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Les paradis bleus de Flavien Berger

« Contre-Temps », le nouvel album de Flavien Berger est sorti à la fin du mois de septembre. Tout le monde l’attendait. Le voici. Sous le charme du voyage offert par Flavien Berger, on a également souhaité parler de cet album, quitte à être à contretemps. Ou simplement en retard.

Il y a quatre ans, on vous présentait Flavien Berger, ce geek passionné de bidouillages et élevé dans une famille de cinéphiles, avant la sortie de son premier album Léviathan. Aujourd’hui, s’il n’est pas encore parfaitement connu de tous, cet album, ses lives et sa collaboration avec Daho sur Blitz ! lui ont permis d’être au moins attendu. Cette attente s’est renforcée il y a 6 mois avec la sortie de « Brutalisme », premier single de son nouvel album sous la forme d’une mélancolique ballade pop accompagnée d’un clip surréaliste mélangeant un chevalier en armure, le tout dans la cité Pablo Picasso de Nanterre avec une fille en kimono traçant en quad sur les plages de Dunkerque. De la part de Flavien Berger, notre surprise résidait moins dans le clip que la musique. Oui, c’était sans doute la première fois que l’on entendait sa voix au naturel, sur une mélodie épurée. Une mise à nu bien éloignée de sa bizarrerie habituelle qui se confirme sur l’album.

Ce tournant pop « nature » qui fait parfois penser à l’English Riviera de Metronomy (notamment sur « Castelmaure », « Hyper Horloge » ou « Pamplemousse ») n’est pas, contre toute attente, un frein à la retranscription de l’imagination de Flavien Berger. Lui qui était habitué aux développements musicaux sur plus de 5 ou 10 minutes démontre que l’on peut faire voyager autant en 3m30 par le chant. A l’inverse, la chanson « Contre-temps » dure 14 minutes dans un duo avec Bonnie Banane – qui file pourtant à une vitesse incroyable – où l’on passe d’une chanson pop un peu naïve aux influences jazzy avant de bifurquer sur une compo pour quatuor à cordes.

Contre-Temps est un voyage mental où l’on se perd, où les sensations de déjà-vu se confondent avec des images loufoques, où le terre-à-terre s’intercale avec l’imaginaire, où le temps est malléable. La production plus dépouillée de Flavien Berger est plus propice à la rêverie car, paradoxalement, les rêves les plus puissants sont ceux qui ont les apparences du réel. Il nous conte des amours impossibles ou fantasmées, des vaines courses contre la montre et nous renvoie à des références mythologiques. A travers une phrase ou une mélodie, il nous immerge dans notre inconscient, puis nous ramène à nous par une interlude ou un bruitage, vers notre simple statut d’auditeur d’un disque.

En somme, Flavien Berger joue au lapin blanc courant après les deadlines. Il nous entraîne avec lui dans des écosystèmes parfois doux, parfois obscurs mais toujours reliés par un fil rouge. Par exemple, il réussit à ce que glisse le léger « Maddy La Nuit » jusqu’au barré « 99999999 » en passant par le mélancolique « Intersaison » par un travail subtil sur le son. Et surtout via un jeu d’introductions et de conclusions élaboré. Car pour Berger, inspiré par la théorie du wormhole, le temps est malléable et il est possible de sauter d’un univers à une autre, à un instant précis. On te suit, mec.

Cet album sonne comme la partie la plus « naïve » de la discographie de Flavien Berger. Cette naïveté doit cependant être entendue au sens premier du mot. C’est la naïveté de l’enfant qui s’exprime. Sincère. Un enfant qui n’a pas encore été (ou peu) codifié par la société sur ce qu’il faut faire ou non. Un enfant qui aime rêver, croire aux mythes et aux histoires fantastiques, et s’amuser pendant des heures, avec trois fois rien. Et derrière tout ça, son travail lui permet de sonner vrai. On touche au but.

Le clip de « Maddy La Nuit » réalisé par Jeanne Frenkel & Cosme Castro rappelle le sens du trucage et le côté enfantin de Michel Gondry. Ce n’est peut-être qu’un simple clin d’œil mais à l’écoute de « Contre-Temps », il est facile de voir en l’artiste l’alter ego de Gondry. Si Flavien Berger, le musicien, a grandi dans une famille de cinéphiles, Michel Gondry, le cinéaste, a évolué dans une famille de musiciens. Chez les deux, la même connexion entre cinéma et musique, la même passion pour les machines et le bidouillage, la même proximité avec Daho (Gondry fera le clip des « Voyages Immobiles » et sa première partie avec son groupe Oui Oui). Et surtout un sens de l’exploration technique au service de la sensibilité pour créer des univers, excusez du peu, oniriques. Alors, s’il est trop tôt pour dire si Flavien Berger a fait avec Contre-Temps son Eternal Sunshine of the Spotless Mine, il aura au moins définitivement réussi à se faire un prénom.

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