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La musique est dévaluée par les clips : traduction d’un texte visionnaire vieux de 30 ans

Le 18 Juin 1984, Joe Jackson signe dans le magazine américain Billboard une tribune virulente sur l’obligation faite aux artistes de réaliser des clips et autres vidéos pour la promotion de leurs albums respectifs. Il considère que l’industrie phonographique ne recherche plus seulement quelqu’un avec un talent musical, mais un véritable couteau suisse capable de se mettre aussi bien en valeur dans ces chansons, ses clips, que sur scène. Un texte écrit il y a plus de trente ans, parfois un peu réac, mais toujours aussi bien adapté à la situation actuelle.

Video Clip A Personal view

J’aimerais expliquer ma décision de ne pas réaliser de vidéos promotionnelles et de partager mon opinion sur l’actuelle « révolution vidéo ».

Je réalise que je serai accusé de mordre la main qui, par le passé, m’a nourri. Mais tout ce que je peux dire est que, comme de nombreux autres artistes, j’ai été aspiré dans quelque chose qui promettait beaucoup mieux. Ce qu’il est devenu, à mon avis, est une manière superficielle et insipide de vendre de la musique qui, souvent, ne peut se suffire à elle-même.

Dévaluation de la musique. Même si les performances musicales démontrent souvent d’un certain sens du spectacle, la musique est un art qui s’apprécie avec les oreilles, et non avec les yeux. Vouloir associer une série d’images préconçues à une chanson empêche l’auditeur de laisser libre cours à son imagination, en plus de tuer le potentiel qu’elle aurait d’évoquer des sentiments, souvenirs et associations uniques à chaque individu.

Dévaluation du musicien. Les choses qui comptaient – comme le fait d’être un compositeur, un instrumentiste ou un chanteur avec du talent – se perdent dans le chaos qui résulte de vouloir tout visualiser. Il est à présent possible d’être doué dans tous ces domaines mais de ne jamais percer car passant mal dans un clip, ou pire, en n’en réalisant aucun. De plus, beaucoup d’artistes perdent en crédibilité en apparaissant comme de mauvais acteurs plutôt que de bons musiciens. La situation est telle les labels engagent à présent des artistes pour leur potentiel d’image plutôt que pour leur musique.

De plus, de nombreux artistes perdent leur crédibilité et/ou leur amour-propre en donnant l’impression d’être de mauvais acteurs plutôt que de bons musiciens. Le résultat est que certains artistes sont maintenant signés pour leur potentiel vidéo plutôt que leur talent musical.

Une pression déraisonnable sur les artistes. Spécialement sur les nouveaux artistes, qui sont fait pour paraître incroyables quand ils ne le sont bien souvent pas, ou alors pas prêt d’être à la hauteur sur un titre en studio ou bien en concert. Dans de nombreux cas, des artistes sans aucune conception visuelle de leur travail sont pourtant forcés à le faire, avec des résultats pouvant détruire la crédibilité de leur travail musical. Tout cela, car on leur dit qu’un titre n’a aucune chance [de se vendre] sans une vidéo. Ils n’ont donc plus le choix, que cela leur plaise ou non.

Le racisme implicite des programmateurs vidéos. Avec les relents sexistes des vidéos en elles-mêmes, ce point est assez apparent pour ne pas mériter plus d’explications.

Des sommes d’argent colossales sont dépensées dans ces vidéos : Deux ans auparavant, quatre fois plus d’argent des maisons de disques étaient dépensés pour soutenir les tournées que pour réaliser des vidéos ; le ratio a désormais été inversé et ça n’aide cependant pas les musiciens à vivre mieux. Ainsi, beaucoup de ces très chères vidéos ne seront jamais montrées, alors que d’autres oui, mais dans les deux cas ça ne favorise pas les ventes d’albums tel que nous sommes amenés à le croire. Comme la vidéo devient de plus en plus chère, le « play-it-self » devient la stratégie la plus évidente. Personne ne veut casser cette formule et il deviendra uniquement de plus en plus difficile de faire les choses autrement ou de façon innovante pour percer.

Je ne cherche pas à dénigrer toutes les vidéos. Il y en a une poignée que j’apprécie même. Je ne nierai pas non plus les artistes qui bénéficie d’une conception visuelle de leur travail (si je pouvais danser comme Michael Jackson, je pourrais faire des vidéos tout de suite). Ce que j’essaie de pointer, c’est la façon dont le désespoir et la cupidité accrurent l’importance de la sortie de ces clips.

En exprimant ces opinions à diverses personnes de l’industrie phonographique, j’ai fait face à une répulsion surprenante. J’ai eu l’impression de passer pour un hérétique. Beaucoup de personnes sont d’accord avec moi, mais ont peur de se débarrasser du système et de peut-être gagner moins d’argent.

La peur et cupidité ne sont pas les bonnes bases pour le travail d’un artiste créatif.

joe jackson article

Traduction de l’article « Video clips : a personal view » écrit par Joe Jackson et publié le 14 Juin 1984 dans Billboard.

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JENG 19.05.2017

This is the beginning of the press bullying and misrepresentation. He was bad for business i.e. the overcharging the artists for video production. Suzanne Vega once said a video cost $200k to produce – the cost of a house.

It’s not fair. He’s at least equal to everyone else at the top of their game. Every album delivers – every song is a complete creation with no dead spots .

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