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Vivre a-t-il un sens?

Aimiez-vous vos cours de philosophie ? Écoutiez-vous ce prof qui tentait de vous donner l’élan vers une nouvelle conquête intellectuelle, à un âge si instable et parfois belliqueux ? Avez-vous lu de la philosophie depuis ? Qui ? Où ? Combien de temps ? Parce qu’on se pose toujours beaucoup trop de questions, on pourrait continuer longtemps comme ça. On a pourtant jamais eu réponse à rien. C’est précisément ce qui nous plaît : maintenir l’illusion qu’on pourrait, à travers quelques concepts, apporter quelques éléments de réponses en musique. Au bout de la route nous attendent de nouvelles interrogations. Mais surtout, et c’est tout ce qui compte, de nouvelles émotions. Cette série « philo/musique » se propose d’effectuer, à partir de thèmes et de morceaux choisis, ce passage du particulier à l’universel, du concret à l’abstrait, de la sensibilité à la raison pour le pur plaisir de connaître, de se reconnaître, de comprendre, afin de satisfaire les exigences de la raison sans humilier la sensibilité.

Crédits visuel en une : Marianne Nicolas

« Il arrive que les décors s’écroulent. Lever, tramway, quatre heures de bureau ou d’usine, repas, tramway, quatre heures de travail, repas, sommeil et lundi mardi mercredi jeudi vendredi et samedi sur le même rythme, cette route se suit aisément la plupart du temps. Un jour seulement, le « pourquoi » s’élève et tout commence dans cette lassitude teintée d’étonnement. »

1) COUPLES ON TV – GIRLS IN HAWAII

Il y a un envers de la vie qui appelle l’angoisse. Ce sont les conditions sociales, leur injustice, la guerre, la mécanisation des travailleurs, les aléas et accidents de l’existence, la perte, celle de la santé, une rupture, la mort, la maladie d’un enfant, le mal, le martyr des innocents, les grands espaces. Vient un moment où le monde et l’existence semblent n’avoir ni règle, ni but. Cet arbitraire de l’existence que la conscience en s’éveillant révèle, c’est l’absurde.

Dans le langage courant, l’absurde désigne ce qui n’a pas de sens. Chez Albert Camus, dans le fondamental et brillant Mythe de Sisyphe, l’absurde est défini comme le sentiment résultant de « la confrontation de cet irrationnel [celui de l’existence et de ses conditions] et de ce désir éperdu de clarté dont l’appel résonne au plus profond de l’homme ».

2) LE SENS – DOMINIQUE A

C’est vrai, quoi. Pourquoi toute cette agitation, pourquoi mes actes, mes choix, mon ambition, puisqu’il s’agit au final de mourir ? Pourquoi les contraintes, le travail, les mêmes tâches chaque jour recommencées ? Pourquoi ne pas naître pour être entièrement libre, la liberté étant notre droit naturel ? Pourquoi aimer pour quelques années plus tard ne plus aimer ? Pourquoi la souffrance ? Pourquoi la nature nie-t-elle autant mon existence, les maisons que j’ai construites, mon génie civil, tous mes efforts, pourquoi ? Pourquoi porter en haut de la falaise son rocher, si c’est pour sans cesse le voir retomber ? Chaque existence humaine qui ne représente que les premières secondes du 1er janvier. L’irrationnel enfin dévoilé, le sentiment de l’absurde jusque dans le ventre, la nausée.

3) MES POINTS D’INTERROGATIONS – FAYÇAL

Mais alors, que faire une fois les décors factices écroulés et les murs de l’absurde se dressant de chacun de nos côtés ? Cette pièce absurde dont nous sommes le anti-héros, sorte de Godot condamné au même rôle insensé, devons-nous continuer de la jouer ?

Il y a en fait un acte qui soulève la question du sens de la vie, c’est le suicide, le seul « problème philosophique vraiment sérieux » pour Albert Camus. Ainsi, la vie vaut-elle la peine d’être vécue si on échoue à lui trouver un sens ? Pour la plupart des hommes, vivre se ramène à « faire les gestes que l’existence commande ». Pourquoi ? Par habitude. Or, « mourir volontairement suppose qu’on a reconnu le caractère dérisoire de cette habitude, l’absence de toute raison profonde de vivre, le caractère insensé de cette agitation quotidienne et l’inutilité de la souffrance ».

4) THE FINAL CUT – PINK FLOYD

Dès lors, à partir du moment où l’on considère l’existence comme absurde, doit-on en conclure que le suicide est nécessaire ou au contraire que la vie reste possible, qu’elle peut avoir une valeur à défaut d’un sens ? Plus encore, une fois l’absurde révélé et une fois pleinement conscient de celui-ci, peut-on encore, en toute lucidité, construire son bonheur ?

Oui, et à partir de cette prise de conscience de l’absurde, il est possible de construire une philosophie et une morale. Car c’est quand il a reconnu les murs de l’absurde qui l’enserrent que l’homme connaît son domaine et peut tenter d’y organiser valablement son existence. Tout est sans raison et rien n’a de sens mais que pourrions-nous faire de mieux que de vivre ? L’homme absurde, c’est l’homme éveillé qui a reconnu l’absurde et qui choisit la voie du rétablissement. On dirait aujourd’hui la résilience. Car il y a bien une sagesse et même un bonheur de l’absurde : si j’ai reconnu que mon existence dans le monde n’a pas de sens, pas de but en dehors d’elle-même, je n’en tire pas la conséquence que je dois la détruire mais plutôt que je dois m’y attacher de toutes mes forces. Je vis dans l’absence d’espoir, mais celui-ci n’est pas désespoir. Je suis lucide et je sais que je ne renverserai pas les murs de l’absurde, mais je ne cherche pas à les sauter, j’accepte l’étroitesse de mon destin et je m’y installe.

5) ACTS OF MAN – MIDLAKE

« Je tire de l’absurde trois conséquences qui sont ma révolte, ma liberté, ma passion. Par le seul jeu de ma conscience, je transforme ce qui était invitation à la mort et je refuse le suicide ». Vivre, c’est faire vivre l’absurde, c’est le défier, par le jeu, par la gratuité, l’absence de prise au sérieux. « Il faut sentir sa vie, sa révolte, sa liberté et le plus possible, c’est cela vivre. » Un être conscient, livré à la fatalité dans un univers sans Dieu et sans sens, acceptant sa condition et mettant son bonheur dans l’accomplissement énergique de sa tâche humaine, tel est l’homme absurde. L’homme absurde est un homme libre et heureux malgré la lucidité, qui vit de sa passion, sans cesse recommencée, authentiquement, pour rien, pour un tout, pour un tout qui n’est rien, la vie.

6) LA CHAÎNE – LES WRIGGLES

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