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Les types qui ont conçu l’IRM sont forcément des teufeurs

Qu’il est beau d’observer le monde qui nous entoure, et ce même quand les contours de ce monde sont si proches de nous et si oppressants qu’ils nous frôlent. Ceci est le récit de mon expérience musicale vécue en pleine séance d’IRM. Une expérience musicale unique qui réunit James Holden, Zombie Zombie, Oneohtrix Point Never, Ricardo Villalobos, Extreme Precautions, Yoshi Wada, Proxy, Housemaster Boyz ou encore la Rencontre du Troisième Type.

Première consultation

Qu’on se le dise. Être translaté dans un tube de cryogénisation et irradié d’ondes magnétiques afin d’être macro-photographié en 3D par une technologie de pointe recueillant mes données et les transférant au corps médical n’était pas forcément mon plan idéal d’un samedi après-midi ensoleillé. Étant moi-même un habitué des opérations relatives à ma chère et tendre face (sinus, myopie, dents de sagesse), je ne m’étais pourtant jamais arrêté sur un détail musical qui fut le sujet de toutes mes pensées les heures suivantes. L’IRM. Il me semblait même que cette expérience m’était toute nouvelle, fraîche, nue.

IRM veut dire Imagerie par Résonance Magnétique. Cette technique, largement démocratisée, permet, je n’apprends rien à personne (d’autant que mes informations proviennent de Doctissimo), d’obtenir des vues en deux ou en trois dimensions de l’intérieur du corps avec une super high-resolution et un maximum de contraste, et tout ça naturellement with #nofilter. Ou un filtre coupe bas, à la limite (pour tous les blagueurs de l’audio). Bon.

Petit Bambou, démission !

Au cours des dix minutes annoncées par la médecin ORL en charge de mon dossier (mais les huit heures de cérémonie mystique ressenties au fond de moi), j’occupe mon esprit. De toute façon, mon cerveau est l’unique muscle autorisé légalement à s’agiter pendant la durée de l’opération. Je passe haut la main la minute de rejet total de l’idée d’une quelconque claustrophobie. Les longues et riches années passées à vous coller aux chemises des usagers du métro parisien n’ont d’autre objectif que de vous préparer à ce genre de moment.

S’ensuit alors une contemplation auditive des plus épiques qu’il m’ait été donné d’entendre. Est-ce parce que je comprends autour de moi que le modèle de la machine utilisée dans mon cas est du dernier cri ? Toujours est-il que mes papilles auditives sont tout ouï.

Ci-contre, ce powerpoint vidéo

La chance des internets va me permettre d’illustrer mon propos grâce à cette vidéo de 33 minutes de sons d’IRM mise en ligne par un certain Erim Kaska en 2013 et culminant au joli score de 655.609 vues. Magie de YouTube, un commentateur du nom de Gambit Zemmer a même annoté les timecodes, soit les moments exacts auxquels correspondent ces différents sons, que je me permets de reporter ci-dessous. Chacun des morceaux glissés plus bas se réfère donc à un moment de cette vidéo témoin.

La vidéo témoin

Analyse de la cérémonie

Son 1 : 0’30 Ce que je prends d’abord pour le sample présent dans un morceau joué par Ricardo Villalobos (un Suciu lors d’un after en Roumanie ?), d’une perruche retardée, essayant de sortir d’une verrière en attaquant la vitre toujours au même endroit sans succès, se trouve être en réalité le bruit de la pompe à hélium liquide qui sert de système de refroidissement du tube dans lequel je m’apprête à rentrer.

Son 2 : 0’41 Difficile à dire. Ce n’est pas vraiment un exercice incendie, pas non plus une sirène, ni le bruit d’un klaxon. De la musique drone ? Bof, ici c’est surtout sur-compressé et pas harmonieux. Pour habituer son oreille à toute musique extrême, il faut un véritable travail d’immersion. Ici, ce son m’a finalement à l’usure. Je trippe complet.

Son 3 : 1’10 Associer ce bug informatique à la poésie du grindcore d’Extreme Precautions, le projet ultra-violent et bouleversant de Mondkopf serait comparer la cire rouge entourant un Babybel à un Roquefort à son moment ultime d’affinage et de maturation. De la pure bêtise. Pourtant, c’est la première idée qui me vient.

Son 4 : 7′ C’est chez les dubsteppers qu’il faudra aller trouver le son qui répond au knock knock de la machine électronique médicale. Au Skrillex attendu, je lui préfère le mutant du bloc de l’est Proxy et me demande ce que ce bon vieux producteur russe fait de sa vie depuis des années.

Son 5 : 11′. Là, c’est le réveil un peu inattendu. Pas beaucoup d’action, si ce n’est ma vision hallucinée d’un être imaginaire doté d’un unique doigt – énorme je l’imagine – et qui tape sur son piano électro-acoustique unitouche. Peu intéressant.

Son 6 : 19′ Mon Dieu, on vient d’accélérer fois 14 le sample « House Nation » du tube des Housmaster Boyz. Le fait de ne pas entendre plus loin que le « Hou » de House me laisse frustré dans mon tube.

Son 7 : 19’20 L’apparente débilité de ce buzz répété à l’infini se situe paradoxalement à l’orée de ma principale suée. Celle-ci découlant sur un véritable blast. Après une dizaine de secondes d’écoute, on entend une note en suspend, plus aiguë qui conclut chacun des assourdissants coups de pédale. La combinaison des deux donne à voir le meilleur des rythmiques et délires modulaires de James Holden, Zombie Zombie et Odei. Je me délecte de ce paysage nihiliste en bavant presque.

ou

Son 8 : 20’24 Un coup de téléphone à l’infini, sans répondeur, sans émetteur, sans récepteur. Un avant-goût de l’enfer. Qui pour le mettre en musique ? Oneohtrix Point Never ? Aphex Twin ? Tim Hecker ?

Son 9 : 22’50 La version hospitalière de La Rencontre du Troisième Type. Ou le manque d’inspiration ?

Et comme on est sympas, on vous met la playlist entière.

La playlist spéciale IRM

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1 commentaire

1 commentaire

Guylaine Collewet 03.08.2018

Intéressant ! Charlotte Gainsbourg a écrit une chanson sur ce thème après avoir passé un IRM

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