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The Limiñanas : « On ne s’est pas encore entretués »

Les Limiñanas, c’est un peu le genre de groupe ovni dans le paysage rock. Groupe français, c’est le choix assumé de leur langue natale qui a fait leur succès. Surfant sur la vague garage, y implémentant la chanson française à la manière dont elle était sublimée par Serge Gainsbourg, ces deux-là ont compris ce qui faisait chavirer l’Amérique. Repérés outre-atlantique – à l’ancienne sur Myspace – ils n’ont pour autant jamais quitté leur France chérie. Sur scène, ça décape autant que ça envoûte. Rencontre de deux amoureux sur la scène et sur la Route du Rock, édition hiver.

J’ai entendu dire que vous étiez disquaires à Perpignan auparavant, avez-vous fait des découvertes particulières qui ont influencé votre musique par la suite ?

Lionel : Tout le temps, vraiment oui. On a monté un magasin de disques, Vinyl Maniaque, tous les deux, c’était à la fin des années 90. La musique qu’on aimait déjà à l’époque, un peu la base de nos influences, c’était la musique primitive américaine, tout le garage punk des 60’s. On y a consacré un rayon important quand on a ouvert notre boutique. On a eu la chance d’ouvrir à l’époque où Crypt Records, le label américain de Tim Warren commençait – après avoir consacré son travail à la réédition d’albums obscurs des années 60 – à suivre des groupes modernes. On a vu arriver en temps réel des groupes comme les Oblivians, DM Bob and The Deficit, etcetera.

Parallèlement à ça, un booker français à commencé à faire venir tous ces groupes en Europe, on a eu la chance d’organiser les concerts de certains d’entre eux. On était fan et on découvrait au fur et à mesure que la scène se développait. C’était une période très excitante, on a pu à la fois se passionner pour les disques, rencontrer ces formations et les loger chez nous la plupart du temps, puisqu’on organisait les concerts. On avait aussi nos propres groupes. Quand le magasin s’est arrêté, je suis allé bosser à la Fnac, j’y suis resté pendant dix ans et là, ça a été l’occasion de découvrir des tas d’autres sorties auxquelles je n’avais pas accès dans mon magasin. Particulièrement dans le domaine de la musique du monde, des musique tribales. On était déjà très cinéphiles à l’époque et le plus dément à la Fnac, c’est qu’on avait le droit d’emprunter dix codes barres par semaine. Une intégrale de Fellini représentait un code barre par exemple. Toutes les semaines je ramenais des sac entiers et on se tapait des cures de films gores anglais, de cinéma italien et ça nous a vraiment permis d’approfondir des pistes qu’on avait déjà attaquées. On a pu voir toute la comédie italienne, y compris le pire.

Pouvez-vous me parler de la scène de Perpignan ?

Lionel : C’est une ville qui a toujours eu une scène assez riche. J’ai une théorie à ce propos : pour moi, c’est lié au fait qu’il n’y a pas grand chose à y faire, qu’il y a beaucoup de chômage, de très bons disquaires et de très bons libraires. En général, c’est une équation qui favorise la floraison musicale. C’est le cas chez nous en tout cas, il y a toujours eu d’excellents groupes de heavy metal, de reggae, de garage. Entre 1990 et 2000, il y a eu une scène garage particulièrement importante. Moi je jouais dans un groupe qui s’appelait les Beach Biches et après, avec Marie, on a monté un groupe qui s’appelait les Bellas. Il y a le groupe de Pierro, qui est signé chez Born Bad Records, ça s’appelle Jack Of Heart. Il y avait un groupe qui s’appelait les Fatals. Il y avait des tonnes de groupes de ska. Tout ça, c’était alimenté par beaucoup de disquaires indépendants, particulièrement Lolita et Boxong. Malgré le fait que c’est une ville isolée de tout, tu pouvais trouver des tas de trucs hyper pointus, très tôt. Bien avant internet, bien entendu. Pour les libraires, c’était pareil, il y avait pas mal de librairies spécialisées dans la science-fiction et le fantastique. Kif-kif pour la BD et les mangas. On a eu du bol.

The Limiñanas – Je ne suis pas très drogue

Vous aviez beaucoup de groupes, à quoi tient le fait que The Limiñanas ait pris et tenu, selon vous ?

