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Pour un flirt avec Peter Van Hoesen

Pour ceux qui ne le connaissent pas, voici Peter Van Hoesen, DJ et producteur techno quarantenaire qui a grandi dans la Belgique « new beat » de la fin des années 80. On est tellement habitués à se plonger la tête au fond de ses immenses puits sonores qu’on n’a pas pu s’empêcher de lui dresser le portrait. Interview, mots doux, mauvais traits d’esprit, tout y est.

Avec sa tête de jeune premier, Peter Van Hoesen n’est pas vraiment le genre à prendre sa guitare au coin du feu pour appâter la chalande. Il est ce qu’on pourrait très généralement qualifier de producteur de techno lente. Un terme ne serait pas vraiment exact si on voulait faire la nique à la vulgarisation sous toutes ses formes. Adolescent pendant le règne de la new wave, l’acid house et l’EBM à la fin des années 80 et jusque dans les années 90, il appartient à une génération de Belges qui se sont enivrés plus que de raison à la new beat, sorte de sous-culture underground belge. Une période inspirante : tout quarantenaire bien tassé (Peter en a 47) ayant un tant soit peu poussé le voyage au bout de la nuit pendant sa vingtaine reconnaît garder des traces de cette époque. Stromae le premier.

L’histoire est belle, à onze ans, Peter prend la tarte de sa vie en regardant le live télévisuel du groupe de synth-pop Telex. Il regarde tous ces gros synthés et cette basse semblable au câlin d’un ours, remet sa mèche sur le côté, se gratte le menton et, négligemment, comme possédé, le regard vide ne voyant pas la Jupi tendue amoureusement par Barth, son pote flamand bègue, il déraille et décide : « Je veux apprendre ».

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Pour nous, et parce qu’il est sympa, il raconte : « Je pense bien que c’était inné. D’après mes parents j’ai toujours été attiré par des sons et par des objets qui produisent des sons. » Ça fait joli comme ça, mais ayons une minute de silence pour la famille Van Hoesen qui a subi les jeux sonores quotidiens de son petit laborantin. Mais l’illustre lignée des Van Hoesen n’a été à aucun moment ennuyé par ces pratiques. Au contraire : ses parents lui ont fait suivre « quelques années de solfège, apprendre un instrument ». La passion ne partira plus du corps sensible du jeune Peter qui commence par la suite « un groupe de musique avec des amis, puis la découverte de la musique électronique sous toutes ces formes. Heureusement la Belgique a toujours été un pays ouvert au monde musical autour de nous. On a toujours retrouvé en Belgique beaucoup de sympathie pour la musique électronique : la new beat, la house, la techno ».

L’époque est belle pour qui se met à fond dans les musiques électroniques. Mieux que ça, elle fait suite à une autre ère, celle des multiples créations de machines réalisées dans les années 70-80 : « C’était une époque remarquable pour la création des instruments électroniques. Dans ces instruments je retrouve toujours des sons puissants. Mais, en même temps je pense qu’on peut faire plein des choses intéressantes avec la technologie actuelle. » Même pas éternel nostalgique en plus. Ce genre de gars pour nous plaire.

Peter Van Hoesen se pose plein de questions. L’une d’elles, supposerons-nous, pourrait être : comment enrober une musique dansante mais lente d’une aura protectrice ? La seconde, imaginons : comment caresser sans endormir dans un confort léthargique ? Ouep. Notre DJ et producteur est, à sa façon, un sorcier, ne vous laissez surtout pas duper par son visage poupin.

