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Weather : le Bourget en dix instants

Le Bourget, plus de vingt-mille personnes, un line-up à faire tomber les étoiles : le main event du Weather, qui s’est déroulé sur vingt-deux heures et quatre scènes ce week-end, a offert à la capitale son événement techno. On n’a pas fait tout le tour du cadran mais on y était. On vous raconte ce qui nous a plu, ou pas.

Côté printemps : La brochette qui pique

On avait repéré la brochette depuis un bail : Villalobos-Troxler-May, où comment avoir la flemme d’aller promener son museau ailleurs. Alors ? Villalobos, assiégé par une cinquantaine de Villabolosses collés à ses fesses, a réussi son tour de force habituel : jouer des morceaux foufous pendant trois heures, nous malaxer le cerveau et faire planter Shazam sur les smartphones présents devant la scène printemps. Contrairement aux rumeurs qu’il faut taire : non, Villalobos n’était pas « défoncé » comme on a pu l’entendre. Le maître reste le maître même si certains ont été déçus de son set. Et ce coucher de soleil… Plus sobre, Troxler a été gigantesque, revisitant 25 ans de house en deux heures. Au top. Et Derrick, au lever du soleil, est venu chatouiller la carlingue de l’avion Air Force One de Barack Obama qui se baladait sur le tarmac à ce moment-là. Respect éternel. Grosse joie de le voir jouer Scala d’Agoria. Enorme folie lorsqu’il a joué Up de Butric (Butch + Ricardo Villalobos).

Weather – Feriel Addadi

Côté hiver : Le danger rôde

On déboule à la fin, très carrée, du set de Terence Fixmer. A moins de 20 mètres de la scène, les basses nous tassent déjà le sternum. The Driver, notre punk préféré, déboule pour deux heures de set – avec une intro magnifique et profonde – qu’on interrompra au milieu pour aller se réchauffer au printemps. Retour dans l’arène hivernale pour celui qui avait fait le closing au Palais des Congrès, un an plus tôt, Len Faki, en maître de cérémonie, qui cale un petit The Age Of Love. Len, ce petit chenapan so romantic.

Côté Été : Moodymann of style

Scène Eté – (c) Culturebox

Malgré le déchirement post-Ricardo, notre bouillante équipe se dirige tout droit vers Moodymann, pilier de la house jazzy et du groove minimaliste de Detroit. C’est masqué de ses habituelles lunettes de soleil et de son foulard sur la tête qu’il arrive sur la tropicale et fleurie scène été, temple de la house le temps d’un tour de cadran. Et c’est naturellement que les spectateurs de Motor City Drum Ensemble (qui a joué une tapée de tracks de Moody) ne bougent pas d’un pouce tout quand ceux du chef Ricardo accourent (lui aussi, a joué du Moody). Des hommages répétés pour ce personnage atypique aussi connu pour arrêter de jouer en plein milieu de son set ou de lancer des insultes au micro. Rien de tout ça par chance. Un fan de Moodymann regrette que le début du set soit trop tourné disco et qu’il n’ait pas senti la « patte » Moody. Mais très vite, il y a trouvé son compte et nous aussi. Une ambiance de dingue s’est vite installée.

Côté automne : Tonton Marcel a encore cogné

Marcel Dettmann – (c) Techno Event Party

C’est toujours pareil avec Marcel Dettmann, mais c’est pour ça qu’on l’aime. On est séduit par sa coupe de cheveux (en bas des épaules maintenant), les photos de lui et de sa petite famille sur Facebook, et à chaque fois, c’est la fessée. Au petit matin, la scène été et automne se vouent une guerre sans merci. Un Seth Troxler magistral et rassembleur qui fout le feu et un Marcel Dettmann qui n’a fait aucune concession. Son set, qui contenait ses propres tracks (Corridor, ou encore son remix de Bad Kingdom de Moderat) a gardé tous ses codes habituels : extrême minimalisme, voyage cosmique (d’où quelques morceaux de Floorplan, le projet de Robert Hood) et martèlement de tôle. Installé dans la structure blanche, de 16m par 7m, créée par l’artiste Giglam, et aidé des faisceaux lumineux, tonton Marcel dirigeait, confiant, son vaisseau spatial, pour détruire les météorites.

