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The Growlers : « On n’enregistre pas le premier soir »

Mesdames, messieurs, voici les Growlers, une aiguille en or dans la botte de foin qu’est le rock californien. Leurs chansons uniques et pleines d’élégance infusent une sorte de douce folie dans tout le corps et l’esprit. Ce groupe de mariachis du futur conte la drogue, l’amour et la mort à la manière d’un spleen baudelairien qui aurait un peu trop brûlé au soleil, baladé par l’écume des vagues salées. On vous prie de nous croire, choisir les chansons illustrant un article n’a jamais été si difficile tant les Growlers sont prolifiques. Déjà dix ans de carrière, et pourtant, un succès qui a tardé à taper à la porte. Cette année (enfin ?) s’est faite pleine de changements pour Brooks Nielsen et Matt Taylor. Le noyau dur de la bande s’est exprimé sur la collaboration avec Julian Casablancas, le festival Beach Goth et les choix difficiles qu’impliquent la carrière de musicien.

J’ai entendu dire que vous rappiez en freestyle à vos débuts, ça vous arrive encore parfois ?

Brooks Nielsen : Oui, ça fait encore partie de notre processus de création. Ça vient naturellement. Parfois j’ai une idée en amont, parfois je sens juste quelque chose et j’essaie de traduire ce sentiment en quelques ligne et si ça m’a l’air bon je développe toute une histoire autour. C’est difficile de forcer les choses pour moi. Même si il m’arrive de le faire, quand ça se passe comme ça mais c’est vraiment pénible. On essaye tout parfois, désespérés à l’idée de faire une bonne chanson.

Avant de rentrer dans le vif du sujet, vous pouvez me parler un peu de Jones ? Ce chien fait partie du groupe, non ?

Brooks Nielsen : C’était notre chien de tournée pendant un moment mais elle est trop vieille maintenant. C’était bien cool de l’avoir avec nous, même si on a sûrement dû la négliger parfois quand on faisait la fête. Je pense qu’elle nous incitait à sortir plus, à nous balader dans des parcs, à voir plus de nature que nous ne l’aurions fait seuls. On a de très bonnes expériences avec cette chienne. Je me rappelle : on l’avait jetée au-dessus de la barrière d’une propriété d’inconnus, juste pour qu’elle aille traîner avec des moutons. C’est une petite allumeuse, ce n’est pas seulement mon chien, elle nous fait des câlins à tous.

On dirait que ça n’a pas trop marché votre collaboration avec Dan Auerbach [chanteur des Black Keys, ndlr] en 2013, que s’est-il passé ?

Matt Taylor : Il aimait trop notre son, il ne voulait pas le changer alors qu’avec Brooks on cherchait un producteur qui mettrait le bazar dans nos sonorités, qui ébranlerait tout ça. Il pensait qu’on s’était compris et il ne voulait pas toucher à grand chose.

Brooks Nielsen : Il voulait simplement nous faire sonner plus gros, comme le style de musique qui passerait à la radio. Il nous a vus et il s’est dit que c’était dommage qu’on soit si pauvres. Il a voulu nous faire gagner de l’argent en nous faisant passer à la radio pour qu’on puisse avoir plus de moyens. On a eu peur, on a détalé en courant. La différence entre la collaboration avec Julian Casablancas et celle avec Dan Auerbach est qu’on n’était pas vraiment conscients de ce qu’il avait à nous proposer. On a fini par réaliser à quel point il est talentueux : il a une belle voix et c’est un bon guitariste. On n’était pas vraiment au fait de ce qu’on avait devant nous. Il nous fallait une étape de plus pour nous lancer à travailler avec d’autres gens. Je voulais sortir ça sur cassette et enregistrer 100 putains de chansons en 10 jours et ça n’a évidement pas marché… Maintenant, on pourrait facilement faire un album avec lui. On le pousserait à plus s’impliquer. C’était une période assez amère de notre carrière. On a un peu merdé alors que c’était gentil de sa part. Et puis ma véritable peur, c’était que ce soit un trop grand saut par rapport à ce qu’on faisait au début. L’étape la plus logique était de faire Hung At Heart comme on l’a fait. On a enregistré ça en live, rapidement.

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Ça vous a semblé nécessaire de vous éloigner du d.i.y ou manquiez-vous simplement de moyens ?

