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En flottement au festival québécois de musique émergente FME

On est allés de l’autre côté de la grande mare d’eau qui sépare les continents européen et américain pour le Canada, au Québec pour l’un des plus beaux festivals de musique émergente qui nous ait été donné de faire, sept ans après notre dernière édition sur place. Voici un récit amoureux, en mots et en photos.

Jour 1 – Vendredi 31 août 2018

Notre première soirée au FME 2018 est un crescendo de bonheur. Dans la jolie salle de l’Agora des Arts, la chanteuse canadienne Basia Bulat et son doux folk commencent par nous foutre en l’air pour nous intégrer subtilement au microcosme du festival. Jesse Mac Cormack se charge de faire la transition en débutant son concert dans un rock également calme, nous emmenant petit à petit dans son monde, aux airs country.

C’est le moment qu’on choisit pour s’ouvrir au monde extérieur, occuper l’espace parmi les autres électrons libres et aller à la rencontre de Galaxie, sur la grande scène Desjardins, apparemment tant attendu par la foule. On comprend vite : leurs accoutrements, en harmonie avec leur nom de groupe, sont aussi fous que leur musique, rock et psyché. Le chanteur, aux allures de gourou, nous donne le coup de grâce. C’est le moment important où on se rend compte qu’on fait enfin partie du festival. On le comprend, on le vit. Vous voyez de quoi on parle?

Evidemment, on n’est pas au bout de nos surprises, avec Jesuslesfilles qui nous séduit en une seconde douze en nous faisant danser sur son garage-punk 80’s. On veut ensuite découvrir Kandle au Cabaret de la Dernière Chance mais sa représentation est annulée pour cause de santé. Dur. Au recoin d’une ruelle, on tombe sur un concert (improvisé ?) de hard rock. La soirée se termine malheureusement, on fait un détour – incontournable – au concert de Pierre Lapointe et les Beaux Sans-Cœurs qui nous filent un méga-sourire.

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Pierre Lapointe

Jour 2 – Samedi 1er septembre 2018

Il est midi, une petite sortie familiale s’impose pour démarrer cette deuxième journée de festival avec The Blaze Velluto Collection qui nous livre un spectacle faisant danser petits et grands sur un rythme country dans la charmante salle du Petit Théâtre du Vieux Noranda. En sortant, on est attirés par un petit concert de formation banjo, batterie, contrebasse, donné de l’autre côté de la rue chez un disquaire, dans l’arrière-boutique d’un tatoueur-coiffeur-barbier. L’après-midi, comme tous les jours de festival, c’est le « 5 à 7 Québecor ». Concerts donnés de 17h à 19h, comme son nom l’indique, dans divers lieux emblématiques de la ville : salles de spectacles, bars, restaurants… On rate le créneau mais on réussit tout de même à profiter du dernier concert dans l’intimité du bistro-bar Le Cachotier avec Babylones, entre la grande fresque murale d’une espèce de Shaman, les lumières tamisées de la salle et ces projecteurs violets révélant les silhouettes des musiciens qui se démènent comme des diables.

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The Blaze Velluto Collection

De retour dans le cœur du festival, sur la 7ème rue, DJ Deezco chauffe le public, plus jeune que jusqu’alors, pour la soirée hip-hop. Les festivaliers arrivent en masse pour soutenir le rappeur montréalais Zach Zoya, né à Rouyn-Noranda, venu jouer à domicile. Fouki prend la suite du show de la grande scène extérieure. On veut aller voir les légendaires Karkwatson (supergroupe formé des membres du groupe de Patrick Watson et de Karkwa) mais la sécurité du festival s’étant renforcée suite à incident la veille (un petit rigolo s’est amusé à déclencher un extincteur dans une salle qui a due être évacuée), toute sortie du secteur où on se trouve est devenue définitive. Pour tous.

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Loud

On décide donc de rester, ne voulant pas rater l’apparition sur scène du fameux Loud qu’on attendait tant, LE rappeur qui cartonne au Canada mais aussi outre-Atlantique chez ses cousins français. Les quelques gouttes de pluie n’ont pas la force d’éteindre cette foule enflammée. La majorité des festivaliers n’étant là que pour le show hip-hop, les rues de Rouyn se vident immédiatement après le dernier rappel.

