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À Bruxelles, le club C12 prône la techno sans sexisme et sans réseau

Situé dans la Galerie Horta qui fait le lien entre la Gare Centrale, la Rue du Marché aux Herbes et la Place Agora, le C12 scande sa différence. Expos, arts visuels, projets atypiques et soirées club, vous êtes sûrs de prendre votre tarte en débarquant dans ses murs. Rencontre avec Mathieu Serra et Tom Brus, les deux fondateurs du club bruxellois C12 et du collectif Deep in House.

Mathieu et Tom gèrent aujourd’hui la programmation du C12, la nouvelle plateforme multidisciplinaire installée dans un commerce de la Galerie Horta à Bruxelles. Je les retrouve dans leur espace de travail un mardi en fin d’après-midi. Ça vous fait une belle jambe, hein ? Les deux gus finissent leur réunion hebdomadaire avec leurs régisseurs et leur ingé son pour discuter du week-end qui arrive et organiser les deux semaines à venir : « On rajoute des projections ? De la déco ? On ouvre la deuxième salle et on modifie le set-up ? » Trois bonnes heures de réunion plus tard, ils arrivent, détendus.

Huit mois maintenant que le concept du C12 a vu le jour. La première soirée, c’était le 1er février 2018. Tom s’en souvient comme si c’était hier : « C’était un jeudi en mode plutôt expérimental. Il y avait Bear Bones, Lay Low et Sagat en live. Et puis Captain Starlight : lui c’est un dj. On a terminé avec Chris Ferreira. Que des locaux. » Mathieu ajoute : « La vraie première night c’était le lendemain avec Binh : on a accueilli 600 personnes, c’était incroyable ! » Huit mois plus tard, les deux organisateurs semblent plus à l’aise, malgré d’éternelles améliorations en tête. Les voici.

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« Être à deux pas de la Gare Centrale, c’était inespéré »

Bruxellois de naissance, Mathieu et Tom se connaissent depuis le collège. Ils sont passionnés de musique : le premier est branché funk, disco et musique soul, l’autre est plus groovy et rock. Un jour, une réflexion se présente à eux : la musique qu’ils aiment écouter en soirée – la house – n’est pas assez présente dans les lieux de la capitale. Ils montent leur collectif organisateur de teufs : Deep In House.

Les soirées sont éphémères et changent de lieu sans arrêt pendant six ans : « A un moment, il était temps de se poser », raconte Tom. Ils cherchent une salle à Drogenbos, Forest et autres, en périphérie bruxelloise : « On s’était dit que trouver un lieu pouvant accueillir 1000 personnes à Bruxelles-ville, ça ne valait même pas la peine de chercher, enchaîne Mathieu. Alors, être à deux pas de la Gare Centrale, c’était inespéré. » Contactés via Facebook par les anciens propriétaires, ils organisent le 31 décembre 2015 un nouvel an dans la Galerie Horta avec Deep In House. L’année qui suit, d’autres événements s’y passent : le courant passe, professionnellement et humainement. Bingo.

Voici la galerie.

Galerie-Horta

Souvent méconnue du public bruxellois, la Galerie Horta relie la Gare Centrale à la Rue du Marché aux Herbes et à la Place Agora. Niveau localisation, on ne peut mieux. Un projet de réaffectation de cette galerie en un musée de la Grand Place est en cours. Anthony Huerta, le propriétaire de la galerie, veut y construire un musée interactif : Bruseum experience. Pour ça, il doit dealer avec la SNCB – la société responsable des transports en Belgique – la suppression d’un passage entre la gare et la rue. Et se dit que tant que cet accès n’est pas bloqué, autant utiliser les lieux.

Le C12 n’est en réalité qu’un espace parmi les autres commerces. Autrefois, la Galerie Horta était une galerie commerçante. Le concierge avait sur son trousseau toutes les clés des commerces : commerce 1 – C1, commerce 2 – C2, et ainsi de suite jusqu’au commerce 15 – C15. Vous l’aurez compris : le C12 était le commerce 12. Habile. « Faut dire que le nom marche assez bien dans toutes les langues, rigole Tom. Comme on est à Bruxelles, on a trouvé que c’était pas un nom clivant, ça se retient bien. »

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Art visuel et musique électronique

Au C12, on varie les plaisirs et on tente d’être pluridisciplinaires : expositions, art visuel, projets atypiques et soirées en tout genre. On y fait venir des beatmakers pour les soirées Loop Sessions et on organise même (pour la première fois) une nuit burlesque (avec Benediction, le 4 novembre). « Puis il y a le C5 aussi, dit Tom. C’est un projet dans le projet : on a repris le commerce et Patrick Carpentier, un artiste belge, invite toutes les six semaines deux artistes contemporains à utiliser l’espace avec leurs œuvres. » Lancé en mai, ils ont vu débarquer les travaux de drapés du français Justin Morin, les sculptures du belge Bernard Gigounon ou encore les installations des artistes Adrien Tirtiaux, David Brognon & Stéphanie Rollin le week-end dernier.

