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Zaltan : la liberté diggant le peuple

Juillet 2018, Astropolis, jour 2. On traîne nos caméras sous le soleil de la rade de Brest, parés à filmer le set du parisien Quentin Vandewalle aka Zaltan. Au programme: acid house, breakbeat, italo disco, new wave… Torgnole immédiate dont on ne s’est jamais totalement remis. Voici le point de départ de notre rencontre.

Le pays des merveilles du « mec du label » Antinote, comme il aime à se présenter en toute humilité, n’a pas de frontière, ni genre ni époque ni top 50. Cette ouverture d’esprit, fruit d’une mondialisation culturelle, fait du bien en temps de crise, et ça nous parle forcément à nous autres communistes internationalistes.

A 33 ans, Zaltan a déjà 15 ans de carrière de DJ tout terrain : open air chill sunshine, showcase pour audiophiles bac+12, rave londonienne, tout y passe. Entre ses gigs, Quentin bosse d’arrache-pied sur son label pour faire vivre la musique des autres et proposer des sorties pointues, éclectiques et pas forcément dancefloor. De Syracuse à Domenique Dumont en passant par River Yarra, oui il y a une passerelle : l’amour éternel des fréquences sonores. C’est avec grand plaisir qu’on lui ouvre les guillemets pour causer free party, jogging musical et business plan de label indépendant.

L’INTERVIEW

Tu te souviens d’un coup de foudre musical, étant enfant ?

Mes parents travaillaient dans une radio locale à Blois. A la maison il y a toujours eu de la musique, pas forcément les trucs les plus pointus, mais en tout cas de la musique indé. Beaucoup de copains passaient, j’ai fait de la guitare à partir de 6 ans… il n’y a pas eu un moment où j’ai flashé, où tout a basculé d’un coup. Par contre, il y a eu des rencontres importantes. Par exemple mon grand demi-frère qui allait dans des raves à Londres ou mon prof d’histoire en 5ème qui était fou de techno.

Donc tu commences à faire des sélections très jeune ?

Oui, en fouillant dans les disques de mes parents qui étaient plutôt orientés FM ou pop, j’avais flashé sur un morceau des Big Audio Dynamite, le groupe des Clash sans Joe Strummer, qui part dans des trucs breakés et acid. J’ai eu envie de le mettre à côté d’un autre morceau qui n’avait rien à voir. Assez tôt j’ai fait des sélections d’une ou deux heures.

A quel moment tu décides d’apporter ton bac en soirée ?

A 16 ans, je me suis fait offrir des platines. Et j’avais un pote qui avait une grande maison, tous les 15 jours pendant le lycée on faisait des teufs, on pouvait mixer et inviter des meufs. Mais j’habitais encore à Blois donc c’était compliqué d’avoir une vision de ce qui se faisait en mix. On était en 2000 ou 2001, c’était l’époque des free parties. Ça m’a appris plein de trucs les free mais j’étais pas vraiment dedans, moi ce qui me faisait marrer c’était de passer d’un tube 80’s à du Metro Area ou à un morceau rock.

Comment se passe ton arrivée sur Paris ?

J’étais très pote avec Raphaël Top-Secret, on faisait des compils pour démarcher des bars pour mixer. Au début on évoluait dans la scène gay, notamment dans un bar qui s’appelait La Plage. Un jour, Patrick Vidal est venu avec plein de potes à lui. Nous on passait de l’italo, de la new wave, de l’acid… Les gens se foutaient un peu de notre gueule, en plus on était habillés 80’s, mais Patrick a trop kiffé. On a commencé à rencontrer du monde grâce à lui.

Puis tu crées ton label, Antinote…

Je mixais tous les week-ends, je bossais dans un studio comme assistant, j’achetais beaucoup de disques… J’ai eu envie d’aller un peu plus loin à un moment, de participer à tout ça. A l’époque je traînais beaucoup avec Gwen Jamois, alias Iueke, c’était déjà un énorme digger. Il a habité à Brixton dans les années 90, il était en colloc avec Luke Vibert et Aphex Twin. Donc quand j’ai écouté la première track qu’il avait enregistré sur cassette à cette époque et qui n’avait jamais vu le jour, j’ai tout de suite voulu la sortir. Mais je n’avais pas de diplôme de mec de label, j’étais assez jeune.. Ça a été un processus heureux mais quand même douloureux. Par la suite j’ai sorti quatre disques de Gwen, que des archives de 91-92, que Gilb’R et I:Cube ont mixé au studio Versatile. Ils m’ont beaucoup aidé, aussi bien en tant que DJ que depuis la création du label. Mais c’est clair que sans Iueke, Antinote c’est pas la même chose.

