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Sónar : récit d’une expérience électronique

Pour la première fois, des membres de Sourdoreille ont décidé de se déplacer à Barcelone, au Sónar. Ni une, ni deux, archi-bouillants, on a pris l’avion, l’appart en Airbnb et même des billets pour certains « off » du festival. On a enchaîné le jeudi jour+nuit, le vendredi jour+nuit et le samedi jour+nuit. Quelques heures de repos entre les différents événements nous ont permis de rassembler ce qui nous reste de force (et de cerveau) pour vous raconter l’expérience électronique catalane.

Jour 1

Premiers pas dans la ville, et une évidence qui s’impose tout de suite : la capitale catalane vit jour et nuit pour et par l’ogre qu’est le Sonar. A l’image des Nuits Sonores en France, l’événement est complètement accepté par la ville, qui le soutient depuis plusieurs années, et ça se ressent. Barcelone aime la techno, et elle le lui rend bien, si bien qu’on finit par se demander quel artiste électro a oublié de booker son week-end à Barcelone. On consacre nos premières minutes espagnoles au festival de jour au Fira Montjuïc, dont la gargantuesque programmation de cette vingt-et-unième édition ne peut que vous mettre qu’en orbite. On déboule pendant le set de Ryan Hemsworth, dont la sélection un peu putassière nous donne la nausée. A deux pas de là, on adhère bien plus au bruitisme noisy de Nisennenmondai (traduction littérale du « Bug de l’an 2000 ») . Trois Japonaises qui nous ont plongés dans un set post-techno organique à la Kangding Ray, avec des choeurs hypnotiques à la Pachanga Boys et un post-rock qui vous fout en transe. Un peu trop psyché pour le début mais un moment à part. On retourne dehors, en ayant oublié que le ciel est bleu et que le soleil brille sur Barcelone.

Machinedrum – Vapor City Live au Sonar / Par Jake

Avant d’aller voir Machinedrum, petite fringale. Les noodles à 7,50 € sont délicieuses, (encore heureux !). Le public est assez calme et peace mais on trouve quand même des bons numéros. Comme ce mec qui, vers 19h, est tellement perché qu’il pisse tout au tour de l’urinoir, comme s’il essayait de l’éviter. En touchant un peu ses voisins. Tant qu’il ne fait pas l’hélicoptère, ça va. C’est le coucher de soleil, on est bien.

Place à Machinedrum. Un batteur fou accompagne le génial Travis Stewart à l’origine du projet, aux machines et à la voix. Des visuels psychédéliques nous rappellent l’IDM de Warp, de LFO à Aphex, quand il ne se barre carrément pas dans la bass music. On n’a pas pu assister à tout le concert parce qu’on suivait un barman itinérant portant un sac avec un énorme fut d’Estrella sur le dos. Mais on se jure d’aller courir voir l’artiste plus longuement à Astropolis.

 

Daniel Miller DJ set / Par Ariel Martini

On se dit qu’il faut qu’on aille voir Koreless ou Trentemøller, mais un étrange personnage nous attire. Sur la scène principale extérieure, un mec de 62 ans, nommé Daniel Miller, commence son set. Ce qu’on ne sait pas en pauvres amateurs, c’est que ce mec qui fout la pêche à tout le monde avec sa techno acidifiée et puissante est le fondateur et boss du label Mute Records (Depeche Mode, Plastikman, Kraftwerk, Goldfrapp…). L’air stoïque voire carrément inexpressif de ce papy rondouillard nous a bien fait marrer. Chapeau M. Miller.

23h. Après 10 ans d’absence, Richie Hawtin redonne vie à Plastikman. Même si les buts de Richie Hawtin sont souvent ceux d’un business man, que ce nouvel album est à la base une commande de Dior pour un live, fin 2013, au Musée Guggenheim de New-York, qu’il a l’air du cliché de l’artiste complètement superficiel dans ses interviews (vous en voulez encore ?), le moment était magique. C’est là que le Sonar fait plaisir et n’hésite pas à tenter des choses folles. D’un projet né dans le luxe, « EX » se retrouve au Sonar devant des milliers de personnes. Plastikman fait du Plastikman, peut-être pas le meilleur, mais c’est une belle pièce. Au milieu de la foule trône le monolithe, un véritable mur de LED impressionnant. Le DJ est dans la foule et regarde la structure sans sourciller vers son public. Seule chose à déplorer : avec un projet d’une telle ampleur, pourquoi n’avoir pas prévu une spatialisation du son à 360° ? On aurait aimé que le son sorte du monolithe par exemple. Est-ce trop demander, M. Hawtin ?

