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Richard Gotainer, forgeur de tempos

Rétrospectivement, l’année musicale passée ne se cantonne pas seulement à la disparition des grands musiciens que furent Chuck Berry, Chris Cornell ou encore Pierre Henry, ni à la redécouverte de la légendaire partition perdue de Stravinsky, « Chant Funèbre », voire à la naissance des jumeaux de Beyoncé et de Jay-Z. En effet, 2017 signe également le grand retour d’un des artistes français les plus épatant de ces quatre dernières décennies. Richard Gotainer, véritable amuseur public tout aussi finaud que clownesque, a effectivement d’abord choisi le contexte présidentiel, puis la chaleur lascive et voluptueuse de l’été, pour révéler deux nouveaux singles issus de son imagination burlesque mais scintillante : « Les Moutons » et « Je te oins, tu me oins ».

Né en 1948 à Paris, le jeune Gotainer fait très vite la démonstration d’une certaine sensibilité artistique liée à un sens de l’humour subtil et habilement exploité. Adolescent, il écrit des sketches avec son compère Jacky, que l’on retrouvera quelques années plus tard à la télévision, notamment dans Les Enfants du rock ou le Club Dorothée. Néanmoins, les deux amis ont du mal à se faire une place sur l’impitoyable scène parisienne. Pourtant, Richard persiste et signe : il sera artiste sinon rien !

Richard Gotainer

Passionné par ailleurs de musique pop et de cinéma, c’est donc sans surprise qu’il sera rapidement recruté par différentes agences de pub ayant flairé son talent et l’efficacité de sa plume. Il fondera ensuite avec Jacques Gaudillat « Gatkess », nouveau berceau de certains jingles publicitaires aujourd’hui cultes, tels que ceux relatifs aux marques Saupiquet, Vittel, BN, Belle des Champs (dont une version longue du morceau écrit pour l’occasion sera proposée dans son dernier album studio en date Espèce de Bonobo (Gatkess, 2008)) ou encore Danette (qui aujourd’hui a oublié le célèbre slogan « On se lève tous pour Danette ! » ?).

1976 marque sa rencontre déterminante avec Claude Engel, ancien guitariste du groupe Magma, au cours d’un enregistrement pour une publicité de la marque Banga. De façon tout à fait naturelle, le duo se forme et commence à travailler de concert, l’un complétant les compétences de l’autre. Très vite, un premier album viendra sceller cette collaboration fructueuse : Le Forgeur de Tempos (Gatkess, 1977).

Avec un parolier talentueux, maniant les mots avec une adresse remarquable d’une part et un musicien et mélodiste hors pair de l’autre, le tandem fera une entrée remarquée dans les bacs francophones et signera à partir de cet instant de nombreux autres succès tels que « Primitif », « Chipie », « Le Sampa », « Le Mambo du Décalco », « Zazou », « Tranche de Cake », « Poil Au Tableau » ou encore « Le Youki », désormais monuments incontournables du patrimoine musical en hexagone.

Richard Gotainer

Alors qu’il se faisait plutôt discret depuis 2008 et son Espèce de Bonobo, l’artiste a décidé de rompre le silence au mois de mai dernier avec « Les Moutons », un single aux accents moqueurs et au titre évocateur, adroitement dévoilé en pleine période électorale. Soutenu par clip réalisé par Léo Gotainer, fils du maestro en personne, le titre est du Gotainer tout craché : humour et dérision, paroles finement écrites, piquantes comme spirituelles ou amusantes et enfin musique simple mais redoutablement efficace. De quoi rassurer les nombreux admirateurs de ce grand monsieur qui s’enchagrinaient de son absence depuis bien trop longtemps.

Quelques semaines plus tard, c’est « Je te oins, tu me oins » qui est mis en ligne sur les réseaux sociaux, deuxième titre d’un album à paraître dans les mois à venir. Complètement décalée, cette pseudo-comptine cold wave aux accents eighties actualisés séduit par ses sonorités électroniques et robotiques, toujours très mélodiques et entêtantes. Une fois encore, Richard Gotainer s’empare d’un sujet aussi banal et anti-érotique que la question de la protection solaire et le rend des plus sexy grâce à une maîtrise parfaite de la langue de Molière, à coups de jeux de mots lubriques et salaces et de doubles sens taquins.

Comme toujours chez lui, les textes sont plus sérieux et travaillés qu’ils peuvent en avoir l’air au premier abord, chacune de ses pièces méritant toujours, à minima, une deuxième écoute plus avertie. Voici toute sa force, tout son éclat : offrir au banal une narration extraordinaire, un voile onirique et sensuel, une direction détonante et ambitieuse.

Richard Gotainer

Le maître Gotainer n’est pas mort, loin de là. Le forgeron manie toujours la plume avec habilité et talent, son verbe reste acerbe et intelligemment provocateur et sa poésie intacte lorsque le potentiel tubesque de chacune de ses compositions persiste et nous promet de bien belles choses à venir. Richard Gotainer revient et ça fait du bien. Beaucoup de bien.

Crédits photos tout au long de l’article : (un grand merci) à © Sylvain Landry

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2 commentaires

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Vincent Ligne Heureux 11.09.2017

Merci au génie Gotainer d’être de retour!

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Alain Ducept 09.09.2017

Ouiiiiiiiii
Ouiiii ouiiiiiiiii et encore oui.
Merci pour cet article.
Bises à Riri qui sur facebook a écrit qu’il apprécie !
Et en concert, j’ai adoré !

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