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Creil a besoin d’amour

À mille lieux de l’image craignos que TF1 et les différents Ministres de l’Intérieur de la Vème République lui ont collé en plein milieu de la tronche, plongée dans le Creil romantique et démerde. À l’avant-garde des initiatives populaires, sociales et culturelles, ses acteurs ancrent la mal-aimée dans un futur mouvant. Musique hors les murs, customisation d’instruments, désacralisation de la culture, hyper-concentration d’activistes-créateurs… Et si on pouvait enfin adhérer à la maxime du passé « Creil j’y crois » pour une fois ? Je suis revenu dans ma ville d’enfance pour aller vérifier.

Je suis né à Creil et ai vécu 15 ans dans son centre et ses environs, du début des années 90 au milieu des années 2000. En ses murs, du bas en haut de ses marches, sur le bord de son fleuve, j’y ai autant de souvenirs que d’éraflures sur les genoux. La fête des marrons était notre 14 juillet, le roller notre moyen de transport, le béton notre terrain de foot infini.

Dans cette ville où Noirs, Blancs, Jaunes, Bleu-verts et Rose-pourpres se mélangent – malgré des inégalités sociales tout de même réelles – on cultive depuis bien longtemps une certaine idée du futur des peuples et du – désolé du terme sur-utilisé – vivre ensemble. Mes amis s’appellent successivement Mathias, Bryan, Ali, Aymeric, Nabil, Julien, Nazir, Antoine, Ludmila, Andry, Asmaa, Jonathan, Cassandra, Clément ; sont Français, ont des double nationalités, font de la musique, du karaté, de la danse ou sont juste drôles comme des ados. Quand on ne détache pas la corde d’amarrage d’une péniche, on déguste du Coca vanille immonde et des premières Despe qui cartouchent en découvrant l’amour, et écoutant du dancehall, du rap US, du rock de skateurs, du zouk et du R’n’B. Faut-il préciser que Creil est la ville d’origine d’Alliance Ethnik ?

Lorsque j’obtiens mon brevet au collège Jules Michelet grâce à des profs qui mériteraient un peu plus les honneurs de la République que le préfet Claude d’Harcourt, je quitte Creil pour l’agglo bordelaise. Et si rien n’indique une quelconque ressemblance entre la ville n°1 à visiter dans le monde et la 7ème ville la plus pauvre de France, force est de constater qu’elles ont en commun des a priori difficiles à dégager d’un revers de main. En clair, j’ai, depuis mon départ des deux villes, passé une bonne partie de mon temps à expliquer que tous les Creillois n’étaient pas vraiment des assassins fanatiques et que les Bordelais n’étaient pas nécessairement des blocs de glace aristocrates depuis 17 générations.

15 ans après mon départ, je décide de revenir sur mes pas. Je débarque dans la ville de mon enfance début 2019 avec l’idée d’interroger les acteurs musique, culturels, sociaux et politiques qui sont la mémoire vive de plusieurs décennies.

Creil dans l’œil du viseur

Dans l’histoire de France, Creil est un objet d’étude infini. Du pain béni pour les sociologues et politiciens opportunistes de tous bords, la ville étant située au carrefour de l’histoire industrielle et sociale. Le bouquin de la journaliste du Parisien Floriane Louison, Des gens à part, est à ce propos un beau panorama de la commune. Au 19ème siècle on y trouve de tout : métallurgie, briqueterie, verrerie, confection, travail du bois, agroalimentaire. De la musique concrète partout, en somme. Au 20ème siècle, trois usines (Usinor, l’usine de produits chimiques de Villers-Saint-Paul, et l’usine Brissonneau et Lotz, devenue Chausson) embauchaient chacune plus de 4000 ouvriers pour fabriquer des bagnoles. Désindustrialisation oblige et cynisme ultra-libéral arrivant fin des années 80, 3000 postes de l’usine Chausson sont supprimés. Des populations non formées et stigmatisées sur le marché de l’emploi, ne parlant pas toujours français (parce que les gouvernements successifs n’avaient alors pas cru bon de faciliter l’apprentissage de sa langue à ses travailleurs immigrés), ont ainsi pu profiter des joies du chômage de masse dans de sympathiques quartiers, comme La Commanderie. Mais si, rappelez-vous de l’excellente série documentaire Chronique d’une violence ordinaire – La Commanderie, de Christophe Nick (à voir en 5 parties sur l’ancêtre de YouTube).