Bien que l’ambiance d’une foule réchauffe un cœur, l’atmosphère plus intime ainsi apparue est toute autant agréable pour profiter des découvertes à venir. Car oui, un de nos gros, gros coups de cœur arrive enfin, dans le petit Espace Lounge Hydro-Québec extérieur. On nous avait conseillés d’aller voir Xarah Dion, hé ben merci du conseil, l’ami ! D’abord dans une ambiance calme, avec quelques douces phrases plus parlées que chantées, elle attire notre curiosité. Nos têtes bougent timidement sur le rythme du synthé, qui devient de plus en plus marqué. Le symptôme se propage dans nos jambes, puis nos pieds. Parfaitement. Sur la surface mélodique planante se dépose une couche de techno industrielle enrobée d’un air de darkwave. « Ferme les yeux… », on obéit aux paroles et on sait déjà qu’on restera jusqu’à la fin du live. Une fin qui, on l’espère alors, n’arrivera jamais. Ayant joué tout son répertoire, l’artiste rejoue un de ses morceaux pour répondre à la demande de rappel par le public, très largement conquis.

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Xarah Dion

Pour finir, direction le sous-sol du Petit Théâtre du Vieux Noranda pour vivre en live la bande-son de notre fin de soirée, rappelant celles de La Femme Scorpion ou de Kill Bill. La projection de films, surtout d’animation, sur les membres du groupe Teke :: Teke vient renforcer cet aspect cinématographique. Leur rock psyché aux airs japonisants, rappelant également des chants populaires italiens (petite pensée pour Battan L’Otto), nous transporte bien loin, et ça fait du bien. En rentrant chez nous, pour ne pas changer les bonnes habitudes, on se retrouve dans une mini-teuf improvisée d’une quinzaine de personnes dans une sorte de cabane au fond d’une ruelle, un chapeau est passé pour financer le sound-system.

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Teke :: Teke

Jour 3 – dimanche 02 septembre 2018

Rien de bien prévu pour nous au programme de ce début de journée. « Vvbrrr, vbbrr… », ah maintenant si ! L’appli du festival nous envoie une notif pour nous prévenir d’un show caché, comme plusieurs fois durant le festival mais à laquelle on n’avait jamais pu répondre jusque-là. On enfile nos chaussures de rando et on se dirige vers les Collines Kékéko où Fred Fortin donnera un canot-concert sur le lac . On arrive malheureusement à la fin, mais tout nous pousse à croire qu’on vient de louper un moment incroyable. Avec le décor que l’on a sous les yeux, on n’en doute pas une seconde. On profite quand même du beau lieu, des montagnes, du lac et on pique une tête.

« Vvbrrr, vbbrr… », nouvelle notification. Le groupe belge Rive jouera également au bord d’un lac mais cette fois-ci, au cœur de Rouyn-Noranda. Friands de découvertes, qui jusqu’ici se sont avérées très bonnes, on y va les yeux fermés. Bon, ils ne le resteront pas bien longtemps tant le spectacle auquel on assiste est hallucinant. La complicité du duo pop, le ciel ombragé ne laissant que quelques rayons du soleil en guise de projecteurs sur leurs visages, le vent les caressant et les enveloppant, eux et leurs instruments, batterie, guitare, synthé, voix, avec le lac Osisko en arrière plan, créent un sublime tableau animé.

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Rive

Aujourd’hui, l’idée est de voir beaucoup plus de représentations proposées dans ce créneau mais on fait l’erreur de commencer par le concert de Samuele à la Salle des Chevaliers de Colomb. Une fois entrés, on ne réussit pas à en partir. Une atmosphère bienfaisante règne dans la salle. Les textes, autant dans les chansons qu’en aparté, nous scotchent sur place, par leur sincérité. Impossible de bouger de là.

La soirée de clôture approche et, on ne le sait pas encore, on s’apprête à se prendre deux grosses claques. Direction l’Agora des Arts pour un adieu au festival. Non, un au revoir bien sûr. Pour ce début de soirée, les Lyonnais Holy Two mettent la barre haute avec leur électro-pop. On est doucement charmés par le timbre de voix de la chanteuse, passant de l’anglais au français, prenant des airs soul et latino, ces kicks de batterie, ces voiles de fumée criblés d’innombrables raies lumineuses. On est dans les airs, ou dans l’eau, quelque part où l’on se sent bien. Plus calme et avec une mise en scène plus minimaliste mais dans un univers musical proche, le duo canadien Milk & Bone réussit à nous garder dans ce même état de bien-être, planant, ou flottant. En rouge et noir, plongées dans l’obscurité, les deux femmes nous transpercent de leurs douces et sensibles lumières intérieures. On prend notre envol, sereinement, vers d’autres horizons.

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