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Flotation Toy Warning, le soulèvement des machines

Treize ans après Bluffer’s guide to the flight desk, les Anglais de Flotation Toy Warning ont sorti en juin dernier The machine that made us, leur deuxième album. Non, d’ailleurs, ils ne l’ont pas « sorti ». Ils nous en ont fait grâce. Car c’est bien de grâce dont il s’agit ici.

Pour environ 100 % d’entre nous, laisser passer treize ans entre deux jobs peut se résumer en quatre mots : Chômage. De. Longue. Durée. Et quand on revient dans le game, ça déclenche rarement l’euphorie, sauf à Pôle Emploi. Les mecs de Flotation Toy Warning, eux, ont mis treize ans à accoucher de leur (seulement) deuxième bébé, et ça a retourné toute la maison. La nôtre en tout cas. Et si la justice était de ce monde, c’est la planète entière, oui, parfaitement, la planète, qui serait bouleversée, euphorique, extatique, comblée, frissonnante.

Mais passons sur l’inexplicable quasi-anonymat d’un des groupes les plus brillants et créatifs d’un pays pourtant déjà bien gâté par la nature au rayon génies. Rangeons ça entre les statues de l’Ile de Pâques et la mode de la nuque longue parmi les insondables mystères de l’humanité, et tentons simplement, et bien modestement, de dire notre amour infini pour Flotation Toy Warning et ce nouvel album tant désiré.

Peut-on d’ailleurs encore parler de simple désir, à ce stade ? Treize années d’attente tantrique pour en arriver ici, maintenant, enfin, fiers d’avoir tenu le coup, épuisés mais heureux, à cet orgasme dans nos oreilles, à ce frisson dans le bas de notre colonne vertébrale, à ces poils qui se dressent sur nos avant-bras. Le syndrome du chef d’œuvre unique, encore appelé « maladie de la Nuit du Chasseur » est vaincu. Notre patience n’a pas été vaine. Nos espoirs ont eu raison. Un peu plus d’une heure et dix titres en forme de voyage onirique, où le beau se mêle à l’étrange, sombre et lumineux à la fois, objet musical définitivement non identifié, cadeau divin pour simples mortels. Un album de Flotation Toy Warning, ça ne s’écoute pas. Tel un Sergent Pepper’s Lonely Hearts Club Band, ça se vit, ça se boit, ça se respire. Une expérience multi-sensorielle dont on ne ressort pas intact. Secoué. Plus riche. Moins vide. Peut-être même un peu moins con (ndlr : non contractuel).

Sur The machine that made us, probablement pas de tube en puissance, pas de format taillé pour la radio. A la place, des morceaux qui s’étirent, s’installent, prennent leur temps et prennent racine, à l’image de « I quite like it when he sings », petit bijou de 8 minutes au lyrisme envoûtant, ou encore « The moongoose analogue » et ses treize minutes bizarroïdes et obsédantes qui clôturent l’album, nous laissant avec cette certitude que, décidément, Flotation Toy Warning ne nous lâchera jamais.

Le tout est glorieusement incarné par la voix planante de Paul Carter, lui-même porté, soutenu, embrassé par des chœurs d’une rare douceur, chaleur organique et salutaire face aux synthés et au vocoder, mantras spirituels, presque religieux. De toute évidence, le groupe ne s’est rien refusé, ne s’est imposé aucune limite, soutenu par un label, Talitres, qui n’a jamais voulu renoncer à eux et a dû souvent batailler pour que cet album sorte enfin. Bénis soient-ils, tant cette liberté absolue, cette élégance innée, cette recherche manifeste d’une esthétique jamais factice et toujours baignée d’émotion nous inspire, nous enveloppe, nous noie et nous donne de l’oxygène à la fois.

Si au premier abord, on se laisse béatement emporter par les divines mélodies, les sons intemporels, les arrangements enchanteurs, les textes méritent évidemment d’être écoutés, tant ils sont, eux aussi, le reflet de la personnalité poétique, tourmentée et complexe du groupe. Difficile de choisir les paroles qui nous ont le plus touchés, mais on vous a quand même fait une petite sélection maison de ces moments où on s’est dit ok, y a les paroliers sympas, y a les grands paroliers, et y a ceux qui sont hors concours. On vous suggère donc de vous arrêter deux secondes sur ces petites pépites : « I feel less lonely when you’re apart » (« Due to adverse eather conditions all of my heroes have surrendered »), « Must be armed with fear and firm convictions, unless your conviction is you’re not entirely sure » (« I quite like it when he sings »), « As a child I dreamed of travelling to Mars, but getting lonely needn’t take you so far from home » (« When the boat comes inside your house »), « The art of failure really has no school » (« To live for longer slides »). Le simple titre « Driving under the influence of loneliness », chanson quasi sans paroles, est d’une poésie folle à lui tout seul, vous ne pouvez pas nous contredire là-dessus, vous ne POUVEZ PAS.

Alors qu’on vient d’apprendre avec une grande tristesse que la tournée de Flotation Toy Warning était annulée jusqu’à nouvel ordre pour raisons de santé, et que donc le concert parisien au Petit Bain n’aura pas lieu le 23 octobre (alors qu’on comptait frénétiquement les dodos), on vous conseille, on vous propose, non en fait on vous supplie, pour purifier votre âme et adoucir vos oreilles affaiblies par un été despatchité, de vous offrir une heure de pureté, renouvelable à volonté et sans ordonnance. Faites-vous du bien.

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