Chausson creil

Manifestation contre le plan social de l’usine Chausson

Le directeur du centre social Georges Brassens Pascal Gosselin, situé sur le dynamique quartier Rouher à Creil travaille notamment sur « la richesse industrielle que pouvait être le bassin creillois » avec AMOI, une association « pour la mémoire ouvrière et industrielle. Finalement on a eu à disposition une exposition qui retrace un peu toutes les industries du bassin creillois, et le public participait activement. » Pascal est un véritable disque dur de l’histoire de Creil et connaît les obstacles dressés devant la ville, depuis bien longtemps.

Thomas Hennebicque, à la communication de la scène de musiques actuelles La Grange à Musique, me commente le difficile développement économique et social de Creil. « J’ai grandi à Hénin-Beaumont. C’est un autre coin bien sinistré pour une raison similaire : c’est une ville post-industrielle qui a voulu se rediriger vers une nouvelle activité qui était le commerce et qui est devenu la deuxième zone commerciale du nord de la France. Tu as des gens pauvres qui n’ont rien et constamment tu leur dis « venez acheter des trucs » c’est un peu paradoxal. Et puis, ça te pourrit un centre ville qui n’en avait vraiment pas besoin. »

Thomas, Floriane et Pascal ont également subi les faits divers marquant durablement la ville. Tout le monde se souvient de la première polémique française sur le voile, au collège Gabriel-Havez, entraînant des récupérations identitaires royales pour les nuisibles du fond à droite. C’était il y a pile 30 ans, et les médias commencent à revenir sur cette sombre période. Ajoutez à ça une star locale nommée Redoine Faïd dont l’essentiel du cursus est d’avoir trop regardé des films de braquage et qui s’est évadé suffisamment de fois de prison pour voir son histoire adaptée au cinéma américain (le film serait actuellement en préparation). Ainsi, dès qu’un fait divers croustillant pointe son nez, toutes les caméras rappliquent. « Creil, plaque tournante du cannabis en France », « Creil, ville sur le hit-parade de la délinquance en France », « Qui sont les nouveaux parrains des stups »… Le Point, Le Figaro, BFM mouillent le fond de leur culotte à chaque évocation de la ville uni-syllabique.

« À Creil, les caméras débarquent et puis s’en vont. Moi, je suis restée » Floriane Louison, tribune sur le Bondy Blog

Redoine FAÎD

À force, tout ça a tendance – à raison – à fatiguer la population creilloise qui aurait juste besoin qu’on entende sa version du récit, qu’on se rende compte qu’il y a un patrimoine local fort, émouvant et bouillant de vitalité. Il suffit de voir le tissu associatif ultra-puissant (plus de 300 assos) qui est installé sur l’agglo. Il faut aussi se rendre compte de tout ce que les politiques culturelles locales y ont bâti le siècle dernier et ce qu’elle continuent d’alimenter. Un soutien de ses élus tel que la commune a connu ces dernières décennies est suffisamment rare pour être énoncé. Surtout, pour une ville de 36000 habitants, Creil compte pas moins d’une Scène de musiques actuelles (SMAC), une scène conventionnée, un conservatoire, trois médiathèques, un espace dédié aux arts plastiques et un musée. Unique en France.

« Des actions fonctionnent bien sur Creil : il y a une politique tarifaire très basse. Au Conservatoire, les familles peuvent inscrire leur enfant pour 70 euros l’année » Jacky Hamel, direction de la culture

Faïencerie - Sylvia

La Faïencerie, par Sylvia Dhersignerie

La Faïencerie, le verre à moitié plein

Il y a d’abord La Faïencerie, scène conventionnée connue dans toute la France. Cet immense bloc de verre est le lieu culturel à tout faire : sa salle de la Manufacture lui permet des configurations variées – comme une grande salle des fêtes – on peut y organiser du « debout » jusqu’à 1500 places ou des plus petites formes. Dans sa médiathèque, des générations de mômes y ont découvert BD, jeux vidéos et disques en pagaille. Et le lieu possède un plateau de 750 places, le plus grand de l’Oise qui accueille du ballet, du cirque, du théâtre contemporain, du classique opéra, du jazz. Enfant, elle était la fierté de mon père comme des anciens socialistes à la retraite, de ceux qui ont cru en un type nommé Jean Anciant qui en est son créateur. Son implantation s’est réalisée à la barbe d’une assemblée de réacs prétextant des « c’est ça votre solution à la misère ? » comme on les aime. L’homme politique fera 4 mandats à la mairie de Creil. « Il y a une plaque de lui dans la Faïencerie » note Florence Cassin, chargée de la communication du lieu depuis 2017, et passée quelques années auparavant à la production de festivals comme Dour ou Art Rock.

