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Un maître nageur nous a fait écouter son live d’ambient électronique les oreilles dans l’eau

On était un peu fatigué de la musique en milieu aérien, des concerts sur-amplifiés dans des salles sombres, avec des gens fatigués sentant le renfermé. Ça tombait bien car en ce premier week-end d’automne, c’était un tout autre délire que nous proposait l’artiste électronique français et maître nageur Roméo Poirier. Avec ses comparses Object Agency (Michael Marshall) et Devon Loch (Richard Greenan) de Kit records, ils invitaient le public des Nuits sonores / Bozar Night de Bruxelles, à un set live, en après-midi, dans l’eau, sur l’eau, sous l’eau.

C’est dans le petit bassin, dans l’imposant bâtiment-paquebot des bains de Bruxelles que l’expérience va avoir lieu. Et vive le dépaysement ! Ici, la sécu en chaussons hygiéniques bleus vous incite à vous déshabiller et laisser vos affaires dans une cabine privée du vestiaire art-déco. Ce qui est finalement plus agréable que le passage sécurité-vestiaire-Benalla-style de certaines grosses soirées.

Par contre, petit conseil si vous souhaitez tenter l’expérience, pas de bar à mojito ou de stands merguez-frites, prévoyez des petites galettes au beurre et une brique de jus de pomme pour le goûter d’après-bain (ou alors un pain au chocolat et une brique cacaotée, selon les goûts).

Après le passage obligatoire par le pédiluve et la douche, il est temps de se glisser dans l’eau, attraper une « frite » (nom officiel des mousses flottantes* en Belgique) et laisser le corps alangui flotter à la surface. La jolie réverbération de la pièce, le bruit des mouvements de l’eau et la douce lumière naturelle crée déjà un cocon propice à la relaxation.

Mais comment fait-on pour apprécier la musique sous l’eau ? On avait discuté avec Roméo Poirier avant la performance afin qu’il nous éclaire sur le sujet : « Déjà, le son circule beaucoup plus vite que dans l’air, il y a également une compression dynamique du volume, et la bande de fréquence audible (500-10000Hz). C’est la même matière sonore mais plongée dans un environnement totalement différent, il faut un peu s’habituer au début… »

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En effet, à proximité des enceintes immergées, on peut parfaitement percevoir les fréquences moyennes hautes et les séquences avec une attaque rapide. Mais si l’on veut retrouver les nappes plus basses ou les notes de saxophone distillées par Devon Loch (pseudo de Richard Greenan, le fondateur et tête pensante de Kit Records) dans son set, il faut sortir une oreille et tenter l’équilibre parfait entre pression de l’eau et air dans nos conduits auditifs. Et c’est là, faisant la planche, la moitié gauche de la tête sous l’eau que l’on se rend compte que l’on doit faire beaucoup plus appel à notre corps et à nos sens pour vivre l’expérience sonore.

D’une activité totalement passive, l’immersion de l’auditeur en milieu aquatique transforme l’écoute en une recherche physique des conditions de perception. Pas étonnant donc que ce soient plus les amateurs de musique contemporaine expérimentale à tendance new age qui aient été les précurseurs dans le domaine, plutôt que les musiciens électroniques plus classiques.

Mais comment vient l’idée de s’investir dans une expérience comme ce set d’1h30 en diffusion simultanée aérienne et subaquatique ?

« L’idée de la musique aquatique est antérieure à tous mes travaux précédents. J’ai découvert il y a une dizaine d’années le travail de Michel Redolfi, qui est un précurseur de la musique subaquatique et son approche m’a botté. Je lui avais écrit à l’époque car je voulais me mettre au contact de cette discipline, mais c’était resté sans réponse… Je n’ai pas arrêté de m’intéresser au domaine et maintenant, je développe tout ça moi-même, j’ai investi dans mon équipement et je fais les tests dans ma baignoire pour cette première fois (rires) ».

Même si la puissance du dispositif mis en place est un peu faible pour profiter pleinement de la diffusion aquatique, les sets expérimentaux proposés par les trois acolytes répandent rapidement une ambiance Le Grand Bleu (profondeur 95 centimètre) et une sensation de bien être et de relaxation indéniable. Les baigneurs-auditeurs vivent une expérience extrêmement positive et on a l’impression de n’avoir jamais vu des gens aussi souriants et zen dans une piscine publique.

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D’ailleurs lorsque l’on interroge Roméo Poirier sur son obsession de l’eau et de la baignade, la réponse se révèle plus inattendue : « L’eau en tant que telle m’importe peu. Ce que j’aime c’est cette zone « au bord de l’eau« … Comme les gens qui vont rentrer ou sortir de l’eau, j’aime l’idée de cette transition, voir les effets que cela a sur les comportements : une multitude de bouleversements. Ce que j’aime en fait, c’est regarder les gens. C’est cela qui m’intéresse plutôt que la matière aquatique en elle-même. »

Et on peut dire que Roméo a fini par se confronter au plus près son obsession de pour les piscines :

« Ce qui est assez drôle, c’est que je suis devenu maître-nageur (sourire). En fait, c’est la musique qui m’a amené à devenir maître-nageur. Et non l’inverse. L’idée était de mettre un terme à tous mes fantasmes sur l’eau et les bords de l’eau pour me confronter à la réalité d’un boulot d’observation active pure. J’avais toujours fait avant, à côté de la musique, des petits boulots qui n’avaient rien à voir. Là, j’ai voulu couper le fantasme. »

Roméo Poirier office sous son propre nom, celui de Swim Platførm et celui de Poirier Marshall Partners (avec Michael Marshall)  chez KIT Records.

Crédits photos : Brice Robert

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