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Pourquoi c’est si bon Metronomy ?

Alors qu’ils fêtaient récemment les 10 ans de Nights Out, deuxième album qui leur permettait de se frayer un chemin dans le coeur du public, et ouvrait la voie à leur grand disque The English Riviera, Joseph Mount et sa bande sortaient en cette rentrée 2019 leur sixième album Forever. On ne sait pas vous, mais ces 20 ans de musique et 6 albums nous ont donné envie de nous poser cinq minutes pour nous demander : au fait, pourquoi c’est si bon Metronomy ? Pour nous aider à répondre à cette question, un témoin impartial: Joseph Mount himself.

Lorsqu’un groupe sort un disque aussi marquant et unanimement salué que The English Riviera, une lame à double tranchant sort de son fourreau. D’un côté, cette exposition nouvelle projette sur le groupe et sa discographie un énorme faisceau lumineux, poussant tout un nouveau public à s’intéresser au projet, et ça c’est cool. Mais de l’autre, l’album en question fait trop souvent de l’ombre à ses voisins discographiques. 20 ans de musique se retrouvent alors réduits à ces quelques morceaux, si bons soient-ils. Et ça c’est dommage. Conséquence néfaste, quelques années après The English Riviera, Metronomy est parfois injustement vu comme le groupe d’electro-pop par excellence, très sympa, mais au son « très 2010 », à écouter en bord de piscine. Pourtant, depuis ses débuts, le groupe, et surtout son leader Joseph Mount, n’a jamais cessé de s’aventurer dans des territoires sonores expérimentaux, et a continué à le faire sur ce nouvel album.

« Je savais que l’album d’après The English Riviera ne marcherait sûrement pas aussi bien [Love Letters ndlr], donc c’était le bon moment pour tenter de nouvelles choses, que ce soit dans la manière d’enregistrer ou même d’écrire mes chansons. Ensuite Summer 08 était une sorte de break où nous n’avons même pas fait de tournée. Pour le nouvel album je voulais vraiment revenir à ce que j’avais réussi à faire sur The English Riviera. Pas vraiment musicalement mais plus dans l’idée de ne pas me laisser influencer par ce que j’avais fait par le passé. » Et en effet, on ne peut que constater la couleur nouvelle de cet album. Par exemple« Salted Caramel Ice Cream » ou « Sex Emoji » le rendent plus pop que Love Letters, et « Lately » ou « Insecurity » le rendent plus rock que Summer 08. Pourtant impossible de le classer dans ces cases tant les directions qu’il emprunte divergent. « Ma première idée était de faire un album pop, mais plus j’avançais plus je me rendais compte que ça n’en était pas vraiment un. Donc je me suis laissé aller, en gardant une seule chose en tête : faire un vrai album de Metronomy. » Merci Joseph de nous tendre une si belle perche.

Revenons donc aux bases : c’est quoi Metronomy au juste ? Au début des années 2000, Joseph Mount a l’idée du nom Metronomy et commence à bidouiller quelques trucs sur son ordinateur, très inspiré par des artistes comme Autechre, Funkstorung ou Aphex Twin. Il commence à mixer par-ci par-là, et à produire quelques remixes. Finalement il sort en 2006 le premier album de Metronomy, Pip Paine (Pay the £5000 You Owe), qui regroupe 12 tracks électroniques délirantes. En vrac, citons « Black Eye / Burnt Thumb », « Bearcan », « I String Strung », ou encore « Danger Song ». En 2008 Joseph, désormais accompagné, surtout en live, de son cousin Oscar Cash et de leur pote Gabriel Stebbing, sort son deuxième album Nights Out. Toujours aussi barré, cet album mêle frénésie électronique et pop songs fantaisistes ultra efficaces. On entend pour la première fois la voix de Mount, et le son de Metronomy entre dans une nouvelle dimension. 

L’ADN du groupe s’est donc construit sur une folie expérimentale et une fougue mélodique, qui malgré l’évolution de leur son n’ont jamais quitté le studio de Metronomy. « C’est assez étrange parce que je n’ai jamais vraiment voulu m’éloigner de la musique électronique instrumentale, ça s’est juste fait comme ça. Mon premier album était instrumental à 99%, ensuite Nights Out l’était moins, et puis soudainement The English Riviera plus du tout. Je ne sais pas pourquoi, ce n’était pas un choix conscient. » Dans ce nouvel album, Mount revient d’ailleurs à ses premières amours instrumentales sur plusieurs titres, notamment « Lying Low » et « Mircale Rooftop », donnant de l’espace et du temps à l’album pour rendre ses chansons encore plus percutantes.

Car oui, Joseph Mount sait écrire des chansons, et c’est peu dire. De « Hearbreaker » à « The Upsetter » en passant par « Trouble« , il a su mettre en avant son talent de mélodiste avec une plume toujours singulière et efficace. « Nights Out est le premier album sur lequel j’ai écrit des paroles, et « On Dancefloor » est le premier morceau où je me suis dit que je venais d’écrire une vraie chanson. Pourtant j’ai mis du temps à me considérer comme un songwriter. Parfois, des morceaux prennent tellement de temps à se construire que tu n’as même plus l’impression d’avoir écrit une chanson, c’était le cas de « The Bay » qui a été particulièrement longue à produire. En revanche, sur des morceaux comme « Everything Goes My Way » il y avait cette espèce d’évidence qu’on peut ressentir lorsqu’on écrit une chanson. » Dans ce nouvel album, de nombreuses fulgurances mélodiques émanent encore une fois de l’esprit de Mount. Prenons par exemple « Upset My Girlfriend » où il parvient à faire hérisser nos poils en ne racontant rien d’autre que la fois où il s’est fait virer de son groupe de rock, ou la fois où il a embouti la voiture de son père en percutant un arbre. Guitare, voix, synthétiseurs. Quelques accords, une mélodie, et le tour est joué. Faire sonner des paroles, même simples, c’est surtout ça écrire une belle chanson.