Florence

Florence Cassin, La Faïencerie

Si c’est plutôt le programme Arts-Sciences qui est à l’origine de la venue de Florence dans l’équipe de La Faïencerie, elle me détaille la programmation musicale diversifiée du lieu. « On a du classique avec des opéras / opérettes. On a toujours au moins une date de jazz – l’année dernière c’était Stacey Kent, cette année Nguyên Lê. On essaie d’être complémentaires avec la SMAC La Grange à Musique, on ne proposera jamais un artiste qu’ils pourraient proposer. Sinon il y a toujours une tradition de faire une tête d’affiche : l’année dernière il y avait Disiz la Peste, avant il y a eu Kery James et Youssoupha, ou sinon Emily Loizeau, Jeanne Cherhal. Cette année c’est Kimberose qui fait office de tête d’affiche, avec Cali et Feu! Chatterton. » Abdoulaye Kane, qui effectue son service civique à La Faïencerie lors de ma visite (et qui aujourd’hui fait les beaux jours du label Think Zik! – de Imany et Faada Freddy – en tant qu’assistant label manager), revient sur ses années à l’école. Pour les élèves de Creil, la scène conventionnée est avant tout une sortie scolaire. « On allait voir des spectacles et des films. Pendant le week-end, on voulait se changer les idées, on n’avait pas vraiment envie d’aller à la Faïencerie avec le souvenir d’y être venu avec la prof de français. »

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La Faïencerie / DR

Pour Florence, dans ce haut lieu culturel, le top, c’est la diversité des publics : « On a fait des ateliers dabkeh avec une compagnie israélienne, c’était génial parce que c’était transgénérationnel, avec des petits de 5 ans, sa maman et des habitués du CA. » Ici, la pluridisciplinarité est le mot d’ordre, et on ne peut qu’halluciner de la variété de spectacles. Pourtant derrière la belle histoire, La Faïencerie paye parfois sa trop haute et transparente stature. Tout le monde dans Creil vous le dira : La Faïencerie peut faire peur. « Le problème c’est presque nos murs » note la chargée de comm. Pascal Gosselin dont l’œil voit avant tout par le prisme social ne peut que le constater : « L’histoire de « la Faïencerie c’est pas pour nous » on l’entend tous les jours. Il y a tout un public, si tu leur parles du lieu, ils font un blocage. La Faïencerie, c’est un peu le gros bloc de verre et de béton et il faut y aller au burin pour rentrer dedans. Beaucoup ont baissé les bras. Le travail qu’on mène, il est aussi dans la désacralisation des lieux comme la Faïencerie. » Même à Creil, les malentendus et le manque de communication guette. La Culture avec un grand C réservée à l’élite intellectuelle. On se trouve parfois à devoir gérer des situations invraisemblables : « On a une jeune fille, un jour sa maîtresse s’est rendue compte qu’elle avait mis le manteau de sa maman pour venir à la Faïencerie parce qu’elle pensait qu’il fallait bien s’habiller » achève Florence.

« Un jour on a séparé le social du culturel, c’est une grosse connerie. On a mis le social côté Jeunesse et sports et le culturel au Ministère de la Culture, grosse connerie. Il faut revenir sur les deux », Jacky Hamel