Depuis septembre, Mathieu et Tom ne se concentrent plus que sur la musique électronique les vendredis et samedis soirs : « On a pris le temps avant de trouver vraiment la direction qu’on voulait, commente Mathieu. Au début, on faisait peut-être un peu trop de tout. On planifiait des concerts de jazz, de hip-hop, on montait la scène et on devait la démonter ensuite pour installer un dj set électro. On s’emmêlait les pinceaux. On s’est rendu compte qu’en terme de travail, c’était trop. Et en terme d’organisation, c’était compliqué. »

« Pas de réseau. Si tu perds tes potes en soirée, bah tu perds tes potes. Tu les retrouveras, c’est pas un labyrinthe non plus »

c12 - Elodie Drareg

Tom gère la programmation : on y retrouve des artistes déjà passés par les Deep In House et des nouveaux : « On cherche à avoir une offre – comment dire ? – intéressante. On essaye de trouver des artistes qui sont soit plus venus depuis longtemps, soit qui ne sont jamais venus. Ou de prendre deux artistes qui sont déjà venus et de les faire jouer ensemble. » Il insiste : « On veut que ça soit vraiment intéressant pour les gens, que ce ne soit pas une répétition de ce qu’il y a ailleurs. »

Steffi, Karenn, Pearson Sound, Silent Servant, Zadig, Umfang, S.O.N.S, tous sont déjà passés entre les murs du C12 : « Maintenant qu’on a un lieu ouvert toutes les semaines, je peux inviter plus d’artistes, donc forcément ça me plaît ». Pour les deux acolytes, il y a aussi clairement un potentiel à Bruxelles : « La scène électronique locale est incroyable », dit Mathieu. Leur coup de cœur ? Le crew du Pacifique Records. Ils veulent donner une chance aux talents belges : « J’ai vu des artistes de fou jouer dans des bars bruxellois, dans des trucs un peu en carton où t’as pas de vrai sound system et de vrai dancefloor, alors qu’ils te balancent des pures tracks, explique Tom. Aujourd’hui quand on les voit, c’est dans le C12 avec du vrai matos. »

Inspiration berlinoise

Mathieu et Tom utilisent le Funktion One comme sound system – classique mais avec un montage Dance Stack qui claque – et s’inspirent du Berghain et des boîtes berlinoises, pour l’esprit libéré mais pas que : « On aime quasiment tout là-bas, ça sonne bien sur la techno », me confie Tom. Dans la galerie, on retrouve les jeux de lumière minimalistes, un vrai chill out, « un endroit où il n’y a pas de son, tu peux juste t’asseoir et parler pendant une heure », et pas de réseau à l’intérieur. « Ça c’était pas fait exprès mais c’est magnifique, plaisante Mathieu. Au début on a eu des remarques, puis les gens se sont habitués. Si tu perds tes potes en soirée, bah tu perds tes potes. Tu les retrouveras, c’est pas un labyrinthe non plus. »

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Les communautés se mélangent à Berlin et au C12 aussi : « On est bien conscients que c’est pas la même chose à Bruxelles mais on sait qu’il y a un potentiel qui s’en rapproche », souligne Mathieu. Les gays et les hétéros s’entendent à merveille sur le dancefloor. Les néerlandophones et les francophones aussi. Les filles et les garçons de même. « Le but, c’est la vibe finalement, répète-t-il. En tant que clientèle, je pense qu’on a un des meilleurs ratios : on doit avoir un bon quatre-dixième de filles et un six-dixième de garçons. »

L’impression est vérifiée lorsqu’on entre dans le club. Mathieu et Tom travaillent en partenariat avec le collectif Laisse les filles tranquilles, qui lutte contre le harcèlement et les violences sexistes : « On sait comment certains hommes dans les clubs, et partout en fait, sont vraiment cons et agissent n’importe comment », commente Mathieu. La sécurité est briefée, le staff aussi : « Un manque de respect est pour nous un des motifs les plus graves pour être mis dehors, poursuit Tom. On veut que chaque personne qui vienne ici passe un bon moment et se sente bien. »

laisse les filles

Mathieu et Tom ont tout appris sur le terrain : « J’avais du mal avec le fait qu’on m’apprenne la communication via des livres et via des gens qui l’ont apprise dans des livres, explique Mathieu. On a toujours trouvé des excuses pour pouvoir arrêter nos cours. On a préféré être autodidactes parce qu’on est passionnés par ce qu’on fait. » Tom ajoute : « On a appris de nos erreurs : tu refais pas deux fois la même. On les a toutes faites, rigole-t-il. Et on en fait encore. »

Quand une soirée se termine, il faut tout ranger : une heure plus tard, les passants emprunteront à nouveau la galerie. « J’aimerais bien une fois avoir du recul et voir le projet de l’extérieur », avoue Tom. « Pour le client, je pense que ça le change de tout ce qu’il a pu voir à Bruxelles, enchaîne Mathieu. On donne tellement d’énergie dans ce projet et on ne compte pas le temps qu’on y passe, on a l’impression que ça fait huit ans en fait et concrètement ça se passe super bien. »

Le mois de novembre sera chargé niveau programmation : UVB / Makaton live le 9 novembre, Tama Sumo et Prosumer le 10 ou encore Bambounou le 16. Tout l’agenda est à retrouver ici. Pour le reste, le C12 reste ouvert jusqu’en juin 2019… au moins !

Photos : Elodie Drareg

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