La mélodie a toujours été centrale dans la musique de Metronomy et son talent de songwriter s’exprime donc aussi dans les mélodies de voix qu’il compose. Dans cet album, cela se ressent par exemple sur « Lately (Going Spare) » où la voix timide de Joseph n’a pas peur de monter dans les aigus si nécessaire. Il est toujours touchant d’entendre un artiste accepter sa voix, l’inclure parfaitement à ses compositions, et ainsi la rendre spéciale. Dans le cas de Metronomy, Mount a su se servir de cette voix parfois fragile et hésitante pour contribuer à l’identité du groupe. “J’ai commencé à chanter sur Nights Out, et on peut entendre que je n’ai pas énormément confiance en moi. Avec le temps j’ai compris que peu importe ce que je pense de ma voix, elle est unique, pas meilleure, juste unique et identifiable. Je n’essaie pas d’en faire quelque chose qu’elle n’est pas.

Au delà du songwriting, Mount a aussi fait évoluer sa production en s’éloignant du son brut de ses premiers albums sans perdre son relief et sa personnalité pour autant. « Sur Pip Pain, j’avais vraiment l’impression que ça sonnait bien et très pro, mais en fait je me suis rendu compte que je ne savais juste pas comment produire un album. Avec le recul, cette qualité sonore un peu étrange, fait partie de Metronomy. » Et en effet, la production de Mount dit autant de chose sur la musique du groupe que ses mélodies ou ses paroles. « Une des choses qui m’embêtait le plus à l’époque de Nights Out, c’était qu’on dise que ça sonnait mal. Certains disaient même qu’ils pourraient avoir fait la même chose eux-mêmes. Donc je me suis dit : « Je vous emmerde, je vais faire un vrai album pop propre et professionnel !» Et j’ai fait The English Riviera. »

Même si cette nouvelle façon de produire a amené le son de Metronomy vers des sphères plus pop, il serait faux de penser qu’il en a perdu sa saveur. Certes ce nouvel album regorge de morceaux efficaces, taillés pour être joués en festival, mais ils n’en deviennent pas plus fades ou simplistes. Dans Forever, les chansons répondent à des plages instrumentales où Mount n’a pas peur de se laisser aller. Par-là il évite de tomber dans la routine dans laquelle certains artistes tombent aisément en accumulant les albums. Le fait d’avoir travaillé sur des albums pop plus grand public, comme celui de Robyn en 2018, semble d’ailleurs lui avoir fait prendre conscience de ce vers quoi il ne voulait pas aller. « Quand j’ai travaillé avec Robyn sur son album, j’ai travaillé avec un producteur qui coupait toutes les petites imperfections, notamment sur sa voix, les respirations etc. Et j’ai trouvé ça fou ! Je comprends pourquoi il l’a fait, dans la pop tout le monde le fait, mais ce n’est pas moi, je ne peux pas faire ça. Quand je suis revenu à mon studio j’ai essayé de couper mes respirations mais ce n’était plus Metronomy. J’ai toujours pensé que si ma musique devenait trop lisse, il y aurait moins de moi à l’intérieur. Je veux que les gens entendent quelque chose de personnel. » 

Finalement, contrairement au schéma classique de la pop, prouvant encore une fois qu’il n’en fait pas partie, Mount a su conserver sa liberté en s’affranchissant des attentes autour de son projet. « Quand j’ai sorti The English Riviera je voulais vraiment rendre les gens fans de Metronomy, je voulais élargir notre public, et ça a pas mal marché. Aujourd’hui tout cela est moins important pour moi. Certains aiment Metronomy, d’autres n’aiment pas. Évidemment ce nouvel album est aussi une façon de faire qu’un plus grand nombre de gens nous suivent, mais maintenant je le fais d’une façon plus détachée et relaxée. J’ai juste envie de leur dire ‘venez trainer avec nous, on est bien’. »

Ça tombe bien, cet album donne, peut-être encore plus que les précédents, envie de rejoindre sa bande pour passer un bon moment. Pourtant, il n’est plus le jeune homme fougueux qui parlait de flirt et de mésaventures amoureuses, et en 20 ans de musique, la vie de Joseph Mount a bien changé. Une femme, deux enfants, un déménagement à la campagne. La routine quoi. Il prouve donc avec Forever qu’on peut être créatif artistiquement sans être torturé, touchant sans avoir le cœur brisé, il suffit de s’appeler Joseph Mount. Il se dégage même de ses chansons une énergie évidente, souvent étrange mais toujours attirante, jouant sur une très large palette d’émotions et de sons. Tout compte fait c’est peut-être ça Metronomy : rendre l’étrange familier et agréable, en mettant à la portée de tous une musique pourtant intrinsèquement expérimentale, honnête, et sans calcul.

Forever est disponible partout, et Metronomy sera en tournée dans toute la France et à L’Olympia les 15 et 16 octobre prochain.

Photo en une : © Michele Yon

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2 commentaires

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David 17.09.2019

« que ce soit dans la manière d’enregistrer où même d’écrire mes chansons » comporte une faute d’accent sur le « ou »
Amicalement

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Romain 17.09.2019

Bien vu, merci David.
Bonne journée

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