La Grange à Musique, les rockeurs ont du cœur

À Creil, il y a ensuite une SMAC, La Grange à Musique, qui existe depuis 1985 sur le quartier du plateau Rouher. Jacky Hamel, l’actuel directeur de la culture de la ville, l’a fait naître et l’a aidée à grandir. À l’époque c’était le premier lieu de Picardie dédié uniquement aux musiques actuelles, qu’on appelait alors musiques rock : « Il y avait une volonté politique de faire quelque chose autour des musiques dédiées à la jeunesse, nous confie-t-il dans son bureau. D’autre musiques sont arrivées, le hip-hop dès le début des années 90, le graff, la danse. Le rock a gardé toujours sa place. Et enfin, la musique électro. C’est pour ça que cette terminologie musiques actuelles a été adoptée. » Jacky Hamel fait partie des créateurs des musiques actus. Il a permis, avec d’autres, au secteur de se rassembler, penser collectif. Si en 2019 il existe presque autant de SMAC que de villes de tailles moyennes en France, c’est grâce à sa génération.

la Grange à Musique

La Grange à Musique

Thomas Hennebicque est artiste de musiques électroniques. On le connaissait sous son nom d’artiste Gordon (à l’origine de deux EP chez inFiné), on le retrouve cette année en tant que Toh Imago, avec son tout premier album (toujours chez inFiné). Mais c’est sous sa casquette de chargé de communication de la GAM qu’on est venu le voir, directement sur place. Dans l’une des loges du lieu, il retrace l’historique. « Fin des années 80, début des années 90, il y a eu une espèce d’âge d’or. Ça a été longtemps un haut lieu de la scène alternative française. Bertignac a enregistré un album live, c’était un peu la fierté à l’époque (rires). Au début des années 2000, ça a commencé à devenir un lieu de free parties aussi. » Jacky complète le jeune chargé de comm : « On a travaillé avec pas mal de labels et artistes de l’époque : Bondage records, Boucherie Production (les Garçons Bouchers)… ils cherchaient des lieux pour travailler. On accueillait des groupes en résidence comme Alliance Ethnik, Clair Obscur, Lofofora. J’en oublie. Beaucoup de groupes se sont fait connaître à la Grange à Musique. » Forcément dans un désert de lieux de diffusion, la GAM fait alors figure de valeureux destrier.

Lorsque Pascal Gosselin, du centre social du quartier Rouher rédige son projet social de 2016, il reçoit les habitants : « Il y a une chose qu’on avait déjà entendue mais qui là était relayée puissance 10 : ‘On en a marre de l’image qu’a le quartier dans la ville parce que derrière l’image négative de la ville, c’est nous. On parle de nous comme ça. Alors qu’on n’est pas comme ça’. Eh bien, moi je dis que le patrimoine de Creil, c’est les habitants. C’est ça qu’il faut défendre. » Elle est là la richesse de Creil, dans sa population et sa démerde naturelle. Régulièrement, l’association d’entraide et de solidarité « Saveurs de Brassens » du Centre Georges Brassens s’occupe des repas à la Grange à Musique. Car à Creil, on trouve des ponts dès qu’on le peut.

Répète GAM

La Grange à Musique

Et ça n’est pas Thomas Clair qui le contredira. Le jeune homme est chargé de l’accompagnement musical à La Locomotive, une structure liée à la GAM qui aide les groupes amateurs à se familiariser avec la scène, le studio, la communication, la technique audiovisuelle. Il est arrivé à ce poste en autodidacte et est cet ami à qui bon nombre de musiciens auraient bien besoin de discuter, ne serait-ce que cinq minutes. Intarissable lorsqu’il s’agit de vanter le réseau culturel creillois, il n’a pas moins d’éloges pour les artistes qu’il forme. « Là par exemple, j’ai des jeunes de Gouvieux qui montent un collectif. Ils font de la musique depuis tout petits, ils ont 16/17 ans, il y a un producteur sonore, un rappeur, et ils ont rencontré du monde sur un concert à la Grange à Musique à un tremplin. Là ils ont vu d’autres jeunes et la tête d’affiche – Dinos –, ils étaient ravis et ça les a motivés. Pendant 2 semaines ils se sont enfermés pour produire avec d’autres rappeurs, et ils ont monté un collectif. » Le plaisir est impossible à masquer lorsque sur des dizaines de groupes qui vont dans le mur, l’un d’entre eux coche toutes les cases. Pour Thomas, « c’est vraiment ce qu’on se doit de mettre en place pour faire de la pratique : la rencontre. Quand on fait de la musique, ça n’est pas juste pour la diffuser mais la partager avec un public, avec d’autres musiciens. Il ne faut pas avoir qu’un axe mercantile. »

