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The Attic, patron de la vidéo musicale psychée en VHS

Il y a des clips qui vous laisse indifférents. Vraiment indifférents. Et il y a ceux qui vous accrochent l’œil, qui vous obsèdent par leur originalité. Après des années à baver devant les clips vintage et rock’n’roll de The Attic Video, spécialisé dans la réalisation de clips pour la scène garage française, on est allés poser quelques questions au mec chtarbé qui est derrière ces mystérieux visuels, afin de savoir comment que ça se passait là d’dans. Parce que la vidéo, on aime bien ça nous aussi.

Hello The Attic Video, mais qui es-tu ? Une seule personne ? Un collectif ? Une start-up ? Qui se cache derrière ce projet et d’où vient le nom ?

On me demande souvent si je suis un collectif, mais c’est juste moi, Romain, 27 ans. Le jour je bosse comme monteur et étalonneur vidéo. La nuit je joue avec Dusty Mush et je fais des clips vidéo plutôt lo-fi. « Attic » ça veut dire grenier. Parce qu’à la base quand j’étais ado j’ai commencé à faire de la vidéo dans mon grenier chez mes parents. Avec Dusty Mush on répétait dans le grenier de la mère de Maxime (le batteur). J’aime bien l’atmosphère des greniers, on y trouve plein de vieux trésors. Des vieilles cassettes vidéo poussiéreuses par exemple.

Je te pose la question du nom car, en remontant aux toutes premières vidéos de la chaîne YouTube, on tombe sur des vidéos de toi et tes potes faire du skate, et des bidules et trucs. Me suis dit que c’était peut-être le nom de votre crew.

Oui à la base on s’appelait Mushroom Crew, et on était un crew de skateboard, haha. Il reste quelques vidéos de skate de cette époque. On a un peu dévié du skate pour finalement faire de la musique. Le skate, c’est la première raison pour laquelle j’ai pris une caméra et appris le montage vidéo.

En remontant chronologiquement, on voit que par la suite tu as fait pas mal de captations pour des concerts à Paris (Night Beats, Kaviar Special, Pain Dimension, Fuzz, Cosmonauts…). Comment tu t’es retrouvé à dégainer ton appareil en plein concert ? C’était une technique pour pas payer ta place de concert en fait hein ? Avoue.

A la base j’avais cette idée de faire plein de captations de concerts, car je suis spectateur de ce genre de vidéos sur internet. J’aime bien regarder des live filmés un peu à l’arrache dans la fosse, avec le son qui sature. Je faisais ça en mode sauvage, sans autorisation, donc « non » ce n’était pas une excuse pour ne pas payer ma place, car je la payais la plupart du temps. J’ai arrêté car c’est plutôt chiant en fait, et j’avais envie de me concentrer sur les clips.

La particularité de The Attic Video, c’est ce côté VHS, vieilli, vintage, destroy, brut, parasité (appelle ça comme tu veux) de tes vidéos. Comment tu arrives à avoir ce grain-là ? Avec du vieux matériel ? Ou tu bidouilles en post-prod ? La fameuse question « analogique ou numérique » en gros.

Analogique, vieux matériel. Magnétoscopes VHS, caméras mini DV, écrans cathodiques, processeurs d’effets visuels et de glitchs analogiques, j’en passe et des meilleurs… Avec Dusty Mush, on s’efforce d’enregistrer notre musique en analogique : au début sur cassette audio, maintenant sur bande analogique. Ça me paraissait donc logique et intéressant d’utiliser du matériel analogique pour le côté vidéo. J’aime le grain de la VHS, son côté organique, j’aime les imperfections, les petits accidents. C’est si facile à manipuler et à détériorer.

Je n’aime pas l’image HD numérique trop léché, elle me renvoie à mon vrai job, je monte pas mal de publicités TV… Avec le numérique tout est parfait, propre, l’image est lisse, sans âme. C’est quelque chose que je trouve anxiogène. Ce genre d’image ne colle pas à l’image du groupe. Attention je ne crache pas sur le numérique, bien au contraire car je m’en sers énormément : je filme en numérique, je monte en numérique, je fais des trucages et des effets – sur After notamment – en numérique. Le côté analogique arrive en général quand le montage est terminé, un peu comme une étape de masterisation. C’est en analogique que je dégrade l’image. Il y a plusieurs moyens : en froissant ou démagnétisant la bande vidéo, ou en mettant des coups de tournevis dans le magnétoscope, ça donne des résultats intéressants. Sinon j’utilise du matos de chez BPMC, c’est une petite boite DIY à la manière de Death by Audio. Ils construisent des boîtiers qui agissent comme les pédales de guitares, mais sur le signal vidéo. Tu as des genres de disto, de fuzz, pour glitcher ton image.

