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Vieilles Charrues 2022 : pour oublier, on danse

Il y a trois ans, lors de la dernière édition du prétendu monde d’avant, nous avions titré ainsi : « Les Vieilles Charrues, une édition à la croisée des chemins ? ». C’était sans compter sur une pandémie mondiale qui allait accélérer les mutations et bouleversements d’un secteur auxquels un festival d’une telle envergure n’aurait de toute façon pas échappé.

Vilain Covid ou pas, une profonde remise en question s’imposait pour les férus de gigantisme. Depuis 2019, plusieurs professions attirent moins (techniciens du spectacle, restauration, etc), la claque est violente pour tout organisateur, et il s’en est fallu de peu pour que Kerampuil soit empêché d’offrir à ses fidèles disciples la messe habituelle. Faute d’une main d’œuvre qualifiée qui a déguerpi, la mythique scène Glenmor s’est dressée in extremis, le jour même. Elle n’avait pas son éclat habituel mais l’essentiel était sauf.

Cet essentiel, c’est la culture du ‘show must go on’, de la fête coûte que coûte dans nos sociétés devenues si anxieuses et névrosées, l’exutoire attendu pour offrir une respiration à des festivaliers qui se recréent leur précieuse bulle, un furtif espace-temps d’une durée de quatre jours pour les plus téméraires. Une bulle, pourtant, vite percée de tous les côtés par les artistes eux-mêmes, par des entre-chansons dédiées à tout ce qui s’effondre, des punchlines assassines sur le cynisme des uns et la bêtise des autres. Vous vouliez vous évader ? Inutile de fuir, il n’y a nulle part où aller.

Quoique.

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© Guillaume Kerjean

On se dit quand même que Carhaix est beau quand chantent les Têtes Raides, que Clara Luciani a du cœur, et surtout que Stromae reste un artiste hors-normes. Depuis ses débuts, l’artiste belge nous fait danser avec un propos d’ensemble d’une noirceur abyssale, comme si la poussière que notre énergie de festivaliers parvenait à soulever sur ces champs n’était que cendres. De tournées en tournées, Stromae sourit de moins en moins. Allez savoir, adeptes du déni, peut-être savait-il simplement qu’il est vain, dans pareil endroit, de lever son verre à ceux qui n’en ont pas.

Faire chauffer nos mollets et crever nos cœurs, les bien-nommés Catastrophe savent faire aussi. C’était à 16h sur la troisième scène du festival, mais notre petit doigt nous dit que ce sera la dernière fois. Dans deux ou six ans, peu importe, le Graal de Glenmor les attendra un jour. Parce que nous avons besoin d’eux, de leurs sourires francs, de leur sens aigu de la mise en scène, de transformer la musique en comédie sur la scène absurde du monde.

Quelques heures plus tard, c’est Juliette Armanet qui prend le relais et trouve les mots : « A la folie, je sers ta nuit, Contre ma nuit, je tente le tout pour la vie. ». Oui, tentons. La formidable Izïa ne dit pas autre chose, même scène et même heure le lendemain. Entre deux chansons où son plaisir de jouer est salutaire, elle nous répète, tel un mantra : « On a le droit de se reposer. »

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© Elodie Le Gall

Le droit de se reposer, pour mieux communier et nous rappeler que les Charrues fêtaient leurs trente ans, que célébrer l’anniversaire de ceux qui nous ont tant apporté devient alors plus qu’un droit. C’est un devoir. Matmatah et -M- étaient désignés pour souffler les bougies, ils sont la mémoire d’ici, Kerampuil est leur salon et aucun gigantisme ne résiste à la force des beaux souvenirs et d’un amour entre des musiciens et un public. Au fil du temps, ils s’effaceront pour les Vianney ou Orelsan, qui tissent à leur tour leur histoire carhaisienne, fédèrent trois générations en un seul concert pour perpétuer la tradition d’un événement rassembleur, populaire et heureux.

Le jour même d’une canicule historique, si plus grand monde ne se berce d’illusions, ce qui a été vécu pendant quatre jours était pourtant bien réel. Comme une fronde pour dire que la fête n’est pas finie. Les artistes qui ont la force de combiner lucidité et générosité méritent d’être salués. Même s’ils percent désormais les bulles et pensent que tout est perdu d’avance, ils ne réalisent pas toujours à quel point, par instants, ils savent aussi nous sauver.

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© Nico M

Photo en une © Élodie Le Gall

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ELODIE LE GALL 19.07.2022

Erratum photo en une : Elodie LE GALL

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Romain 21.07.2022

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