Lionel : C’est une question à laquelle je n’ai pas vraiment de réponse. J’en avais parlé avec les Américains quand on a signé avec Trouble In Mind. Ils m’ont dit que ce qui les avait intéressés, c’était le fait qu’on ne sonne pas comme un groupe américain, ce qui n’était pas vraiment une volonté, c’était juste des disques qu’on bricolait à 90% tous les deux. Il y a une sorte de facteur artisanal sur la prise de son avec des ratés, des accidents. Il y a des textes en français qui sont plus ou moins surréalistes. Ces gens sont passionnés par la contre-culture française, le cinéma français, la nouvelle vague. Les Américains adorent ça et je pense que s’ils nous ont démarchés, c’est grâce à ça. Si on avait essayé de sonner comme les Black Lips – ils ont ce qu’il faut chez eux -, ça ne les aurait pas séduits. Mais tout ce qui nous est arrivé depuis le début, c’est un concours de circonstance, on n’a jamais rien calculé.

Vous avez choisi Myspace pour communiquer sur votre travail. Ça commençait déjà à sentir le roussi chez eux ?

Lionel : C’était juste avant que ça ne s’effondre. Juste avant leur rachat et l’explosion de Facebook.

Marie : Avant qu’ils n’aient fait leur mise à jour étrange.

Lionel : À un moment, lorsqu’on se connectait, on ne comprenait plus rien, le site ne fonctionnait plus. A l’époque, on n’avait pas d’autre ambition que celle de faire écouter notre musique à mon frère qui habitait sur Paris. On voulait juste faire de bonnes chansons.

The Limiñanas – Malamore

Comment est venue l’idée de travailler avec le pianiste et compositeur Pascal Comelade ?

Lionel : C’est un ami de longue date. On se connaissait parce qu’on se croisait régulièrement. À l’époque où l’on jouait dans les Bellas, il était venu nous voir. Il nous avait invité à participer à pas mal de ses projets. On avait joué dans la rue avec lui plusieurs fois. Il monte beaucoup de situations. Par exemple, il fait un truc qui s’appelle le Rififi, c’est une réunion de quinze musiciens qui jouent les plus grand riffs de l’histoire du rock. Un jour il m’a invité à joué sur l’un de ses disques, puis on l’a invité un jouer sur l’un des nôtres. Depuis on a jamais cessé de jouer dans les disques des uns et des autres. Puis on s’est dit que c’était une bonne idée d’en faire un ensemble. On a sorti le Traité de Guitare Triolectique, singé chez Because. C’est comme ça qu’on a fait la rencontre du label, d’ailleurs.

Un couple sur scène et sur la route, vous n’avez pas envie de vous étrangler ?

Marie : Au contraire, on partage les bons moments. On ne s’est pas encore entretués.

Lionel : On est exactement sur la même longueur d’onde. À partir du moment où il n’y a pas de rapport conflictuel dans la vie, tu n’en retrouves pas sur la route. On est toujours d’accord. On fait toujours tout ensemble : sur la direction artistique, en live comme en studio. Si on n’est pas d’accord, on en parle.

Vous avez souvent des propositions d’utilisation de votre musique dans d’autres domaines ?  

Lionel : La série Gossip Girl, ça a mis un gros coup de pied au cul du groupe. On a eu deux chansons synchronisées dans deux épisodes. On l’a vu dans la nuit de la diffusion des épisodes, les compteurs Myspace ont explosé. C’est une série qui relie tellement de mômes à travers le monde. Il y a des sites faits pour trouver le nom des chansons qui y passent. Ça a fait écouter notre disque à des tas de gens qui n’aurait jamais foutu le nez là-dedans. Ça a été plutôt une bonne chose. Après, je ne suis pas du tout un fan de Gossip Girl, pour les raisons que tu peux imaginer mais, de voir notre musique sur des images Hollywoodiennes, c’était plutôt incroyable. La synchronisation, ça nous aide à vivre, ça a beaucoup aidé le groupe. Ça ne nous pose aucun problème d’être associé à Hello Kitty ou Gossip Girl, on ne veut juste pas être associés à de la politique. La politique, on refuse, quoiqu’il arrive. Sinon la pub et les séries, la plupart du temps c’est plutôt bien foutu et rigolo.

Image en une : Lucie Zorzopian

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