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Lomepal, l’homme fort

Cheveux mi-longs relâchés négligemment, épaule dénudée, yeux dans le vide, maquillage outrancier, boucles d’oreilles et barbe entourant une bouche en « fish gape » sur fond rose pastel : la pochette du premier album solo de Lomepal est très loin des codes du hip-hop et de la street cred. Mais les codes, Lomepal s’en fout, il préfère tracer sa route comme bon lui semble. Pourtant, au fond, c’est un mec lambda qui aime le skate, les filles et se déglinguer la tête avec ses potes pour oublier la morosité ambiante. Sauf qu’il a tendance à dire les choses mieux que tout le monde.

Au tout début de l’été, Lomepal a lâché une bombe prenant la forme de Flip, premier véritable album solo du Parisien et hommage au skate dont Lomepal est un passionné. Si aux États-Unis, la connivence skate/hip-hop a réussi à s’imposer (preuve en est, encore aujourd’hui, avec Tyler, The Creator souvent avec une planche aux pieds), en France, s’est encore loin d’être le cas. Ceci n’empêche pas Lomepal de dédicacer un morceau à un de ses skaters fétiches (Bryan Hermann) ou de mettre des sons de vidéos de skate dans son album (pour la magnifique interlude « Skit Skate » produite par le beatmaker Mohave et dans la coupure entre les deux parties du morceau « Billet »). Néanmoins, Flip ne se résume pas à un album hommage au skate.

Dans cet album, Lomepal slide entre egotrip et sensibilité, premier degré et autodérision, confiance en soi et humilité. Comme il le dit si bien lui-même : « Un connard et un mec bien dans le même corps » dans « Palpal », présentation à la première personne. Le garçon se connaît, il sait pointer ses contradictions et même quand il joue un rôle, celui-ci est maîtrisé, pas question de se prendre pour quelqu’un qui ne lui ressemble pas : « Je voudrais bien donner des leçons / Mais j’suis qu’un simple tou-bab’/ C’est dur d’avoir le poids du 2Pac /Quand t’as le visage tout pâle ».

Le garçon a un égo surdimensionné ? Peut-être. Mais c’est une façon de s’affirmer dans un système concurrentiel où être juste un mec bien et sympa ne suffit plus. Dans « 70 », « Lucy » ou « Ray Liotta », Lomepal, encore 25 ans, affirme les doutes propres à cette génération paumée dans un monde à la fois futile et sombre, où la sécurité financière est recherchée à défaut de pouvoir vivre à une époque apparaissant comme plus vraie et plus simple (par exemple avec le refrain chanté de « 70 »)

Alors pour tenter d’apaiser le quotidien et ses questionnements, on passe du temps avec les potes, on se met bien et parfois on finit minable. C’est ce qu’il exprime avec moultes punchlines dans « Pommade », aidé par la prod trap complètement hallucinée de JeanJass ou dans le barré mais décevant « Billet » avec Roméo Elvis. Et puisque tout va mal, quitte à être condamné à se crasher, autant profiter de la chute, répond-il au personnage Hubert de La Haine dans le titre « Avion », prolongement du « Avion Malaisien » de son précédent EP.

Et les filles, les filles. « Pour baiser tout les types de femmes, faut des siècles/Pour trouver la bonne, faut pas moins de patience » clame-t-il dans « Billet » en compagnie de Roméo Elvis. Tiraillé entre la volonté de tirer tout ce qui bouge (le très ironique « Malaise ») et de vivre un amour sincère, son égo peut le conduire à faire des mauvais choix comme en témoigne le sombre « Ça compte pas » en featuring avec Caballero ou « Yeux disent » morceau délicat et sublimé par la prod de VM The Don et Superpoze. Le garçon sait aussi faire preuve de délicatesse et de sensualité, mais toujours avec humour, comme en témoigne le titre « Danse ».

Rien ne sert de sert de lister les punchlines, les rimes savamment trouvées, les différentes références au hip-hop, au rock, au skate ou au cinéma, il est plus jouissif de les laisser titiller les tympans. En revanche, il faut souligner une production originale et maitrisée de A à Z en ayant su s’entourer des bonnes personnes au-delà du cadre hip-hop. Loin de se cantonner aux piliers de la bande bruxello-parisienne (son fidèle acolyte Stow, Vidji de Fixpen Sill, JeanJass, Le Motel) Lomepal a ouvert sa porte à des spécialistes de l’électro à la française : Superpoze, très présent dans les productions, Guillaume Brière, moitié de The Shoes pour le titre 70, Alex Gopher (pilier de la french touch, pote d’Étienne de Crécy) au mixage ou encore Laurent Bardainne, compositeur de Poni Hoax qui intervient sous le nom de LOST avec Camélia Jordana sur « Danse ». Et tout ça marche brillamment, loin d’être plaquées simplement sur un beat, les phrases lâchées et chantées par Lomepal se suivent, s’enlacent, s’affrontent et s’amusent avec la prod.

Lomepal aura attendu bien longtemps pour déclarer sa flemme au skate. Le skate, cette pratique individuelle exercé en compagnie d’un crew, ce sport marquée par une volonté de se démarquer en tentant de nouveau tricks, par la sensation permanente de liberté et par la persévérance malgré les chutes. Mais le skate, c’est également une culture assez codifiée, où le style a son importance, ce qu’on écoute et si par malheur on dérive du moule, on risque d’être considéré comme un vilain petit canard par les puristes. Rien de bien différent entre le skate et le hip-hop en somme et tous ces éléments-là marquent la musique de Lomepal, un gars plein de contradictions, arrivé dans le rap un peu par hasard, nul à ses débuts de son propre aveu, ne correspondant pas à un stéréotype et qui a finalement su s’imposer par le travail, l’émulation d’une bande de potes en pleine bourre et qui a préféré se démarquer plutôt que de rentrer dans un moule.

Dans la poignante chanson de conclusion « Sur le sol », Lomepal affirme : « Quand la musique m’a soigné, j’pensais pas qu’je f’rai bouger des têtes / J’me souviens, j’étais trop fier quand j’ai vu Keroué chanter mes textes ». Et ben mon gars, avoir pondu un tel album, tu peux être encore plus fier de toi.

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1 commentaire

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sac a caca 20.07.2017

Son reup est correcteur à gallimard,
tu m’étonne que les mots il aime.
reprod sociale au max.

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