On est en 2012, en plein réveil de la scène électronique parisienne, tu voulais faire partie de cette génération ?

Quand j’ai monté le label je me rendais pas compte que ça bougeait à ce point. Mais avec Antinote j’ai l’impression d’avoir été toujours un peu en marge de la grosse scène parisienne. Même si je connais beaucoup de monde, ça a pris un peu de temps avant que je joue à Concrete ou au Rex. Je pense que pour la scène clubbing et rave, c’est pas évident Antinote.

Comment tu appréhendes tes sets ?

J’aime bien mettre plein de disques dans mon bac et me laisser un peu de surprise. C’est assez rare que j’aie un set calé. Ce soir par exemple, j’ai un set de 3 heures à Londres dans une rave, de 2 à 5h. C’est pas évident car le mec avant se sera lâché donc je sais pas si je commence pas à tabasser direct pour pouvoir jouer des trucs plus chelous en fin de set, ou l’inverse. C’est vrai qu’en club c’est pas toujours évident de pouvoir montrer un éventail de morceaux assez large. Mais même en jouant house, electro, breakbeat. Il y a quand même moyen de jouer des trucs variés.

Tu te sens proche de la culture UK, notamment avec Objekt ou Ben UFO avec qui tu partages souvent des plateaux ?

Oui, clairement. Objekt est super cool, il m’a conseillé une productrice pour Antinote, on échange souvent. Ben UFO est top aussi. Eux, ce sont des méga stars mais c’est marrant qu’il y ait un petit lien : une partie des tracks qu’ils jouent, je les joue aussi. De toute façon, je joue beaucoup de musiques européennes, plus qu’US, même si c’est pas possible de bouder la musique américaine, mais je me sens plus proche de l’Angleterre ou de l’Italie ou surtout de la Belgique. Mon label de référence c’est Crammed Discs, ça embrasse tous les genres musicaux. J’y trouve de la musique africaine et de la new wave. Et depuis les années 80 les mecs sont là.

Comment on survit dans cette jungle numérique en tant que boss de label indé ?

Moi à la base, c’est vinyl only, 300 copies non repress. Maintenant ça m’intéresse plus. J’ai compris que ma musique pouvait toucher plus que 300 mecs qui trouvaient les disques en shop. Cette semaine par exemple j’ai rendez-vous chez Deezer, je viens d’embaucher une personne qui cleane tous les profils artistes sur les plateformes… Aujourd’hui si je défends un artiste, c’est aussi bien pour la personne qui a envie d’acheter un vinyle chez un disquaire spécialisé que pour le quadra ou le quinqua de Metz ou Reims qui va faire son jogging le matin et qui se met sa playlist “sunshine sport”. Donc même si je compte encore sortir de la musique de niche comme Domenique Dumont, je ne veux pas la diffuser de la sorte. Je veux que la musique soit distribuée. Et si on veut continuer on peut pas faire autrement que de passer par les plateformes.

Que cherches-tu chez les artistes que tu signes ?

Que la musique m’excite, tout simplement. Malgré la grosse différence qu’il y ait entre River Yarra, Radiant Pourpre ou D.K., je trouve un point commun assez précis, je suis content. Au début les gens ne voyaient pas trop ou je voulais en venir. Un jour, le disquaire de DDD records, qui est un ami de longue date, m’a dit : “Mais en fait tu cherches la merde toi ?” . Mais comme j’ai grandi entre la pop et la hardtech, je mets toutes les musiques au même niveau. Je veux essayer de mettre mon petit grain de zinzin et de poésie à droite à gauche.

7 ans et 50 disques après la création d’Antinote, c’est quoi la suite ?

J’ai 33 ans, j’ai un enfant de 6 ans et ce taf reste quand même hyper précaire. J’ai une visibilité à 3 ou 4 mois, certains matins je me demande si je vais supporter ça encore longtemps. Mais il y a un plein de trucs à faire, j’ai des idées. J’espère que les gens vont continuer à aller sur Bandcamp, à acheter de la musique. Et je peux l’annoncer, le 50ème disque ce sera un nouveau River Yarra.

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