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Check-in Party, nous embarquerons encore avec toi

Il y a quelques temps, des gens ont eu l’idée de s’associer pour monter un festival de rock dans la Creuse en plein mois d’août. Ça s’appelerait Check-in Party. Ces gens ne sont pas fous. Ils savaient parfaitement ce qu’ils faisaient. La preuve.

On taira le nom de l’artiste en question, mais l’un d’eux programmé ce week-end nous confiait sur place que sa « musique n’était pas à la mode. Pas grand monde n’écoute ça aujourd’hui. » Par « ça », il fallait comprendre « de la musique à guitares ». Alors on ne vous apprend rien, le rock est dans le creux de sa vague, celle qui l’a porté parfois si haut, comme au début de ce foutu siècle, quand chacun se sentait obligé de mettre un The avant son nom pour gagner le respect. Les cheveux poussaient, les jeans slims collaient aux mollets et il valait mieux avoir des Converse de rechange. Une autre époque, ni meilleure ni moins bonne.

En 2019, l’histoire n’est plus la même et on se réjouit qu’elle n’ait pas de fin. Et si elle a une fin, de toute façon elle se répète. Dans le nouveau chapitre de cette histoire, quelques lignes devront désormais être écrites chaque année depuis l’aérodrome de Guéret Saint-Laurent. C’est là que Check-in Party a vu le jour, du 22 au 24 août dernier. On a d’ailleurs toujours pas très bien compris comment l’appeler : festival Check-in Party, à Check-in Party, la ou le Check-in Party. Peu importe.

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Peu importe donc, car c’est là qu’on a été vérifier si cette programmation de rêve était bien réelle, si on ne s’était pas encore moqué de nous avec une nouvelle arnaque montée pour nous faire les poches, que ces annonces successives n’étaient pas que de papier avec sa ribambelle de noms aguicheurs sur un dépliant.

Ils étaient bien tous là, et mieux encore, ils étaient heureux d’y être. Pourquoi, à votre avis ? Peut-être parce que ces artistes ont été reçu comme ont été accueillis leurs spectateurs : avec gentillesse et savoir-faire. Et si un projet ressemblait à celles et ceux qui le portent ? Il est de coutume de dire que la première édition d’un festival essuie les plâtres et que c’est normal après tout, tout ne peut pas rouler, on échafaude des hypothèses et l’épreuve du feu les valide ou non. Sauf que pendant trois jours à Check-in Party, tout a roulé.

Le festival est né sur les cendres d’une expérience chaotique nommée El Clandestino et dont on vous narre ici les errements, et autant vous dire que ses organisateurs n’attendaient qu’une seule chose : tourner la page, que ce chewing-gum vieux de deux ans se décolle enfin de la chaussure pour enfin démarrer sa propre histoire. Un pari gagné et une démonstration magistrale. Un aérodrome transformé, des bénévoles aux petits oignons, des prix raisonnables de repas et de boissons (4,5 euros la pinte, c’est devenu rare), son impeccable sur les scènes, des toilettes propres et une conscience écologique affirmée, et même un duo de clowns-gendarmes en déambulation pour nous faire marrer. Rien d’exceptionnel en soi, juste du bon sens, des sourires, beaucoup de travail, la part de passion qui permet de tout supporter. Pas un drapeau breton à l’horizon. Et on se demande si c’est finalement pas ça qui devient exceptionnel.

Dès décembre, on avait compris qu’on serait là-bas, qu’on aiderait ces doux dingues à résoudre l’ambitieuse équation août + rock + Creuse. Et puis, avouons-le, on voulait aussi coûte que coûte revoir Patti Smith, quinze ans après une première rencontre marquante en terres carhaisiennes. On craignait un peu son état de forme mais nos peurs furent rapidement balayées au fil de minutes qui dessinaient un concert évidemment trop court, mais intense, avec une proportion étonnante de reprises : Hendrix, Midnight Oil, Lou Reed, Neil Young. Sauf que quand tes propres compos s’appellent « Gloria », « Because the night », « People have the power », « Dancing Barefoof » ou « Redondo Beach » et sont justement des reprises pour tous les autres artistes pop et rock de la planète, tout s’équilibre. Reste cette femme à la présence hors-norme, rageuse, prêtresse par instants, heureuse d’être là. Comme nous.

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Photo : Titouan Massé

L’autre immense avantage à traîner ses guêtres sur un aérodrome à Guéret en août est de voir enfin des groupes aux horaires qu’ils méritent, sans regarder leur date de naissance sur la carte d’identité ni demander leur palmarès discographique et scénique. Ainsi, The Psychotic Monks était à 22h30 sur l’une des deux grandes scènes. Pas pour leur faire plaisir. Non, c’était simplement leur place. Une place dont ils ne descendront plus, on vous met un billet là-dessus, tant leur musique est puissante, hypnotique, brutale. Depuis quand n’avait-on pas vu un groupe français aussi habité sur scène ?

De la même manière, voir enfin Balthazar en tête d’affiche d’une soirée (et non plus avec leurs lunettes de soleil car ils ont le soleil de 18h en pleine face) n’est que justice. Puts Marie devra attendre pour connaître ce privilège, mais les Suisses n’ont pas moins de mérite et d’étoffe que leurs cousins belges.

On pourrait aussi vous parler de la fougue de Oh Sees (John Dwyer frôle la fracture de cervicales à chaque geste), de Foals qui n’a jamais fui son statut et n’a donc jamais déçu un public depuis dix ans, du Prince Miiaou beaucoup plus convaincante qu’elle ne le croit elle-même, de Jeanne Added sauf qu’on vous en a déjà parlé 506 fois. Mais on va s’arrêter là puisque vous aurez compris l’essentiel : Check-in Party était une grande idée, validée sur le terrain. Bien sûr, il faudra encore plus de monde l’an prochain pour rendre l’aventure plus belle qu’elle ne l’est déjà, quitte à se taper un drapeau breton. En attendant, un nouveau festival est né et c’était magnifique à voir.

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2 commentaires

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Frob 29.08.2019

Ok pour le bis repetita avec le gwen a du dedans!

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Damien Lapeyre 28.08.2019

beau festival 👍 bon Gloria c’est tout de meme pas un morceau de Patti S évidemment mais une reprise du bon vieux classique de Van Morrison + Them

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