Brooks Nielsen : On n’a pas encore fait quelque chose de vraiment différent. Notre avancée nous semble graduelle. C’est le même processus d’écriture, la même chose. Il y a juste moins de guitares, plus de synthés, deux membres ont changé mais pour le reste, on continue d’écrire au même endroit, de la même manière.

Mais vous ne pouvez pas nier que le son est plus propre ?

Brooks Nielsen : Si on compare notre dernier disque à Chinese Fountain, certaines de ses chansons sont plus crissantes, moins simples, moins propres. Je devrais peut-être le réécouter. C’est ce qu’il se passe quand t’enregistres un son et que tu ne l’écoutes plus jamais, excepté quand tu l’entends passer dans un café. Imagine : « Vous pouvez mettre du Growlers ? -… Je n’écouterai jamais cette merde ! » (rires)

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J’ai un peu fouillé internet et, à une époque, vous aviez dit « je ne pense pas qu’un jour on aura un son de qualité correcte parce que je doute qu’un jour nos talents de musiciens seront assez bons pour sortir du garage. »

Brooks Nielsen : Et bien on l’a fait (rires). On a augmenté la cadence, on a rassemblé de bons musiciens et ça nous a permis de traverser le fossé. On ne savait pas vraiment comment cet album sonnerait en réalité. On voulait quand même le sortir sur cassette et Julian n’avait jamais travaillé sur ce support donc il nous a laissé faire. On ne peut pas nous tenir responsable de la manière dont sonne cet album. On a juste choisi nos instruments, on a programmé nos amplis et ça a fait un album qui sonne bien, rien à dire.

Vous avez été étonnés que Julian Casablancas veuille travailler avec vous ?

Brooks Nielsen : Non pas du tout. On est tellement son genre, pourquoi on serait étonnés ? (rires) Il était dans notre liste, c’était le destin. On est très reconnaissants. On sait que Julian a une vie occupée, une famille, qu’il vit à l’autre bout du pays donc on est honorés qu’il soit venu passer pas mal de temps avec nous. Je pense que Julian + Growlers = quelque chose de très cool.

Comment vous en êtes arrivés à bosser avec lui d’ailleurs ?

Brooks Nielsen : On l’a rencontré en assurant sa première partie, 5 ans auparavant. Je pense que nos scènes sont un peu connectées, il avait l’air de garder un œil sur nous en tout cas. Il a rencontré ma femme dans la rue, il lui a demandé si on gagnait enfin un peu d’argent et elle lui a répondu que non. Il lui a dit qu’il aimerait bien nous aider. Je suis plutôt timide donc j’ai dit « OK, peut-être que ça arrivera » et ma femme m’a dit « faudrait-il encore que tu le contactes » donc elle m’a forcé à me bouger pour que ça le fasse. On l’a rencontré et ça a cliqué. On lui a dit « tu fais comme tu veux : que tu sois très impliqué ou pas du tout, ça nous va. » Il était chaud bouillant, il voulait enregistrer direct.

Matt Taylor : Alors on lui a dit d’aller doucement. On n’enregistre pas le premier soir, nous. Amène-nous manger quelque part de sympa d’abord et après on fera un album (ricanements).

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C’était difficile de lui laisser de la place ?

Matt : C’est un peu comme si tu devais sortir et que quelqu’un te dit : « Ce mec va t’habiller ce soir, il va choisir tes fringues et te les mettre » du coup tu te dis juste « j’espère que je vais avoir l’air cool ».

Brooks : Ou « je dois vraiment porter ça ? ». C’est une histoire de compromis.

Qu’est ce qu’il vous apporté que vous ne pouviez pas avoir seuls ?

Matt : Des purs solos de guitares.

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Lors des albums précédents, Scott Motoya votre ancien batteur, était très impliqué dans le travail du son et la production, que s’est-il passé, pourquoi vous vous êtes séparés ?

Brooks Nielsen : On prend ça sérieusement le fait de travailler avec Julian, d’être dans un nouveau label, de prendre un nouveau départ. On a réalisé qu’il fallait inclure de nouveaux éléments visionnaires à l’équipe. Donc on s’est trouvé un bon batteur et puis cette interaction a eu un drôle d’effet, comme si on était une tribu indigène qui rencontre une civilisation moderne… Une fois que tu la vois, tu peux l’ignorer ou tu peux t’y faire mais tu ne peux pas l’oublier. Je ne pouvais pas arrêter de penser au fait qu’on avait fait un tel pas en avant en terme de percussions. On a été naïfs pendant tellement longtemps et cette progression nous a parus si agréable et vitale qu’on n’a pas pu faire demi-tour. Il y a mille autres raisons qu’on n’a pas à évoquer concernant son départ mais celle-ci est la principale. On lui souhaite le meilleur. Il y a de nombreuses choses que tu dois faire pour le groupe, pour faire en sorte qu’il continu.

