurs, on adorerait travailler avec eux. En 2012, il y a eu la résidence d’un an à Mains d’Oeuvres et Machi a vraiment pris forme. Notre live s’est monté en 2 semaines. Le premier EP a été financé par un mec qui a aimé le projet, on a eu du cul. Et le second, en crowdfunding. Mais nous, on voudrait vraiment avoir un vrai label qui bosse, avec un vrai suivi.

Merci Mains d’Oeuvres

MDOMains d’Oeuvres est un lieu de diffusion et de résidences d’artistes
basé à Saint-Ouen 
avec des studios de répétition à disposition.
C’est ici que Sourdoreille s’est développé

Dans notre second EP Delta, avec le studio Redbull, il y a un remix d’Arnaud Rebotini. C’est un contact qui s’est fait dans Mains d’Oeuvres, comme beaucoup d’autres. Sans Mains d’Oeuvres, je vois pas du tout comment on aurait fait, on a eu une chance de fou. On savait pas comment on allait bosser, on savait pas où aller, et payer 10 ou 15 euros de l’heure, c’est juste impossible, d’autant qu’on met une heure à installer nos machines. Avoir un lieu de 20 – 30m², c’est un luxe. Mains d’Oeuvres croit aux projets et t’aide sur plein d’aspects. Tu leur dois de t’y mettre à fond. Là, je pars mais le groupe va faire un live pour l’anniversaire, c’est normal. On est vivants, on est créatifs. C’est ça, Mains d’Oeuvres.

Retour au Chili

pumasquat

Au revoir, je repars au Chili pour développer Machi. J’ai besoin de m’imbiber de l’énergie. C’est un appel. Je l’ai toujours imaginé là bas, et on a envie de faire des choses avec des gens sur place. Tous mes potes, tous les zicos, je les connais. Santiago, aujourd’hui, c’est très créatif. Le net a tout changé. Avant, on rêvait de gros studios, maintenant tu peux enregistrer chez toi. Y’a plein de festivals, de clubs qui se sont lancés. Fin, j’suis au taquet. L’idée, c’est de ramener les Machi, de travailler les radios, mais de faire ça bien. Parce qu’en ayant bossé de toutes les manières possibles, j’ai commis des conneries sans nom. Ça sert à rien de speeder.


Machi – Rewind

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