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Tiga, acteur de série B italienne

Le 30 juillet dernier, le dj et producteur canadien Tiga a publié un cri du cœur sur son Facebook accompagné d’une photo de lui, le visage entre les mains. Son témoignage a ému une partie du monde de la musique électronique. Nous, pas trop.

Le 29 juillet, Tiga jouait à Rome au club Ex Dogana, synonyme pour lui d’une 15ème nuit de boulot depuis le début des douces températures. À l’arrivée de l’été, Tiga ne chôme pas, comme un bon nombre des djs house et techno. On pense bien sûr aux Ben Klock, Nina Kraviz ou autres infatigables Dixon qui ratissent plusieurs clubs et festivals en un même week-end voire dans une même journée aux quatre coins d’Europe et du monde. Le train-train de ces djs à la recherche d’un public toujours grandissant : un tiers du temps dans leurs chambres d’hôtel, le second dans les aéroports et les avions (ou jets), le troisième sur scène. Au prix parfois, forcément, de la qualité de leur prestation.

Tiga est quasiment un vieux briscard. À l’heure où les carrières se font et se défont d’un clic, 15 ans de production et plus encore de djing font de l’artiste canadien ce genre de vieux routards de la musique électronique. Dans les années 2000, le monde de la nuit le célèbre pour sa capacité à composer tube sur tube avec une électro efficace tentée par les voix de femmes, une techno acide et un positionnement au tout début de l’électro-clash chère à Miss Kittin ou The Hacker. On pourrait considérer sans trop se mouiller que « You gonna want me » ou l’innénarable « Sunglasses At Night » font partie de la liste des hymnes rassembleurs de la rave culture.

Tiga – You gonna want me

Mais voilà, patatrac ! Le 29 juillet à Rome, Tiga n’a pas assuré son set pour des raisons semble-t-il qui le dépassent. Pour témoigner son désespoir, il publie un petit texte sur  Facebook, salué par la presse électronique et le public qui trouve en cet aveu l’humilité et l’honnêteté suprême. Voici le texte en question :

Tiga :

« Voici quelque chose dont personne ne parle : les fois où ton set N’EST PAS complètement dingue. Les fois où le problème de la soirée, c’est toi. Ta sélection est facile, tes décisions mal avisées ; tu oscille entre confiance et vide complet. Tes disques sont lents. Tu n’arrives pas à maintenir la connexion (…)

Tu fais appel à ton arrogance pour rester droit dans tes bottes. ILS ne comprennent visiblement rien. Ces « gens », cette masse primaire ne comprend pas ce que je fais : que je suis un futuriste anti-tech, un post-trance torturé aux gimmicks deep funk acid, un martyre du groove et de pop. Même si mes efforts sont minimaux, si mon énergie est de l’ordre de l’anémie et que ma playlist relève de l’art brut, même si le regard que je porte sur la situation est compromis par mon narcissisme – elle devrait quand même s’incliner devant ma RÉPUTATION, devenir folle, gueuler et applaudir.

Mais non. Il y a des soirs comme ça où la masse saisit quelque chose que toi non. Et d’un coup d’un seul, pour quelques heures, la magie a disparu. Et c’est pas grave – ça ne rend les choses que plus belles lorsque la magie réapparaît dans une autre ville, un autre soir. Donc oui, pardon Rome. Je t’aime mais je n’ai juste pas retourné le dancefloor ce soir. Love t »

On aurait presque lâché notre larme mais au moment où on a vu tourner l’info, on était occupés à écarquiller les yeux devant les révélations concernant certaines espèces de tardigrades qui seraient capables de supporter des températures extrêmes, le manque d’eau ou d’oxygène, des méga-pressions, les radiations et même de ressusciter (aller plus loin). Puissant.

Water bear, SEM

Si on préférera pourtant l’humanité sensible contenue dans la personne de Tiga à cet être microscopique qui se marrera bien quand on sera tous crevés et qu’il se nourrira des odeurs de notre âme, on n’a pas pu s’empêcher de voir en l’artiste un comportement d’enfant gâté qui avait besoin d’un réceptacle à caprices. Mais Mark Zuckerberg savait tout ça.

En commentaire, on peut lire : « Ça arrive à tout le monde, mais personne n’a les couilles de le dire! Respect! » ou encore « Dans un monde où tout le monde est obsédé à projeter son meilleur visage sur les réseaux sociaux, c’est extrêmement rafraîchissant. Gros respect. » Y a-t-il une promotion sur la distribution de médailles ? Les pin’s sont-ils en dernière démarque ? Rien n’est moins sûr.

Ainsi Tiga se met en scène pour une photo (en une et en bas de l’article) digne d’une scène de ménage de Secret Story pour dire qu’il n’a pas, on cite, « killé le dancefloor ». Ainsi Tiga, à la suite d’un coup de mou, s’est retrouvé face à l’infini vide qui conduit les personnes ayant un peu trop goûté à l’auto-idôlatrie, et a révélé au monde (non sans ironie !) que derrière chacune des stars que nous adulons se cache en fait un pervers narcissique larvesque. Et que plus loin derrière, il y a ce cœur tout mou assis contre un mur en train de pleurer, avec une obélisque en arrière-plan parce que c’est bien gentil les chialeries, mais quitte à être à Rome, autant jouer la comédie.

tiga

Le problème, c’est qu’en plus d’être un enfant gâté qui ne se rend pas compte qu’il n’y a que dans son métier que d’autres gens applaudissent après une prestation, il est un piteux acteur de série B italienne. Que celui ou celle qui a regardé la TV un samedi après-midi dans le pays de la botte nous jette la première pierre. Merde, en plus, on l’aimait bien, Tiga. On l’écoutait plus trop, parce que des drops toutes les 8 secondes, c’était un peu exagéré, mais pour avant, pour les tubes, pour lui, on le gardait pas loin de notre tête.

On sait qu’il va repartir à Ibiza en août, là où les gens ont des looks de maîtres nageurs. Peut-être qu’il réussira mieux cette fois-ci. Qui sait, peut-être que le babtou fragile qui sommeille en lui reprendra un peu du poil de la bête loin du monument romain.

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1 commentaire

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Oflavergne 17.08.2017

Bien dit l’ami ! Marre des pleureuses narcissiques.

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