4,50 € le demi, tout est permis

(c) Feriel Addadi

Après les incidents de la première édition (un palais des congrès de Montreuil en mode cocotte-minute, la faute à un promoteur peu scrupuleux), l’organisation ne pouvait pas se rater sur l’accès à l’eau. Aucun soucis de ce côté-là, tout a été savamment pensé, et ce fut fort agréable. Par contre, l’orga s’est bien fait plaisir sur les tarifs au bar : 4,50 € le demi, à l’aise. C’est tout de suite moins facile de tenir des beaux discours sur l’accessibilité à tous quand le bar vous assassine à ce point-là. On garde donc le même discours que l’année dernière sur ce sujet. On ne parlera pas des barquettes de quinoa à 8 euros, qui visiblement n’étaient pas fameuses (on n’a pas goûté).

Grand fou, Volume 1

(c) Antoine Roux

Dans l’un des énormes hangar du Bourget, la scène automne est celle qui a sans doute rassemblé le plus de monde. Un vaisseau squatté par Osgut Ton (Ben Klock, Planetary Assault Systems, Dettmann), mais qui a aussi failli fermer boutique avant l’heure. Vers 5h, un malin qui ne devait pas encore être assez perché décide d’aller taquiner le plafond du hangar, à plusieurs dizaines de mètres au-dessus du sol. Gros coup de chaud pour les organisateurs, qui coupent le son, appellent une grande nacelle et vont déloger le petit malin. Fallait pas traîner, Dettmann fulminait dans sa loge.

Grand fou, Volume 2

Sitôt la soirée terminée, dès le lendemain, la page de l’event du Weather s’agite : qui a joué quoi à quelle minute ? On ne remerciera jamais assez un certain Ji Kah, qui a eu la lumineuse idée de carrément créer un fichier Excel pour recenser les pépites jouées par les artistes, de midi à dix heures. Il devrait y avoir des Ji Kah partout dans ce monde. Le groupe est par .

Techno 1-0 Météo

(c) Seb El-B

Le Weather et le temps parisien, c’est une grande histoire d’amour. En 2013, la condensation de la sueur dans le Palais des Congrès de Montreuil (au Main Event) puis, le lendemain, les gouttes de pluie qui tombent sur la danseurs de la Concrete et les platines de Joe Claussel et Kerri Chandler, avaient joué leur rôle. Cette année, le Weather tombe pile le week-end de l’orage et des grêlons. Mais la techno a été plus forte que ça. Les ravers aussi. Et Mère Nature n’a pas empêché beaucoup de DJs de dérouler leurs sets. Mention spéciale à Margaret Dygas qui a amené le soleil sur le Bourget au petit matin sur la scène été (évidemment).

Camion Bazar VS US Air Force

Capture de la vidéo : (c) Just Before Midnight

Ceux qui ont eu la chance de danser devant le (toujours génial) Camion Bazar de Romain Play ont pu voir une scène assez dingo. L’US Air Force faisait gronder les réacteurs et se baladait près des danseurs. Une rumeur dit que l’avion ne rivalisait pas avec le Camion. On y croit. Une petite vidéo vous montre la scène ici.

Bravo aux lighteux

Néons – (c) Techno Event Party

Si on parle beaucoup de la superbe scéno du festival, appuyons aussi sur les lumières qui ont donné une vision particulièrement originale à l’événement. Sur toutes les scènes, il y avait matière à prendre des claquounettes visuelles. Et ça nous a beaucoup plus. Big up.

Bonus Closing : 3 Chairs, la légende continue

Malgré le marathon du week-end, l’idée de voir le groupe de DJs, 3 Chairs aka Moodymann, Theo Parrish, Rick Wilhite et Marcellus Pittmann, nous motive pour l’Île Seguin. Son soleil, sa tôle et sa boue. Après vingt minutes passées devant Blawan, on se dit que notre corps peut encore difficilement endurer une autoroute de la techno. On rentre sous le chapiteau et on reste, trois heures durant, à profiter des légendes de Détroit. L’exclu française doit faire plaisir au programmateur Brice Coudert dont le sourire est aussi communicatif que les pitreries de Theo Parrish. Ces quatre DJs, semble-t-il un peu attaqués (cf Moodymann qui se balade dans le public à l’extérieur, un peu perdu, devant des fans qui prennent des photos avec lui), sont de vrais gosses. Un plaisir maximal à jouer autant disco, funk, jazz, house, l’acid, à se piquer les platines, à rendre hommage, micro en main, aux légendes de la house « RIP Frankie Knuckles » clament-ils, ou encore « Records will never die ». Le public et les artistes sont tellement chauds que les organisateurs ont du mal à arrêter la soirée après 22h. On regrettera les sifflets adressés à l’orga à ce moment. Cette même orga qui a offert à Paris son meilleur festival de musiques électroniques.

PS : Quelqu’un a vu la couleur des fraises et des tomates cerises distribuées au Bourget ?

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