Plastikman | Objekt / Par Xabier Gómez Ferrando

Plastikman | Objekt / Par Ariel Martini

Plastikman | Objekt / Par Ariel Martini

Minuit. C’est terminé pour le « in » aujourd’hui, place à la nébuleuse du « off ». On a choisi depuis quelques mois d’aller faire un tour à la soirée dédiée au label Mobilee, tenue par sa boss Anja Schneider et Rodriguez Jr. Erreur fatale. On se retrouve en périphérie de Barcelone, chez un promoteur qui a sans doute fait ses armes du côté d’Ibiza. Palmiers, piscine, bière à 8 euros, serveurs Goldorak torse poil, serveuses Lolo Ferrari presque torse poil, population insupportable : le cauchemar presque parfait, en somme. On file tous penauds, punks qu’on est, déçus de ne pas avoir senti l’arnaque un peu plus tôt. Seul point noir du week-end, on part faire dodo, demain fera beau.

Jour 2

L’ambiance se réchauffe dans le public du Sonar qui se la coule douce sous ses 30°C et son soleil brûlant. Après quelques petites heures de sommeil (on se couchera quand on sera morts), on se fait une petite aprèm tranquillou à tester les activités du Sonar+D : la partie « Arts numériques » du festival. On fait du booty shake devant une Kinect qui envoie l’info à un écran qui nous transforme en de sympathiques personnages faits de 0 et de 1. On n’arrive pas très bien à comprendre ceux qui jouent sur des jeux vidéos dans une salle fermée mais bon, pourquoi pas ? On se balade et on tombe sur des punks, des hippies, des hipsters, des enfants et des vieux.

Le sérieux de la journée commence pour nous avec l’enchaînement du live de Bonobo et du set de Theo Parrish. Le multi-instrumentiste anglais a d’abord proposé le live de son album « The North Borders » accompagné de son groupe et de la chanteuse Szjerdene. Live qu’on avait vu à l’édition précédente de Dour dont on avait capturé l’instant ici. L’ambiance prend encore quelques degrés quand le mage de la deep house / techno de Détroit, le grand Theo Parrish s’empare des platines sur la scène Sonar Village. Quelques jours seulement après l’énorme claque prise par son groupe 3 Chairs (avec Moodymann, Rick Wilhite et Marcellus Pittmann) à la journée de clôture du Weather Festival, on se refait une dose de Parrish. Et on n’a pas été déçu. Un set parfait déroulé par un artiste qui manie les disques avec style, qui jouit de toutes les petites subtilités musicales. Si le premier jour, le stoïcisme de Daniel Miller nous avait fait marrer, les expressions de Parrish étaient tout aussi communicatives.

Theo Parrish DJ set / Par Óscar Garcia

Arrivée dans le lieu dédié au Sonar By Night. Un parc des expositions gigantesque et blindé de monde, on parie 3 fois supérieur à celui des Trans Musicales et plus massif que l’aéroport du Bourget. On peut se trouver à une centaine de mètres de certaines scènes et ne presque pas apercevoir les artistes.

Caribou Live / Par Ariel Martini

Pour nous, ce sera Moderat, Caribou, Todd Terje, Ron Morelli, Richie Hawtin et Loco Dice. Le genre d’enchaînement qui claque. Le trio allemand composé de Modeselektor et Apparat en a fait frissonner plus d’un (et nous avec). Epique et massive, leur musique a dû faire couler des larmes. D’autres larmes sûrement devant le concert de Caribou, qui fut notre préféré de la nuit. La meilleure romance du festival. De la pop sensuelle, subtile et amoureuse sur des instrus électroniques, afro et noisy. On parle d’amour autour de nous en s’enchaînant Jamelia, Odessa, Can’t Do Without You et Sun. On court ensuite devant Todd Terje qui, assez peu mobile et expressif, joue sa panoplie de tubes de dance et disco scandinaves. On pensait que ce serait le point culminant de l’énergie et de la danse de la soirée, on est finalement restés sur notre faim. Un bref détour sur la fin du set du roi de la techno d’avant garde new-yorkaise actuelle, Ron Morelli balance les productions lo-fi de son label L.I.E.S. et nous charme complètement. A revoir.

