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La croisière interstellaire de Weyes Blood

« It’s a wild time to be alive » chante Weyes Blood. Indeed. Dans le monde s’allument partout les feux de l’intolérance et de l’autoritarisme. Et les feux tout court sous l’effet du réchauffement climatique. Ces angoisses, Weyes Blood les sublime pour en faire ce qui est peut-être le long player cathartique ultime de 2019.

Secondée à la production par Jonathan Rado, tête pensante de Foxygen et producteur notamment des trublions Lemon Twigs, Natalie Mering, seule capitaine à bord de ce Titanic, a su donner une ampleur nouvelle à sa dream pop. Ses deux premiers albums l’avaient imposée comme figure montante de la musique indé et célébrée pour la qualité de son songwriting et sa voix unique. Mais Titanic Rising, en enrobant ses géniales chansons d’arrangements au foisonnement extraordinaire, la projette dans une nouvelle dimension. Celle des meilleurs artistes folk US du moment, aux côtés d’un Father John Misty par exemple.

Weyes Blood est une mage, une enchanteresse. Sa superbe voix aux graves exquis vous enserre pour vous porter vers les étoiles. Et on se retrouve à danser la tête sur son épaule un fox-trot cosmique au-dessus des collines d’Hollywood. Car Natalie Mering a ce pouvoir rare de créer une intimité immédiate avec l’auditeur tout en gardant un insondable mystère.

Ce charme, elle le distille avec générosité sur 10 joyaux au parfum de classiques instantanés. « A Lot’s Gonna Change », sa mélodie au classicisme certain et ses tourbillons de cordes subjuguent d’entrée. Puis elle sort sur Andromeda les synthés estampillés 1982, les bongos et la guitare slide de Georges Harrison pour une madeleine retro-futuriste qu’on dévore goulûment. « Everyday » nous achève. Pop song parfaite à laquelle les guitares acoustiques en panoramique donnent un moelleux incomparable, elle  aurait été un tube absolu en 1969, entre Mamas & Papas, Beach Boys, orgie riche en LSD et chemises à jabots.

Le voyage interstellaire se poursuit, chaque chanson en forme de nouveau monde envoûtant. Sur la douce « Something To Believe », orgue, clavecins, cordes et chœurs se marient dans un tourbillon final splendide. « Movies » fait quant à elle dans l’étrange. Le moog en arpeggiator crée une atmosphère subaquatique que la voix démultipliée de Mering, tel un chœur de sirènes, vient habiter pour une longue mélopée. Puis, les cordes, dans un éclair, percent ces sombres abîmes pour y laisser passer des raies d’une lumière lointaine. On retrouve cette approche quasi-cinématographie avec « Picture Me Better » dont le swing élégant a le charme et le grandiose surannés d’une bande originale oubliée. Il se transforme en « Nearer to Thee », court instrumental pour quatuor à cordes se perdant dans un écho lointain. Comme un reflet fantomatique de l’orchestre du Titanic s’enfonçant dans les eaux glacées de l’Atlantique sans jamais renoncer à célébrer la beauté éternelle de l’âme humaine.

On sort de cette croisière comme on reviendrait d’un voyage lunaire. Changé et émerveillé. Weyes Blood compose comme d’autres réalisent des films. Sa musique en devient presque tangible, peignant des paysages à la beauté crépusculaire. On écoute Titanic Rising comme on regarderait un De Palma vintage, ébloui par des plans séquences insensés et des histoires aux rebondissements alambiqués. C’est l’effet que produit cette belle et profonde voix d’alto capable trousser des mélodies stellaires sur des arrangements baroques. Alors qu’importe sombrer avec le Titanic tant que Natalie continue de chanter.

Vous pouvez retrouver plein de titres clippés ou non du disque sur YouTube.

Crédits photo en une : Kathryn Vetter Miller

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