Cette année, le Beach Goth – votre festival – ne s’est pas vraiment déroulé comme prévu. Vous pouvez m’expliquer ce qu’il s’est passé ?

Brooks Nielsen : Le pire dans cette histoire c’est qu’on ne peut pas dire grand chose pour l’instant. On est déçus que ça ne se soit pas passé très bien. Des gens ont vraiment merdé. En ce qui concerne notre part de responsabilité, on trouve que le festival a peut-être trop bien marché, trop vite, qu’il s’est agrandi trop rapidement. On va le retravailler, le repenser et on va faire attention à  changer tout ce qui nous a préoccupés pour nous faire pardonner de ceux qui ont été énervés. C’est ce qui se passe quand on est une bande de rockeurs qui n’ont pas le temps s’occupent aussi de tout un festival qu’ils ont créé. On est bons pour ça parce qu’on n’aime pas forcément les festivals donc on avait du recul sur ce qu’on ne voulait pas faire. Un jour j’aimerais en parler, tout déballer… Mais pour l’instant il faut qu’on garde nos lèvres scellées à propos de cette affaire. On espère que les fans de Beach Goth vont nous faire confiance, ça va redevenir vraiment très cool.

Donc si je vous demande pourquoi l’observatoire de Santa Ana [lieu du festival, ndlr] vous poursuit en justice, vous ne pouvez pas plus m’en dire ?

Brooks Nielsen : Non je ne peux parler de ça qu’en présence de mon avocat. J’aimerais tellement dire « ces gars sont des rats », ou « ce mec est une merde » mais je n’ai pas le droit. C’est une honte. Je n’ai pas l’habitude de taire les choses, c’est pour ça que je fais de la musique.

Qu’est ce que le festival vous a apportés jusque-là ?

Brooks Nielsen : Cette année a été difficile, c’est le mauvais timing mais tout ça vaut le coup quand tu vois les gens heureux. Ça ne nous a pas rendu la vie facile bien que ça ait été une opportunité que de pouvoir faire ce que l’on adorait faire : la fête à notre manière. On a commencé en organisant nos propres soirées sans l’aide d’aucune salle, ni de personne. On veut plus que simplement créer des albums et faire des tournées.

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D’ailleurs à Santa Ana j’ai eu l’occasion de voir que vos fans sont très jeunes, pas mal ont moins de 18 ans. Vous expliquez ça comment ?

Brooks Nielsen : J’écris comme un vieil homme donc ça m’étonne que la foule ne fasse que rajeunir d’année en année. Mais j’écris des textes auxquels tout le monde peut s’identifier. Et puis on change, on ne joue pas la même musique qu’au départ, ça doit jouer. Peut-être que ce qu’ils imaginent de notre life-style les attire. Ils doivent vouloir vivre aussi librement que nous. Il y a aussi l’attraction qui va avec le Beach Goth : ça ne veut pas dire grand chose mais ça veut tout dire.

Qu’en est-il de ce terme d’ailleurs, il vient d’où ?

Brooks Nielsen : On en avait marre de devoir expliquer aux gens ce à quoi on ressemblait. C’est toujours une question récurrente, celle de ta grand-mère au super-marché « alors vous sonnez comment ? ». Les gens disent qu’on est un peu comme un mélange des Doors et de la musique surf. Ce mot était donc évident. On fait de la musique surf avec des paroles noires à propos de la mort. Le meilleur exemple serait « Sea Lion Goth Blues ». C’est l’essence même de notre genre. On en a eu un peu marre de ce mot mais il est là pour durer, on vit avec et c’est à nous.

Avec du recul, vous auriez fait certaines choses différemment ?

Brooks Nielsen : Je ne pense pas. Le succès trop tôt aurait été un danger pour nous je pense. On a eu une progression constante, il n’y a pas eu de pression. Les choses qui se sont mal passées ne sont pas celles dont on se souvient mais plutôt les soirées d’ivresse. On a beaucoup appris, nos talents de composition deviennent meilleurs. Il faut vivre des sales moments pour pouvoir continuer à avoir du matériel pour écrire.

Crédit photos : Carolina Faruolo

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