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Boy Harsher, l’appel à la résilience

La saison des open air, des festivals les pieds dans l’herbe et des afters sous le soleil est terminée. Voici l’automne, puis l’hiver où il faudra se réfugier dans des clubs bondés et surchauffés ou bien dans des warehouses humides pour aller taper du pied et échapper à un quotidien morose. Peut-être même qu’il vous faudra jusqu’à réserver un billet low cost pour échapper à toute notion de réalité, le temps d’un week-end à Berlin. Durant toute cette période, la musique de Boy Harsher n’égayera pas vos nuits, mais elle vous accompagnera fidèlement.

Boy Harsher nous vient de Northampton, Massachusetts, une petite ville reconnue pour la vitalité de sa scène LGBT.  « Pain », « Tears », « Morphine » « Save Me », « Lost », « Cry Fest » : autant de titres du duo qui composent un champ lexical sombre et torturé. C’est même plutôt glauque, ça sent la solitude, la lassitude, les rêves brisés et les cicatrices pas encore refermées. Pourtant, cette musique à la croisée des styles, entre techno, electroclash, synthwave et indus, a quelque chose de profondément ardent, c’est un souffle vivace qui ne veut pas s’éteindre.

En parlant de techno, Marcel Dettmann, l’une de ses têtes de gondole, a récemment signé un remix de « Come Closer ». Pourtant, la version originale reste plus puissante et dansante, peut-être en partie grâce à la voix, l’envie d’aller chercher le contact se voyant renforcée par ces mots susurrés ; sur « Pain », le morceau qui les a fait connaître en 2013, le froid martellement de la phrase « Pain breaks rhythm » renforce la rythmique du morceau. De même quand, sur des morceaux très physiques, les paroles débutent par « I’ve not been well/Been falling over » (« Lost ») ou bien « Do you feel uncomfortable?/What’s this version / Of your life?) (« Tears», lui repris par Silent Servant), Boy Harsher nous balade fougueusement au bord d’un précipice. Mais les mots sont à l’économie, il ne s’agit pas de raconter quelque chose mais juste de livrer une émotion brute, sans fard. A ce titre, le style de Boy Harsher se rapproche plus de la house que de l’electroclash bien qu’ici, il s’agit plutôt de mettre des mots sur les maux que de parler d’amour. L’autre point commun que l’on retrouve avec la house, surtout sur leur album Careful, c’est cette volonté continue de faire danser, grâce des mélodies catchy, un beat tapant entre 120 et 130 BPM et un kick appuyé en quatre temps.

Cette combinaison de deux atmosphères, l’une très dansante, l’autre très sombre, apporte un équilibre surprenant et offre une véritable catharsis par la danse. C’est un univers qui appelle à la promiscuité poisseuse, à la recherche de contacts physiques pour fuir quelque chose, au besoin de se faire violenter pour se sentir de nouveau vivant. Cette musique à la croisée des chemins entre différents courants électroniques, cette esthétique brutale et torturée fait de Boy Harsher une sorte de bande-son d’une certaine culture rave dont Berlin est (encore) la vitrine vivante : froide mais sexy, secrète mais ouverte, foutraque mais debout. Une île de liberté dans un océan de conformisme, un refuge temporaire dans un monde sans pitié où les gens dansent pour ne pas tomber.

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