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Piers Faccini : « Je préfère dire quelque chose en deux notes plutôt que cinq »

Si l’on devait donner une définition de l’artiste complet, il nous suffirait de décrire Piers Faccini. Peintre, photographe et musicien, il explore sans arrêt de nouveaux territoires, de nouvelles textures à la recherche de l’alchimie parfaite. Nous avons eu l’occasion de le rencontrer pendant la tournée de son nouvel album « I Dreamed An Island » autour de sa musique et ses inspirations.

On dit souvent que maîtriser une nouvelle langue amène une nouvelle façon de penser, le fait d’être trilingue influence-t-il votre composition ?

Quand on parle une autre langue, c’est comme une nouvelle matrice qui mène à une nouvelle façon de penser. Et donc, plus on parle de langues, plus on a d’ouverture que ce soit humainement, culturellement ou politiquement. Artistiquement, c’est énorme, c’est comme avoir accès à des instruments différents. Pour l’écriture, ça joue un grand rôle et je ne peux pas m’empêcher de donner à cette question un aspect politique au sens où si on commençait à parler plus de langues étrangères partout dans le monde plus tôt, on aurait une autre vision des choses. Les gens qui sont conservateurs et dans les extrêmes et intégristes, c’est souvent des gens qui sont monocultures. Et cette culture prend tout la place.

Vous avez chanté en français et en italien pour la première fois en 2013, pourquoi pas avant ?

Les gens me disaient : « Ça fait 10 ans que tu habites en France, tu parles super bien, pourquoi tu n’écris pas en français ? », et moi je disais toujours que parler une langue ne veut pas dire qu’on peut l’écrire. En plus, le français a des codes et des formes très particulières qui sont très différentes de la façon d’écrire l’anglais.

La façon de penser en français peut vous influencer dans la manière d’écrire en anglais…

… Absolument. Le déclic intéressant a été la musique réunionnaise. Ça fait des années que j’écoute le créole réunionnais. Je suis parti à la Réunion, j’ai chanté des chansons en créole écrites par un grand compositeur qui s’appelle Alain Peters et, en rentrant, j’ai eu un espèce de « Eureka » parce que j’ai compris qu’il fallait simplement que j’écrive le français à ma façon. Alors qu’avant je me disais toujours : « Je ne pourrais jamais écrire comme un français. » Mais en fait je me suis rendu compte que c’était pas important, je n’écrirai jamais comme un Français mais j’écrirais à la manière de quelqu’un qui vient d’ailleurs mais qui maîtrise cette langue.

Et vous n’avez pas envie de plus écrire en français maintenant que ce déclic a eu lieu ?

Le français est très particulier comme langue chantée et, musicalement, ça m’amène sur un territoire particulier et donc je continue de penser que la langue qui me convient le plus, c’est l’anglais. Ensuite viennent l’italien, les dialectes italiens et enfin le français. Il faut sûrement que je le pratique encore, que j’écrive plus de chansons. Donc je reste profondément lié à l’anglais qui est très adapté à la chanson. C’est pas une coïncidence si tout le monde veut chanter en anglais. Il y a une élasticité des formes très particulières dans l’anglais qui se prête très bien à une certaine forme de musique.

Sur « My Wilderness », vous avez été accompagné par Ibrahim Maalouf. C’est cette rencontre qui vous a conforté dans vos influences orientales – qui se ressentent beaucoup sur le dernier album – ou ont-elles toujours été présentes chez vous ?

C’est une influence qui m’a fasciné depuis des années et, petit à petit, j’ai compris comment l’intégrer dans ce que je faisais. La rencontre avec Ibrahim a été très importante là dedans. Et en même temps ce qui est drôle c’est que quand j’ai commencé à écrire cet album, dès le début j’entendais sa trompette. Comme je le connaissais bien, je savais exactement comment il allait jouer. Et quand je lui ai fait écouter mes ébauches, il a tout de suite compris pourquoi j’avais pensé à lui et ça lui convenait trop bien.

Vous aimez aussi beaucoup l’improvisation dans vos concerts. Ce n’est pas trop difficile de figer un morceau ou un instant sur un disque ? 

