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On a rencontré Bumcello, duo en union libre

Depuis vingt ans, Vincent Segal, violoncelliste rémois, premier prix de conservatoire, partenaire de scène de Sting, -M-, Oxmo Puccino ou Piers Faccini, et Cyril Atef, percussionniste né à Berlin, ayant vécu aux Etats Unis et qui voulait « être un musicien éclectique, jouer avec toute la planète » (ce qu’il a quasiment fait) se réunissent régulièrement sous la bannière de Bumcello, leur jubilatoire et inclassable duo. A l’occasion de la sortie de leur huitième album, « Monster Talk », on les a rencontrés et même si de leur propre aveu, leur truc c’est la musique et pas le texte, on les a fait parler.

Après six ans de break et à la demande de leur tourneur qui leur a fait remarquer, et qui a eu drôlement raison, qu’ils manquaient aux gens, Cyril Atef et Vincent Segal sont retournés en studio. Pour, comme le dit Cyril, « lâcher une carte postale de l’époque ». Les veinard.e.s qui ont eu la chance de voir Bumcello sur scène le savent : ils n’y jouent pas leurs albums. Parfois, un passage familier surgira, mais il se mélangera vite à une nouvelle échappée. Les disques de Bumcello, excellents par ailleurs, et c’est encore le cas de « Monster Talk », ne semblent être, presque, qu’un prétexte pour tourner. Vincent Segal, tout en affirmant adorer le studio, reconnaît d’ailleurs assez facilement que « l’album en soi ne change pas grand-chose, si ça n’est que ça nous fait un sacré répertoire maintenant. Mais un disque, c’est exactement la même chose tout le temps. La seule chose qui peut changer c’est la manière dont on l’écoute et là où on l’entend. Après, c’est comme le cinéma et le théâtre. Nous, on aime le théâtre ». « Le spectacle vivant » ajoute Cyril Atef.

Quand ils ne préparent rien, quand tout peut arriver, ils sont chez eux. Aucune set list, aucune répétition, aucune concertation. La scène est leur page blanche, leur terre vierge, leur éternel recommencement. Un lundi par mois jusqu’en février, ils joueront dans la moiteur poussiéreuse de la Maroquinerie. Et ils y seront, comme à chaque fois, différents. Seul mot d’ordre, l’improvisation. Inspiration du moment, reprise arrangée des titres des autres (du classique aux Who en passant par le jazz) comme de leurs propres titres, dans la version de ce soir-là, unique, éphémère. Même si Cyril Atef reconnaît qu’ils ont « peut-être pas des automatismes, mais des styles maîtrisés ; ça reste très frais ».

« On a toujours revendiqué le fait de faire danser les gens, comme des DJ.  »

Seul « rituel », Vincent commencera par passer quelques disques pendant l’arrivée du public (« parce qu’on a toujours revendiqué le fait de faire danser les gens, comme des DJ »), et quand Cyril le sentira, il fera son entrée, Vincent lâchera ses disques pour attraper son violoncelle, et… et allez savoir. Comme dans tout bon concert de Bumcello qui se respecte, on transpirera, on rira, on ressentira une joie profonde, une connexion rare. Et on dansera. On parlera la même langue. « Les gens qui nous écoutent n’ont jamais mis les pieds en Jamaïque, au Cameroun, au Congo, ils ne connaissent pas l’effet d’une fête africaine, mais ils ont entendu énormément de disques de Fela Kuti, ils ont écouté du reggae à Paris. Même si on le restitue d’une manière un peu désordonnée, un peu chaotique, il y a donc quand même des références liées à des musiques enregistrées ».

Bumcello, c’est un projet majoritairement instrumental mais pas que. A l’image des parcours respectifs de ses membres, c’est une vision globale, multiple, habitée et traversée par tellement plus que « juste » de la musique. S’ils concèdent volontiers une certaine pop culture, allant de Randy Newman à Dylan en passant par Gainsbourg, ils ne s’attardent jamais longtemps sur les paroles mais sont accrocs à l’atmosphère, à la pulsation, à l’émotion organique. « On aime bien laisser la scène assez pauvre, assez ouverte, sans lumière qui écrase, sans projection vidéo, pour que les choses créatives au niveau dramaturgique naissent de ce qu’on fait, entre nous deux. ». Cyril Atef, notamment, utilise son corps, sa voix, parle, chante, bouge, bruite, sample. Sa présence scénique, souvent joyeuse, toujours intense, parfois quasi-chamanique, est l’un des chocs de l’expérience Bumcello. Grand, félin, souple, élégant, sans ego, sans limite, il se meut et il émeut. « La danse, pour moi, c’est très important, dit-il. Je suis allé voir David Byrne récemment au Zénith… magnifique… le gars propose un truc… c’est du haut niveau. Scène vide, super lumières, un peu dans le style de Bob Wilson, couleurs très fortes, tout le monde danse, mouvements un peu théâtraux, très bonnes chansons. Grande classe. Ça peut m’inspirer ».

« Je revendique le côté artisan, j’aime bien les gens qui ont un savoir-faire, de la pratique, sur du long terme. Les bluesmen, les musiciens classiques, même les derniers violons de l’Opéra pour moi c’est des Dieux. »

La mondialisation sauce Bumcello, c’est aussi inviter les copains à jouer avec eux. Même si, ça peut donner le meilleur comme le pire. «  Ça nous est arrivé d’inviter des gens sur scène et c’était une catastrophe ». Mais parmi leurs grands souvenirs, ils évoquent avec tendresse Magic Malik (« on peut le faire venir à n’importe quel moment, jouer n’importe quel style, il va se mettre avec nous et nous amener encore plus haut »), Didier Wampas (« A Solidays, il est monté sur scène avec nous et il a mis les gens en transe ») ou encore Catherine Ringer (« on faisait sa première partie aux Nuits de Fourvière, et elle est venue danser sur scène avec nous »).

Instruments faits de bois et de cordes, corps qui leur donnent vie et qui eux-mêmes s’animent, régularité des représentations mais refus de l’ennui, tout chez Bumcello respire l’amour de leur travail et la volonté de le faire bien, de le faire beaucoup, de le faire longtemps. Un peu à l’ancienne. Une certaine image du musicien, l’itinérant, le passionné, le romanesque. Vincent Segal s’y reconnaît assez. « Moi je revendique le côté artisan, j’aime bien les gens qui ont un savoir-faire, de la pratique, sur du long terme. Les bluesmen, les musiciens classiques, même les derniers violons de l’Opéra pour moi c’est des Dieux. » Artisans du spectacle vivant, formés au classique puis portés par leurs multiples collaborations et leurs natures profondes vers des courants baroques, fantaisistes, enivrants, Cyril Atef et Vincent Segal ne ressemblent qu’à eux. « Avec Bumcello, y a l’expérimentation, l’improvisation, le fun, mais en même temps, on aime bien avoir la reconnaissance de nos copains musiciens. On ne fait pas de concert de jazz, ni de chanson, ni de rock. On avait eu une Victoire de la Musique de l’album de musiques électroniques alors qu’on n’utilise aucun synthé sur scène. On est un peu escrocs et on aime ça aussi. Même quand on fait des chansons pop, elles sont toujours un peu bizarres. Même quand on est très simples, c’est toujours un peu spécial. »

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