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« À Marseille en 2050, les rebelles feront la teuf en zone de non droit »

Pendant un mois, on profite du redoux pour faire un focus sur la plus belle ville du monde après Limoges et Beauvais, l’éternelle Marseille. Comme notre monde ne se satisfait plus de vivre dans le présent (quel ennui, vous me direz), on a décidé  – avec l’équipe du Bon Air festival – de pousser un peu les potards dans le futur avec la scène musicale électronique phocéenne. Médias, institutionnels, artistes, programmateurs et activistes, ils ont bien voulu jouer le jeu de notre questionnaire prospectif sur la thématique : la musique à Marseille en 2050.

Comment écoutera-t-on la musique dans 30 ans à Marseille ? Où ira-t-on danser ? Quels genres de musique seront populaires ? Les concerts seront-ils toujours un espace de rassemblement social ? Qui tirera son épingle du jeu ? La musique sera-t-elle un nouveau moyen de manipulation des masses ? Si oui, comment ? Voici quelques questions introduisant ce sujet prospectif centré sur la cité phocéenne. Développement des nouvelles technologies de diffusion, de consommation et de pratiques musicales ; évolution des mœurs et et habitudes de sorties ; renouvellement des infrastructures, des lieux d’accueil… Pour cette enquête, on a demandé aux intervenants sélectionnés, de nous écrire un texte de minimum 30 lignes à ce sujet suivant ces grands axes.

« Une fois par an Jul fête l’anniversaire de Saint Johnny au Stade Vélodrome, et fait des duos avec la réplique 3D du rocker »

Pour commencer, c’est le directeur artistique du Bon Air festival Olivier Kerdudo qui a bien voulu explorer pour nous, et avec humour, un futur proche, celui de 2050. Il est celui qui mène actuellement la danse du plus fin ces événements électroniques marseillais. Chaque année, il convie des milliers d’oiseaux de nuit à une grande célébration à la Friche de la Belle de Mai en compagnie des disc jockeys, producteurs et musiciens de house, disco, techno et musiques expérimentales parmi les plus insomniaques. Par le passé on pouvait notamment le croiser dans l’équipe de programmation des Aires Libres et du Midi Festival.

Côté hobby, on ne sait pas s’il préfère la montagne ou les tropiques, par contre on est à peu près certain qu’il aime faire la bamboule et passer des disques. En effet, sous son pseudo l’Amateur, il fait déguster ses meilleures galettes dans les caves enfumées de Marseille jusqu’aux scènes du Parc Expo des Trans Musicales. On le croise aussi régulièrement accompagné de son collectif Tropicold, pour des soirées chaud-froid garanti full condensation et plafond qui goutte sur les épaules dénudées.

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LE FUTUR SELON
OLIVIER KERDUDO

Comment écoutera-t-on la musique dans 30 ans à Marseille ?

Toujours en short/ claquette (même en décembre réchauffement climatique oblige), toujours en sirotant un verre de rosé/ pastis (et même en décembre aussi donc). Les clubbers avec un compte premium (touristes et habitants du sud de la ville) seront dotés de pods qui leur permettent de mieux ressentir les basses et les kicks et de partager photos, selfies et autres tags Shazam… les autres devront se contenter des 85 dB maximum imposés par le meta-gouvernement et dont l’application est effectuée par les méchantes milices envoyées par les CIQ (Centres d’Intérêt de Quartier). Heureusement dans les ZND (zones de non droit) les factions rebelles ont créé des TAZ (Zone autonome temporaire) où l’on perpétue la teuf à l’ancienne avec des références aux spots mythiques (Meta2, PasseTempsX, Ubercut… et 2BonAir bien sûr ) et les recettes permettent de faire vivre le mouvement rebelle (issu de l’alliance regroupant bobo-gaucho-écolo-lgbt-féministes, proto-caïds des quartiers nord et néo-ultras de l’OM. Hormis quelques sujets de désaccord comme Jul, l’orthographe vintage ou le port de la chaussette sous la claquette malgré les 50°C ambiants, cette association permet une survie pacifique et économiquement viable grâce au troc et à la décroissance).

« Dans les zone autonomes temporaires, les shamans produisent drogues et jus de fruits dans de grandes serres où l’eau devenue rare est remplacée par une usine de traitement de la sueur humaine, produite grâce aux 50°C ambiants »

Où ira-t-on danser ?

Sur le littoral des bateaux de croisière hyper sécurisés accueillent la population premium dans des piscines/ dancefloors climatisés et protégés par des cubes de verre sur lesquels sont projetés des messages publicitaires ponctués par des panoramas de soleils couchants. Dans les TAZ c’est recyclage et système D, on fouille dans les déchetteries et les geeks reconstituent des sound systems analogiques et puissants, tandis que les shamans produisent drogues et jus de fruits dans de grandes serres où l’eau devenue rare est remplacée par une usine de traitement de la sueur humaine, produite en masse grâce aux 50° ambiants.

Quels genres de musique seront populaires ?

Côté premium, un mélange de house lounge bloquée à 120 BPM et mâtinée de K-pop pour plaire aux touristes. Les paroles sont traduites via les pods individuels. Elles sont aussi autotunées suivant le timbre de voix de son chanteur mort préféré. Dans les TAZ rebelles, c’est le joyeux bordel : des dj perpétuent le son vintage grâce à des reliques de vinyles conservées au frais entre deux mixes (80 % des stocks ont fondu), ils sont respectés mais beaucoup moins populaires que les data dj qui piochent dans les clouds rebelles une production mondiale où se télescopent techno bass syrienne, trap reggaeton indonésienne et gabber jamaïcaine.

Les concerts seront-ils toujours un espace de rassemblement social ?

C’est rarissime, une fois par an Jul fête l’anniversaire de Saint Johnny au Stade Vélodrome, il fait des duos avec la réplique 3D du rocker. La population premium accepte alors des quotas de population issues des ZND rebelles en échange de drogue et de maillots de l’OM vintage. Dans les zones rebelles le Carnaval de la Plaine fait toujours chier son monde une fois l’an à coup de farine vegan et de reggae gabber.

Qui tirera son épingle du jeu ?

A une petite échelle : les vendeurs de claquettes, de shorts, de rosé et de drogue. A une grosse échelle les conglomérats capitalo-croisiéristes. Entre les deux les intermédiaires, souvent des passeurs qui permettent aux uns d’aller travailler dans les zones premiums et aux autres d’aller s’amuser à l’ancienne dans les TAZ rebelles.

La musique sera-t-elle un nouveau moyen de manipulation des masses ?

Uniquement dans les zones premiums où les gens sont payés grâce aux likes comptabilisés via leurs pods. Dans les zones rebelles ça reste un moyen de lien social entre partisans du futurisme mondialiste et nostalgiques des teufs old school qui perpétuent notamment le bon souvenir d’un festival pré apocalypse écologique appelé le Bon Air…

Rappelez-vous : le Bon Air festival 2019 aura lieu dans un passé futuriste les 24,25 & 26 mai 2019. N’oubliez pas de prendre vos billets en avance, vous pourriez louper Goldie, Model 500, Lena Wilikens, Mount Kimbie, Manu le Malin, etc. Voici l’event.

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1 commentaire

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Pegg 15.05.2019

C’est quoi le lien entre elle et la sono mondiale ? Sur les programmations récentes ?

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