_Z0A5956Portrait Heno Haer

Ambre Cassini, par Heno Haer

L’Espace Matisse des liens

L’arrivée d’Ambre Cassini en 2017 à la tête de l’Espace Henri Matisse sur le quartier du Moulin, spécialisé dans les arts plastiques, a à ce sujet bien fait bouger les lignes. Avec cette nouvelle recrue sur le paysage creillois qu’elle connaît bien – 5 ans de bénévolat à la Grange à Musique – l’accent est porté à la médiation culturelle, la rencontre des publics. « Tu tapes Creil dans Google, t’as peur, t’as pas envie d’y mettre un pied, s’exclame-t-elle lors de ma visite. J’entends des gens de Compiègne qui me disent « mais Creil, c’est horrible c’est moche !! », on l’entend tous. Bon, c’est vrai que la gare n’est pas l’endroit le plus chatoyant de la ville c’est clair mais si tu vas jusque l’Oise, c’est super bucolique, t’as un patrimoine, les carrières, on a quand même une ville jolie. »

Une ville jolie qu’elle s’efforce d’embellir encore. Par la culture, les liens qu’elle tisse entre les gens et les arts. Et si les arts plastiques sont au cœur de son nouveau poste, elle n’en oublie pas ses premières amours musicales. Elle s’occupe d’ailleurs du Celebration Days Festival (un mini-Woodstock à la française) à Cernoy dans l’Oise, et son passé est très lié aux musiques actus, du bénévolat en salles et festivals en passant par de la rédaction d’articles pour Goûte Mes Disques. « C’est vrai que le lien arts plastiques et musique n’est pas évident, mais on a trouvé avec le projet Punk sur la ville d’abord, qui a été intégré dans la programmation de la Grange à Musique. » Avec cette célébration de 41 ans du punk entre expositions et concerts, Ambre ouvre des perspectives.

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Espace Matisse par Heno Haer

Lorsque je viens la voir, elle me raconte son vaste programme. Un jour, elle bosse avec une prof d’arts plastiques qui fait un travail de customisation d’instruments de musique, le second elle fait refaire les vitrines du conservatoire avec les œuvres de ses élèves, le troisième elle organise une rétrospective des affiches de concerts des Éditions du Monstre, un collectif d’artistes sérigraphes basé à Amiens (basé dans le QG d’Usé et Born Bad). Pour elle, Creil a enfin besoin d’amour, il faut que ses locaux s’expriment à son sujet. « Il faut que tu aies un lien, un affect, un attrait avec la ville, d’origine. Cette ville a besoin d’affect. Et c’est une ville où la mixité sociale fonctionne. »

Si Ambre trouve que la mixité sociale fonctionne, Creil n’échappe pas à des guéguerres de clochers, de quartiers, de standing : du bas de Creil où se massent les commerçants et autres professions libérales ; au quartier bouillonnant de saveurs, de cultures et de marchés à Rouher ; en passant par le sur-urbanisé Moulin, ses dédales de rues infinis. Mais les problèmes n’y sont pas légion. Ce que je retiens de mes entretiens et qui fait écho à mes explorations adolescentes est la chose suivante : Creil est un village. On se connaît. On se dit bonjour. On ne passe pas son chemin. « Paris c’est la misère sociale, tu y es confronté continuellement et de manière tellement plus violente qu’ici », observe Ambre. Jacky Hamel persiste : « Il y a un décalage énorme. Quand on vit à Creil, c’est serein. Il y a toujours des problèmes qui peuvent arriver. On touche une population qui socialement n’est pas riche. Mais à côté de ça, il y a une solidarité sans pareille. »

À Creil, à des lieux du reportage TF1, des gens vivent, rient et sortent. On ne les a pas aidés. Ils tiennent bons, et sont fiers de leur bitume, de leur fleuve, de leur île. Cité dortoir pour les uns, avant-garde socioculturelle pour d’autres, point de chute galère ou territoire historique, comment trancher, la commune est un peu tout cela à la fois. Sa force ? Elle est jeune (près de 60% de sa population a moins de 40 ans), et ne tient pas en place. Elle raconte la France de 2058. Son récit n’a simplement pas encore été raconté. Encore faut-il voir au-delà. Facile : il suffit d’ouvrir les yeux.

