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Mathilde Fernandez : « Je garde les rênes et j’emmerde tout le monde, jusqu’au bout »

En clin d’œil au titre de son premier disque, « Live à Las Vegas », on a voulu faire l’interview à Vegas. Bon, elle a vite compris que c’était dans un troquet de la capitale belge que l’on souhaitait l’interviewer mais la Niçoise d’origine a néanmoins bien voulu répondre aux nombreuses questions que suscite cet étrange EP.

Ton EP est sorti il y a déjà quelques mois et il a obtenu une belle visibilité, notamment grâce à quelques critiques plutôt élogieuses dans la presse musicale. Tout cela sans label, en totale autoproduction…

Je viens du D.I.Y et c’est comme cela que je me suis fabriquée. J’ai donc effectivement financé intégralement mon premier E.P et malgré l’intérêt de certains labels, j’ai préféré garder mon indépendance et le contrôle sur ma production jusque maintenant. Pour « Live à Las Vegas », il n’y a que pour l’enregistrement où j’ai travaillé en studio à Paris avec un coréalisateur indépendant pour la production. Et même après, je me suis occupée de tout pour les visuels, la promotion…

Tu mélange sur cet EP, de la pop efficace à la production sans retenue (« égérie »), et des instrumentations beaucoup plus expérimentales afin de servir de support au lyrisme assumé de tes compositions ; comme sur « Vivre c’est la vie », où tu rappelles des chanteuses comme Barbara qui mettaient énormément de théâtralité dans l’interprétation :

C’est vrai même si pour moi ce n’est pas l’un ou l’autre. Si tu prends « Amérique », qui est une des deux chansons très pop, il y a des passages extrêmement lyriques, qui demandent une vrai performance, presque comme un comédien qui interprète son texte où la précision est nécessaire, où je dois vivre mes chansons. Le jour où je dois faire semblant, j’arrête. Sur « Égérie », cela semble lumineux grâce aussi à la production pop, mais c’est pourtant l’histoire la plus tragique de l’album ! « Vivre c’est la vie », par contre, c’est un morceau qui est pour moi complètement neutre, nostalgique, sur ce qu’il y a de gai et de tragique dans nos vies et les souvenirs qu’on en garde. Je garde les rênes et j’emmerde tout le monde, jusqu’au bout.

Tu te présentes comme une artiste à multiple facettes (scolarité aux Beaux-Arts, background dans la performance) : quand et comment la musique a-t-elle pris la place centrale qu’elle occupe aujourd’hui dans ta démarche?

Mon histoire avec la musique a commencé très tard. J’ai pris quelques cours de piano quand j’avais six  ans et ça m’a vite saoulée. (rires) Par la suite, j’ai tout appris toute seule.. même si à la base, l’idée de faire des chansons c’était plus pour faire marrer les potes, en piano voix, et il a fallu un certain temps pour que l’évidence de la musique me tombe dessus. Là j’ai téléchargé un logiciel « correct » et je me suis lancée dans l’autoproduction sur mon ordinateur.

Chanteuse de variété ou performeuse arty ? On a l’impression que tu as un pied dans chaque pantalon ?

Complètement. Peut-être si tu m’avais posé la question il y a quelques années, je n’aurais sans doute pas pu te répondre. J’ai commencé de manière totalement underground, dans les deux sens du terme puisque je travaillais dans ma cave et que les sons que j’utilisais n’étaient absolument pas « variété » mais déjà peut-être déjà trop « bling-bling » pour rentrer dans un truc noise-alternatif, le genre de musique intello-geek que l’on peut entendre aujourd’hui. Je suis à l’entre-deux, un pied dans la démarche intellectuelle et artistique, l’autre dans la chanson « mainstream », même si cette dénomination me semble trop large.

Tu fais partie de cette nouvelle génération d’artistes qui chantent en français, quel est ton regard sur le renouveau de l’intérêt des artistes et du public pour la chanson française ?

Ça me fait marrer car j’ai toujours fonctionné comme ça, naturellement c’est le français qui me vient. Maintenant je trouve qu’il y a dans une partie de la nouvelle scène française, une tendance à une certaine légèreté dans le propos, un esprit bon-enfant , parfois fleur bleu, moi ce n’est pas vraiment ce qui m’intéresse. J’aime bien mûrir mon propos, traiter de plusieurs sujets simultanément dans une chanson même si j’ai conscience que cela rend sans doute le matériel moins lisse.

C’est sûr que tu as des chansons et des textes qui sont plus « noir » que la majorité des textes de la pop française actuelle…

Je ne suis pas d’accord, des textes noirs je ne crois pas… une chanteuse qui a des textes noirs pour moi, c’est Fishbach. Moi je peux jouer à la sorcière mais elle, elle joue le cercueil. (sourire). J’adore Fishbach, on s’entend bien … Moi, je suis Goth, c’est qui je suis et l’image que je projette mais mon objectif cela reste la lumière. Les moments lyriques dans mes chansons, c’est la lumière et la liberté.

« J’aime bien que cette chanson reste en suspens, on ne sait pas comment cela se termine, c’est juste un cri, une ode tragique ».

Cela ressent assez fort au niveau des compos aussi…

Sur ce disque, j’alterne dans mes compositions, entre l’ombre, les passages dans les graves et la lumière, les chants lyriques aigus. « Mon dieu » c’est purement une chanson sur la mort, l’oubli, la disparition mais c’est une chanson qui se bat, qui ne veut pas tomber, ça parle de quelqu’un qui veut retrouver la lumière même si cela semble mal barré. J’aime bien que cette chanson reste en suspens, on ne sait pas comment cela se termine, c’est juste un cri, une ode tragique.

Tu as clipé « Mon Dieu », un clip très cinématographique, que tu as réalisé , quelle part prend la mise en image dans ton univers ?

L’image c’est un peu ma vie aussi, je suis photographe et réalisatrice aussi, même si maintenant tout cela est fait pour servir ma musique. Ce clip je l’ai fait avec mon frère, Théo Fernandez, qui fait de l’image dans le cinéma, vu qu’on est tous des artistes avec un rapport à l’image dans la famille, j’ai baigné dedans. En fait je pense à l’univers visuel dès la finalisation d’une maquette chanson : je vais faire un moodboard  sur pinterest,… Cela prend finalement une part très importante de la création, c’est du 50/50.

Quels sont tes plans maintenant ? un album ?

Je vais bientôt sortir le clip d’un inédit, une reprise d’une chanson qui s’appelle « Un sexe grand comme le ciel » et je travaille à l’élaboration d’un deuxième E.P ou d’un maxi.  Je vais toujours travailler autour d’un concept (que j’ai déjà), comme pour le premier disque, avec, j’espère, une continuité assez lisible pour les auditeurs… je vais garder mes méthodes de productions, et pourquoi pas le sortir ensuite sur un label…

Mathilde Fernandez jouera le 29 mars prochain à l’Église Saint-Merri, Paris dans le cadre de la soirée « Va piano, va sano » en compagnie de Juliette Armanet, L’impératrice, Pépite… L’EP « Live à Las Vegas » est disponible gratuitement sur http://mathildefernandez.com/

© Raphaël Lugassy
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