Au niveau visuel, où pioches-tu tes inspirations ? Qu’est-ce qui t’as amené à adopter cet angle-là ? (Attention, la réponse Stranger Things est interdite).

A la base j’ai commencé à filmer avec du matos old school car je n’avais rien d’autre. Mes caméras miniDV sont celles avec lesquelles je filmais du skate à l’époque. Le vieux magnétoscope était à mes parents. Je n’ai juste pas fait évoluer mon matos. Une inspiration quand même serait le film d’Harmony Korine, Trash Humpers. Ce film est un véritable ovni. Sans histoire, on suit une bande de clochards qui portent des masques de vieux, qui se saoulent la gueule et chevauchent des poubelles (!!), le tout filmé en VHS, avec des glitchs et de la détérioration de bande vidéo à foison. J’ai lu qu’à l’origine le réalisateur avait prévu de diffuser son film seulement par le biais de cassettes VHS qu’il voulait laisser traîner un peu partout dans les rues NYC. Je trouvais l’idée géniale.

Tu entretiens un fort lien avec le label Howlin Banana ? Comment les collaborations se sont faites ? Je pense notamment à Paul Jacobs, Druggy Pizza, Kaviar Special […] la liste est longue.

Tom (le gérant du label) nous a repéré après qu’on ait posté nos premières démos avec Dusty Mush. Il a juste kiffé ce qu’on faisait et voulait nous produire avec Howlin. En général les groupes avec qui je bosse, je les ai rencontrés après avoir joué avec eux, et on joue forcement avec d’autres groupes du label. C’est une petite famille à la cool. C’est clairement le meilleur label du monde.

Filmer et concevoir une pochette d’album, c’est la même approche ? Je pense à la pochette de Cheap Entertainment.

C’était une première de voir un de mes visuels devenir une pochette d’album, oui.  Avec Cédric (le guitariste) on avait l’idée d’une tête de mort shootée avec un filtre kaléidoscope, à la manière de la pochette du premier Pink Floyd. J’ai fait pleins de photos, j’ai laissé le hasard jouer son rôle et ça a donné cette photo.

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Ta dernière vidéo est un clip pour Wolf Mountains, tu nous les présente ?

A vrai dire je ne les connais pas plus que ça. A la base j’ai été embauché pour venir faire du vjing pour un festival de zic garage en Allemagne. J’ai dû préparer des images et ambiances visuelles pour les cinq groupes qui jouaient ce soir-là, dont Wolf Mountains. Ils ont bien kiffé les images que j’ai diffusé pendant leur show, et après le concert ils m’ont demandé de faire un clip pour eux. J’ai tout de suite aimé le morceau, c’est le premier truc qui me motive à faire un clip.

Tu comptes continuer à te « déployer » et proposer tes services aux autres, au-delà de ton cercle de potes ?

J’essaie de grandir. Ce n’est pas vraiment un choix de bosser seulement avec Howlin’ Banana et mes potes. J’aimerais bosser avec d’autres mais je ne suis pas si demandé que ça. Et puis il faut que les projets me plaisent. Mais ça va quand même, je viens de sortir ce clip pour les Allemands de Wolf Mountains, j’en ai un autre qui sort pour les Anglais de Yo No Se, donc d’un côté je sors de ma zone de confort.

Et quoi de neuf côté Dusty Mush ? Un disque ? Une tournée ? Une Victoire de la Musique ?

On a sorti un album en mai. J’ai déjà fait 7 clips sur les 10 morceaux de l’album. L’idée c’est d’avoir un clip pour chaque morceau. On va sortir une cassette vidéo quand on aura terminé tous les clips. Personne ne l’achètera, mais j’aime l’idée d’avoir ce condensé de clip bizarroïdes dans une cassette. Et sinon on aura un nouvel album en 2018.

T’es clairement branché garage-punk-psyché. T’écoutes quoi en ce moment ?

En ce moment j’écoute le nouvel album de ORB, le groupe de chez Flightless. C’est super heavy, c’est du lourd. Flat Worms, le nouveau groupe sur Castle Face, avec le bassiste des Oh Sees, j’ai pris une claque en les voyant il n’y a pas longtemps à l’Espace B. Sinon j’écoute du Can à mort. C’est de la folie, du pur psyché.

Et la question de la fin : plutôt bière ou pizza ?

Les deux en même temps, bien sûr.

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© Florian Debray
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