Crédits photo en une : Sylvia Dhersignerie

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11 commentaires

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Sfra 14.11.2019

Bonjour bravo pour cet article très riche de sens et de bienvellance. Merci d établir un peu de vérité. Creil est loin de la ville non droit comme on l entend et veut le faire croire.
Le seul dommage que je puisse tirer de
votre article c est le regard éloigné de nos jeunes sur des rappeurs comme kery james. Un personnage engagé et engageant qui part ces textes et prise de paroles est riche de sagesse. Je ne blame personne bien sur mais trouve triste de ne pas avoir dans la nouvelle génération du rap des rappeur poètes bravo et merci encore

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Pascal Gosselin 14.11.2019

Bonjour Michel Drucker du net ;-)))

Que c’est bon de lire ceux qui croient en Creil !!!!!
Une correction cependant : « Femmes sans frontière » est une association présente sur le quartier Rouher. Les repas préparés de temps en temps pour la Grange à Musique le sont par le groupe « Saveurs de Brassens », activité à part entière du centre Georges Brassens.
L’article devrait donner envie de venir à Creil rencontrer ceux qui font la ville et ils sont nombreux !!!
Tous les ans en Juillet nous proposons en lien avec la ville de Creil l’action « Rouher quartier d’été » qui vise à rendre le quartier touristique et à y faire venir ceux qui ne connaissent pas le quartier et ceux pensent le connaitre. De nombreux acteurs associatifs y sont associes mais surtout les habitants prennent cette action à coeur. Elle vise à changer le regard sur ce quartier et sur la ville.
A bientôt

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Romain 14.11.2019

Bonjour M. Gosselin,

Merci pour votre commentaire, ça fait chaud au cœur. Je modifie immédiatement l’erreur sur Saveurs de Brassens, veuillez m’excuser. Merci encore d’avoir répondu à mes questions.

A bientôt

Viviane 13.11.2019

Bravo pour ce texte magnifiquement écrit à la fois criant de vérité, sensible et touchant

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Nicolas 11.11.2019

Bravo pour ce superbe article ! Devenu creillois par hasard, je ressens vraiment ce que vous écrivez. Le dynamisme est réel…quand on prend le temps d’ouvrir un peu les yeux et qu’on ne se limite pas aux poncifs sur Creil !
Un mot sur l’éducation : une ex collègue de ma femme est super heureuse d’enseigner à creil et note une bien meilleure ambience de travail avec les élèves, parents d’élèves et les profs que dans d’autres collègues de villes plus cossues des alentours…

Creil a de grands défis devant elle mais peut être fière de son identité.

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Annie 08.11.2019

Article intéressant qui donne envie de s’arrêter à Creil et de s’y balader. Par contre dites à Ambre de ne pas appliquer à Paris les clichés qu elle refuse pour Creil… Paris n est pas la misère sociale, il y a aussi bcp de choses misent en place pour faire du lien entre les habitants et de l’aide dans des quartiers qui ressemblent à des villages.

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Romain 08.11.2019

Merci de votre commentaire Annie. Je pense que ce qu’Ambre a voulu dire c’est qu’on a plutôt tendance à pointer des villes de banlieue ou de taille moyenne comme Creil pour parler de misère, et moins de Paris, alors que la misère y est tout aussi importante, et peut être à moments plus violente. Ça ne signifie pas qu’il n’y a pas mille belle choses à Paris, au contraire.

ACKERMANN Francoise 07.11.2019

Je ne suis pas creilloise mais j’y ai fait mes études, de la 6e à la 3e à Marcel Philippe (qui n’est plus un collège) puis à l’Ecole Nationale Professionnelle, devenue ensuite le lycée Jules Uhry. Tous les jours par le train. Et Creil reste pour moi la ville de référence. J’y vais toujours avec plaisir.

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Maryvonne Maillet 07.11.2019

Dommage dans cet article si riche de precisions d’attribuer le festival « célébrations days »a la ville de Clermont de l’Oise, Cernoy est la commune d’accueil de ce beau festival

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Romain 07.11.2019

Merci de votre commentaire, on a modifié.

Bonne journée

stéphanie Henry 07.11.2019

je ne suis pas originaire de Creil mais j’y vis depuis quelques années maintenant! ce beau texte me confirme l’envie d’y vivre encore ! merci de faire à tous de faire vivre ce qui nous parait désenchanté ! a bientôt

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