La techno profonde qu’il construit strate par strate est multi-dimensionnelle. Peter travaille la texture et l’espace. Parfois, on croit entendre des sons qu’on n’entend pas, on regarde à l’extérieur pour vérifier qu’il ne pleut pas. Peter aime à tromper l’oreille : « Tout a fait. Mais peut-être tromper n’est pas le bon mot. J’essaie d’amener une certain profondeur spatiale et musicale. Idéalement c’est quelque chose qu’on n’entend pas tout de suite, ça se présente après quelques écoutes, tout doucement, avec une certaine grâce. Ça demande, de la part de l’audience une certaine motivation. Il faut s’y investir. À ce moment la musique devient de la découverte profonde. Pour moi, comme auditeur, c’est ma façon préférée d’écouter. »

On est donc dans un rapport participatif à la techno, une version de l’auditeur, ou du danseur, active. Loin de d’une musique passive, débilitante, asociale et destructrice, comme aiment à le dire les anti-techno. Non Iggy, la techno n’est pas que du vide. Il peut aussi y avoir plein de petits pleins. « Le but c’est toujours de travailler sur la qualité profonde des sons le plus possible, continue le Belge, d’essayer de retrouver des sons ou des combinaisons surprenantes. J’essaie de m’occuper des détails d’une manière presque imperceptible pour l’auditeur, de travailler dans la profondeur spatiale des sons. »

Comme Bonnie & Clyde, Mitchell & Hallyday, Bob & Dylan, l’oreille & mardi, Peter est souvent associé à un autre artiste. C’est un producteur italien qui évolue comme lui autour d’une techno ambiante qui progresse beaucoup au sein d’un set. Son nom est Donato Dozzy. Ce qui les lie, c’est la démarche, l’amour du bruit fantôme, peut-être également l’ennui de la techno autoroutière chère à leurs confrères de Drumcode qui n’ont toujours pas saisi que défoncer des hangars tous les week-ends ne remplacera jamais un voyage intérieur ou spatial. « (Avec Donato Dozzy), nous avons tous les deux beaucoup de passion pour l’aspect psychédélique dans la techno ou la musique électronique en général. Mais, au-delà, nous nous intéressons à beaucoup d’influences musicales variées, ça nous rapproche« .

La première raison de notre interview avec Peter concerne la sortie de la sortie de son EP Nine at the beginning, trentième du nom sur son propre label Time To Express. Vous l’avez peut-être deviné, les morceaux qui illustrent l’article composent entièrement ce disque. Fondée en 2008, cette petite maison (une bicoque devrait-on dire) a sorti les disques du Belge mais également ceux de Voices From The Lake, le sublimissime duo de live modulaire et analogique des Italiens Donato Dozzy et Neel, mais également la musique de l’Italien Marco Shuttle. À croire que Van Hoesen a des origines italiennes ou qu’il fait une fixette sur le pays de la botte depuis qu’il y est allé en colo à 9 ans, quand il a rencontré Monica, fan des synthés, qui hante encore ses nuits.

L’occasion de parler de notion d’indépendance, même relative, avec lui : « Ça peut se présenter sur des niveaux différentes : soit la production, la sélection, la distribution, … C’est difficile pour moi de définir cette notion d’indépendance d’une manière universelle, car chacun travaille à sa manière, avec ses priorités. En tout cas pour moi c’est important d’avoir une créativité liée au label qui est à 100% libre et indépendante. C’est moi qui décide, il n’y a pas de contrainte sur ce plan-là. »

Avec une trentième sortie pour bientôt 10 ans d’activité, Peter a réussi à faire marcher sa petite (auto-)entreprise comme il fait évoluer sa musique : progressivement. Si monter un label est souvent l’une des plus belles choses à faire et l’une des pires choses à vivre, Peter est fier de ces années passées à le façonner : « Au début Time To Express allait fonctionner comme ‘laboratoire personnel’. C’était un label conçu pour soutenir mes propres productions. Au fur et à mesure j’ai commencé à présenter d’autres artistes sur le label. C’était une période très intense, très riche en terme de découverte, d’établissement des nouveaux contacts, etcetera. Aujourd’hui Time To Express se connecte de nouveau avec l’idée de base, c’est-à-dire que le label est devenu de nouveau principalement un plateforme qui donne espace à mes expérimentations dans la domaine de la techno. »

Et tchao bon dimanche.

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