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Nathan Fake : « À mes débuts, aucun de mes amis ne s’intéressait à ma musique »

Ses trois premiers albums lui avaient permis de s’imposer dans la scène électronique internationale avec ses expérimentations sonores mêlant post-rock, techno minimale et house progressive. Mais une panne d’inspiration l’avait ensuite éloigné de nos oreilles pendant cinq longues années. C’est donc un nouveau Nathan Fake que nous avons rencontré juste après son live aux Nuits Sonores, pour nous parler, entre autres, de son album « Providence » sorti en mars dernier, mais aussi de solitude, de matos et de chant.

Après ton dernier album Steam Days (Border Community, 2012), tu dis avoir vécu le syndrome de la page blanche. Quand as-tu recommencé à composer ?

Après mon dernier album, j’ai beaucoup tourné. À ce moment j’ai continué à composer mais ce n’était pas dans la perspective d’un album. Ensuite il y a eu deux ans de vide, et ce n’est que l’année dernière que j’ai véritablement recommencé à me projeter dans un album. Finalement ça m’a pris seulement six mois pour composer Providence, ce qui est très rapide pour moi. Le déclic a sans doute été le fait d’acheter du nouveau matos, très différent de ce que j’utilisais avant. Je n’ai pas vraiment planifié tout ça, c’est venu naturellement, j’ai commencé à créer des morceaux dont j’étais satisfait et, petit à petit, l’album a pris forme.

Justement, tu as commencé à faire de la musique en lisant des magazines sur l’équipement que les producteurs et les musiciens utilisaient. En quoi cette approche a-t-elle influencé ta musique ?

Quand je me suis intéressé au fait de produire de la musique, étant adolescent, j’aimais beaucoup des artistes comme Orbital ou Aphex Twin, et j’avais aussi envie de me mettre aux claviers. Mais je n’avais pas grand monde autour de moi qui était vraiment intéressé par la musique donc j’ai dû me plonger dans des magazines pour apprendre. Donc oui, cette approche de la musique par le matériel utilisé a influencé mes compositions. Je suis très inspiré par les instruments, les boîtes à rythmes, les synthétiseurs, etc. J’ai toujours aimé les synthétiseurs assez étranges et peu communs.

Pour ce nouvel album, tu as principalement utilisé un Korg Prophecy, pourquoi as-tu choisi cet équipement ?

En fait je suis tombé dessus par hasard sur eBay. Quand ils sont sortis dans les années 90, ils étaient très chers et tout les groupes que j’aimais, comme The Prodigy, les utilisaient. Donc quand j’en ai trouvé un à 200 euros, je me suis dit qu’il fallait que je l’achète. Il est très dur à utiliser, pas bien conçu, assez moche, très dur à programmer, et il a plein de sons bizarres. Donc j’aimais beaucoup l’idée de créer des morceaux avec des sons que je n’aurais jamais utilisés avant.

Tu ne tenais à utiliser que de nouveaux outils pour ce nouvel album, mais à part cela, qu’est-ce que a changé sur un plan purement musical ?

Je dirais que les mélodies sont différentes. Ça ressemble toujours à ma musique mais c’est peut-être un peu plus mature. J’ai l’impression que cet album est aussi plus dynamique. J’aime encore beaucoup Steam Days, mais il était plus linéaire, beaucoup de morceaux étaient assez similaires dans l’instrumentation, dans le tempo. Providence a plus de dynamisme et de diversité dans les morceaux. Il y a des morceaux très « bruyants », d’autres très calmes.

Tu as dit que Providence contenait la musique la plus réelle et vivante que tu aies composée, tu veux dire qu’elle te ressemble plus ?

Oui, je pense. La composition de cet album a été très émotionnelle. Je sentais que j’étais en train de produire quelque chose de bien. Quand je faisais écouter mes nouveaux morceaux à des amis, ils me disaient que c’était bizarre et très différent de ce que je faisais jusqu’ici. Mais en tout cas je suis très heureux du résultat.

Tu aimes beaucoup t’imposer des limites, te mettre des barrières, quand tu composes. Tu en as besoin pour travailler ?

Oui, c’est plus confortable pour moi. Quand tu as tout un studio plein d’outils c’est stressant parce qu’il y a trop de choses, tu ne sais pas vers où aller. J’aime aussi le défi que ça représente. Par exemple le Korg que j’ai utilisé pour Providence, tu ne peux pas en faire grand chose comparé à tous les synthétiseurs modulaires avec lesquels tu peux vraiment tout faire. Donc pour cet album j’ai tenu à me limiter dans le matériel que j’utilisais. Pour le prochain album j’utiliserai un équipement plus aventureux.

Tu as commencé à travailler de nouveaux morceaux justement ?

Oui j’ai un EP qui va sortir en fin d’année, j’ai enregistré les morceaux totalement en live en essayant de ne pas trop réfléchir à ce que je faisais. C’est un peu l’opposé de l’album.

Dans « Degresslessness » on entend la voix de Prurient mais on ne comprend absolument pas ce qu’il dit, qu’est-ce qui t’a plu là-dedans ?

C’est assez bizarre, il adore enregistrer sa voix et mettre plein d’effets dessus, comme ça il peut dire n’importe quoi comme « retourner dans le passé et tuer ton grand père« . C’était la première fois que je mettais une voix sur un de mes morceaux, à part à mes débuts quand j’enregistrais ma voix mais c’était juste pour avoir des sons, il m’était impossible de me rendre compte que c’était ma voix.

À tes débuts, aucun de tes amis n’était vraiment passionné de musique. Cette forme de solitude face à tes goûts musicaux a-t-elle eu une influence sur ta musique ?

Quand j’ai commencé, je n’avais aucun ami intéressé par ma musique. Je pense que ça a vraiment influencé la façon dont je fais de la musique aujourd’hui. Par exemple, je suis très mauvais dans les collaborations. Mes méthodes de production et de live sont très étranges, je fais ça à ma façon, j’improvise. Le fait d’être seul face à ma musique m’a poussé à créer mon propre univers, mon propre son. En plus, à l’époque où j’ai commencé il n’y avait même pas internet ! (rires) Aujourd’hui c’est très rare d’être totalement seul.

Tu as dit quelque part que tu préférais être reconnu pour tes productions « non-dancefloor », pourquoi ?

Ah bon j’ai dit ça ? Je ne m’en souviens pas. Je ne pense pas que je le redirai. Quand je joue en live j’ai envie que ça soit plus orienté dance, mais mes morceaux sont plus basés sur des mélodies que sur des beats. De là à dire que je préfère mes morceaux « non-dancefloor », quand même pas. Je dis beaucoup de conneries.

Crédit photo en une : Timothy Saccenti
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