Ron Morelli DJ set / Par Óscar Garcia

Pour finir, on se dit qu’il n’y a rien de mieux de finir sur les sets de Richie Hawtin et Loco Dice, car entre 4 et 6h, plus besoin de faire dans la finesse. Pari tenu pour ces deux bourrins.

Jour 3

Deuxième tentative dans le off, avec bien plus de garanties que pour la soirée piscine : on file dans le quartier Poble Espanyol, sur la charmante petite Plaza Mayor qui accueille Joy Orbison, Dixon, Marcel Dettmann, Tale Of Us et Maceo Plex. On rate lamentablement le résident du Berghain (pour quelques gin tonic de trop), mais on se refait sur Dixon, pas aussi foufou que l’on aurait cru. Maceo Plex tient la baraque juste derrière, avant que les frangins de Tale Of Us, nos petits chouchous du moment, nous offrent l’un des meilleurs sets du week-end, ponctué par la petite bombe qu’est Another Earth et le remix de Sailor & I d’Âme. Ces garçons clôturent la cour d’Astropolis cette année, ça va être grand. Au final, cette armée de DJs nous auront suffisamment chauffé pour notre ultime nuitée.

Du point de vue de Tale of Us au Off Sonar à la Plaza Mayor

Direction le Sonar by night pour la dernière ligne droite de ce marathon de trois jours. Moins de monde sur la piste nous permet de moins nous perdre dans cet océan d’oiseaux de nuit. On commence notre soirée assez tard, devant un back to back d’anthologie entre James Holden (qui jouera notamment un titre d’Acid Arab) et Daphni, alias du leader de Caribou. Un quatre mains délicieux qu’on est allé voir bien devant, en grandes groupies. Erreur ! Les basses sont tellement puissantes qu’à 30m, il est difficile de supporter. Tant pis, on recule vers la régie et on fait des cœurs avec les doigts. On complimente le Sonar qui fait venir les artistes tout le week-end pour des projet différents. Holden a joué trois fois : son live de « The Inheritors », ce b2b avec son ami anglais, ainsi qu’une pièce de danse contemporaine interprétée par la danseuse Sonia Gómez et la chorégraphe et danseuse anglaise Lucy Suggate (nommée « The Inquisitive Middle » et inspirée du dernier album de James Holden). Hawtin a joué en DJ set et sous le pseudo Plastikman. Four Tet a joué en set en en live. Dan Snaith avec son groupe Caribou et sous son nom Daphni avec Holden. Matthew Dear sous son vrai nom, puis son son pseudo Audion. Etcetera, etcetera. Bref, nos artistes préférés ont squatté les platines barcelonaises.

 

Une idée du lieu du Sonar by Night / Par Ariel Martini

Quelques balades dans le parc des expos et le matin pointe le bout de son nez pour le set de Tiga, qui joue sur la scène extérieur. Horreur : la pluie débarque. Et quand on parle de pluie, on veut dire le déluge. Mais, ce qui aurait pu être un final gâché restera un souvenir mythique pour les milliers de festivaliers et on l’espère pour Tiga. Oubliant les codes, la souffrance et comme un seul homme buté, courageux, le public s’est élancé sous la pluie pour ne plus s’arrêter. Tiga a eu beau faire une techno virant souvent vers l’électro aguicheuse et grossière, le moment était tellement synonyme de liberté que la foule souriait à l’averse. Le ciel avait une teine bien étrange ce matin-là. Entre jaune et rouge, chaos de la pluie et chaleur tropicale. On attend les vidéos et les photos avec impatience.

Coucher, 7h00. Merci, cher Sónar, on t’oubliera jamais, on est trempé, on va se faire une nuit de 20h et rentrer en France. Mais, on te dit à l’année prochaine.

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