Quand on a fait un disque, on n’a pas beaucoup joué les morceaux. J’expérimente beaucoup tout seul en écrivant, ensuite je vois Simone [batteur, ndlr], je commence à travailler avec lui sur les rythmiques et assez vite on trouve une structure qui marche. Enfin, l’arrangement se pose dessus et le disque est terminé. Mais une fois que cette étape est passée, on commence à se gratter la tête en se demandant comment on va jouer les morceaux en concert, et c’est là qu’on commence à s’amuser avec les chansons. Donc en fait l’album et le live sont deux formes différentes.

Il y a quelques années, dans une interview, vous vous définissiez comme « un peintre qui joue de la musique… » et non comme un musicien qui peint aussi, c’est toujours le cas ?

Je dis ça parce que j’ai l’impression que l’art que j’ai vraiment pratiqué comme un apprenti, c’était la peinture, et que la musique restait un à-côté. Mais maintenant, ça s’est un petit peu inversé donc il faudrait juste que j’assume et que je dise que c’est l’inverse maintenant.

Et vous continuez à peindre régulièrement ?

Oui j’essaye mais c’est difficile parce que ça reste quelque chose de très sédentaire. Il faut un studio, il faut y aller tous les jours, alors que la musique c’est très nomade. Je peux écrire une chanson dans une loge ou dans une chambre d’hôtel mais je ne peux pas faire une peinture.

Considérez-vous que votre oeuvre (musique, peinture, photo) ne forme qu’une unique oeuvre transversale ou voyez vous une segmentation entre les différents pratiques ?

Je vois ça comme un cheminement, tout va ensemble. Quand je fais une musique, je la vois aussi en image, qu’elle soit réalisée ou pas.

Donc c’est une même inspiration qui se concrétise parfois en peinture et parfois en musique? 

L’inspiration, même si c’est cliché de le dire, c’est la vie. L’artiste c’est quelqu’un qui vit, qui perçoit, qui ressent, qui observe, et tout cela va simplement passer à travers son filtre qui est son imaginaire, son intellect, son système nerveux, et ensuite ça va se transformer en mots ou en musique, ou en image, ça dépend du filtre. Mais finalement, peu importe. C’est ce qui se passe avant qui est primordial.

Vous aviez dit que vous vous voyiez comme un « anti guitare hero ». Quelle est votre définition d’un guitare hero ?

Oui c’est vrai, un de mes guitaristes préférés, c’est Neil Young mais on ne va pas parler de lui comme un guitare hero, on va plutôt parler de Jimi Hendrix. Sauf que pour moi, Neil Young, c’est aussi beau que Jimi Hendrix, même si c’est moins gymnastique, moins acrobatique, moins virtuose…

Et qu’est ce qui fait que Neil Young est un guitare hero pour vous ?

En un sens, il est limité dans sa technique par rapport à Jimi Hendrix, mais par contre il utilise cela pour être toujours dans la musique, jamais dans la démonstration. Et ça, c’est fabuleux. C’est pas spécifique aux guitaristes, beaucoup d’instrumentistes – et j’en connais beaucoup qui sont extraordinaires – ont ce piège potentiel de tomber dans la démonstration, qui est souvent naïve et innocente parce qu’ils sont tellement heureux de te faire un truc qui est génial, super dur et que personne d’autre ne peut faire. Parfois, ça colle super bien à la musique mais parfois, c’est juste de la fioriture. Donc personnellement, je préfère un mec comme Neil Young qui va juste sortir quelque accords avec un son incroyable qui te transperce. Après, ça reste une question de goût mais avec l’expérience, je m’identifie plus à un Neil Young comme guitariste parce que je ne suis pas un virtuose.

Dans la composition, vous recherchez cette simplicité ? 

Oui, toujours. Si je peux dire quelque chose en deux notes au lieu de cinq, je le dirai en deux notes. Et ça se retrouve dans ce que je fais, j’aime bien l’idée de trouver une espèce de synthèse, quelque chose d’essentiel. Y’a des gens bavards mais moi je suis plus l’inverse.

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