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Vakula, l’écho de l’Ukraine

Dans un monde musical parfait, la politique serait à la sensibilisation permanente de l’oreille. On habituerait notre pavillon à toutes les textures et les subtilités, aux infimes mouvements comme aux déflagrations massives. Le champ de possibilités de la musique électronique tendant vers l’infini (→ ∞), il est temps de nous intéresser à Vakula, bâtisseur d’univers, inventeur passionné et geek militant. Les sonorités délicates et chaudes de ses compositions sont autant de déclarations d’amour à son pays qui tombe : l’Ukraine.

Vakula, de son vrai nom Mikhaylo Vityk, vient de Konotop, ville industrielle d’un peu moins de 100.000 habitants perdue dans le nord de l’Ukraine. La population vit principalement de sa position d’important carrefour ferroviaire. Là-bas : une entreprise d’électromécanique, une autre dans le matos de chemins de fer et une dernière dans la réparation d’hélicoptères. Si ça donne pas envie d’aller se faire une semaine de vacances à Konotop, ça ? On se calme, c’était une blague.

Dans cette ville, sur laquelle on ne trouve pas grand chose sur le net à part que sa ligne de tramway est la plus petite du pays (trop mignon), est né Vakula. Après la scène roumaine et ses piliers du RPR Soundsystem (talentueux disciples de Ricardo Villalobos), la Bulgarie et sa bête de scène KiNK, la scène électronique centre-européenne longeant la mer Noire possède un nouveau nom. Bercé à la black music, Vakula nous a indiqué avoir été « influencé par les machines et les synthés » et « en parlant de la techno de Detroit et la Chicago house, je n’aime que cette partie-là de leurs musiques. Je ne suis pas un clubber »Comme ça on est fixés : Vakula ne se revendique pas d’appartenance à un quelconque mouvement.

Sa culture est, à la base, slave. Vakula tire son nom du héros d’une nouvelle du dramaturge et poète légendaire russe (d’origine ukrainienne) Nicolas Gogol intitulée Christmas Eve [parue dans le recueil Evenings on a Farm Near Dikanka – 1831]. L’artiste a voulu ainsi rendre hommage à la littérature ukrainienne et russe du XIXème siècle à laquelle il est sensible. L’âme slave, comme ils disent.

Vakula commence à sortir sa musique en 2008, ce qui lui donne 6 ans de carrière cette année. Pendant cette période, il a sorti nombreux EP qu’il a réunis en 2012 pour former sa grande oeuvre « You’ve Never Been To Konotop ». Eh bien non, figure toi, on n’y est jamais allés à Konotop et tu es peut-être la première voix qui s’élève pour parler de ta ville.

Cette oeuvre, sous forme d’album, regroupe 12 morceaux produits entre 2009 et 2012. Un mélange audacieux témoignant d’une grande maturité où jazz et house se lient d’amitié. Chez l’artiste – qui ne se considère pas comme un musicien – le dénominateur commun reste l’intimité. Recherche sonore, basse extraterrestre et confidences complètent le tableau. Si Louis Armstrong était né sur Mars, voilà ce qu’il aurait sorti de sa trompette. Pour lui, « l’état d’esprit fait d’un disque un bon disque ». On lui envoie notre amour : c’est un très grand disque. Pas étonnant que Resident Advisor lui ait filé un 4,5/5. On a beau trouver inappropriées les notes infligées aux albums, la récompense est méritée (lire leur chronique du disque). Pas étonnant non plus qu’il s’attire les bonnes grâces des labels Uzuri, Firecracker, Unthank, Dekmantel…

Mais revenons à sa ville d’origine. Konotop, pour Vakula, c’est (juste) le Home, sweet home. Pas de quoi faire carrière dans la musique électronique, ce qu’il nous confirme : « Je ne joue pas à Konotop, j’y habite juste. Je joue très rarement en Ukraine car la scène clubbing est très compliquée ». Malgré un certain étouffement à Konotop, il en retire cependant de quoi enrichir son univers et augmenter sa sensibilité : « La nature ukrainienne m’inspire ».

Un amour du calme et de l’intimité qu’on retrouve dans sa musique deep, inspirée de Chicago, des maîtres nord-américains Joe Claussel et Theo Parrish qu’il joue soit en live avec un synthé modulaire, comme peut le faire James Holden (quand on disait geek, on ne mentait pas) soit en DJ set. Rien ne nous étonne donc lorsqu’il déclare : « Je déteste la musique bruitiste, le noise et les sons trop forts ».

Que l’on ne se méprenne pas, aimer l’harmonie, la beauté, l’organique et la nature n’excluent aucunement l’acceptation d’un monde qui s’arrache, qui crie et qui se trompe. Qui mieux qu’un Ukrainien en 2014 ne peut se sentir plus concerné par la violence et la dysharmonie du monde. Vakula, qui a pourtant vécu sous l’Union soviétique et a été à l’école russe, est extrêmement remonté contre l’oppresseur Poutine et son homologue Ianoukovytch. Il suit depuis le début les révoltes ukrainiennes, se rend actif, a participé à de nombreux rassemblements à Maïdan (la place de l’indépendance) et fait entendre sa voix sur les réseaux sociaux comme en témoignent ces posts Facebook successifs.

On avait un paquet de questions à lui poser mais il en a balayées pas mal. L’artiste, entre grand timide, lassé des médias et traçant sa propre route, se veut réservé. On lui a quand même demandé le dernier mot sur la situation de son pays et il nous a répondu : « Слава УкраЇні ! »

Gloire à l’Ukraine !

Gloire à Vakula ! Le militant ukrainien, l’inventeur sonore, le génie méconnu.

Retrouver une excellente interview de Vakula par Vice à propos de la situation en Ukraine (Ach, c’est en Allemand par contre, les traducteurs sont tes amis) .

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