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Rencontre : Daughter, compositeur interprète

Quand on y regarde bien, notre époque ressemble de près à une cacophonie géante. La musique est partout, le bruit inévitable. C’est pourquoi, en pauvres individus globalisés, on lit, on entend et on ressent soi-même nécessairement le besoin de se rapprocher de l’intime. Comme en 2016, il n’y a plus de nature et qu’on va mourir sous les eaux, on ne dira pas qu’il faut « trouver son jardin secret » mais plutôt « s’immerger en eau douce ». Essai sur la tranquillité et l’émotion avec le trio Daughter.

Le 15 janvier 2016, trois ans après son premier opus If You Leave, Daughter, le trio composé de la chanteuse Elena Tonra, le guitariste Igor Haefeli et le batteur Remi Aguilella sortira le disque Not to Disappear chez 4AD. Le disque fait surtout suite à l’explosion du groupe qui tape pratiquement les 800k fans Facebook et a suffisamment de talent pour ne pas se reposer sur de très gros succès. Parmi eux, on compte le titre « Youth » qui, trois ans après sa découverte, fout toujours le cœur du public en vrac. Et qui sur scène n’en finit toujours pas de renverser les verres devenus terriblement secondaires. On n’oubliera pas non plus la reprise pas joyeuse du « Get Lucky » des Daft Punk et Pharell. Voici la retranscription de notre rencontre.

Interview

L’une de nos journalistes vous a rencontrés il y a deux ans pour la sortie de votre premier album et vous lui aviez confié rêvé enregistrer « Dans une église. Ou mieux encore, sur un petit bateau ! » . Vous avez eu l’occasion de le faire ?

Elena Tonra (chant) : Toujours pas. C’est une idée de dingues, mais rien de tout ça n’est déjà arrivé. Après, on a enregistré à New-York, à Brooklyn et c’était assez exceptionnel. On a aussi joué des sessions acoustiques dans des églises mais oui, on doit définitivement le faire dans un bateau.

Votre rapport à l’image était déjà bien appuyé au début du projet. Vous avez passé un cap. Cette année, vous avez invité Iain Forsyth & Jane Pollard, qui sont à l’origine du film sur Nick Cave : 20,000 Days on Earth, pour créer une trilogie. Comment s’est faite la rencontre ?

Elena : Ils ont fait notre tout premier clip en fait. Ils ont bossé sur « Still », sur « If You Leave ». On a de très bons rapports avec eux mais honnêtement, ce qu’ils ont fait sur cette trilogie est encore plus beau. Il y a eu toute une période où on ne faisait pas vraiment gaffe à notre image, au moment où on composait notre premier album. Ils ont un ami Stuart Evers, qui est auteur et qui a écrit les histoires de notre trilogie, puis les a envoyées à Iain and Jane qui les ont transformés en scénarios. C’est une chaîne de créativité très intéressante. Le premier épisode s’appelle The Dress, scénarisé dans le clip de « Doing The Right Thing », puis Window, scénarisé dans le clip de « Numbers » et enfin 5,040 qu’on n’a pas encore sorti.

Igor Haefeli (guitare) : Ils ont été assez tarés pour tourner les trois clips en quatre jours

Vous avez vu le film qu’ils ont fait sur Nick Cave ?

Remi Aguilella (percussions) : Oui, très beau.

Est-il humainement possible de ne pas être influencé par Nick Cave ?

Remi : Non, pas vraiment. Le truc marrant, c’est qu’on l’a vu au Zénith à Paris la dernière fois et je me demandais comment c’était possible d’avoir une aussi longue carrière et d’être toujours aussi pertinent. C’est la même chose pour les Bad Seeds. Il est très inspirant forcément. Et ce film, mi-documentaire, mi-fiction est brillant.

Daughter – Doing the right thing

De quelle autre façon que la musique, les projections vidéo ou la lumière, pensez­-vous qu’il soit possible de vous exprimer sur scène ?

Elena : De la comédie, par exemple ? Non, pas vraiment. Notre live est pas mal dépendant d’un gros travail de lumières. Maintenant que nous avons du temps, on va s’y mettre de plus en plus. Daughter s’est développé en se marquant comme un groupe assez intime, qui n’a pas besoin de projecteurs. Pourquoi pas de la danse comtemporaine ? Si on découvrait des danseurs qui nous touchent, bien sûr. Enfin, pas de danseurs derrière nous comme un backing dancing band. Et on doit pas mal se concentrer sur ce deuxième album…

Qui est souvent le plus dur pour un groupe…

Igor : Oui, même si ça n’est pas vraiment comme ça qu’on l’a ressenti car, le premier faisait suite à deux EPs de quatre morceaux. C’était plutôt à ce moment qu’on essayait de déterminer qui nous voulions être.

N’est-il pas frustrant pour une songwriteuse dont les textes poussent à l’international de se dire qu’une bonne partie de ton public ne comprend pas les paroles ?

Elena : Mhh, pas vraiment. Ça m’arrive souvent d’écouter des morceaux dont je ne comprends pas du tout les paroles et imaginer un sens, même s’il est complètement erroné. Sigur Rós est un bon exemple. Sigur Rós peut me faire sentir terriblement triste ou euphorique alors que je n’ai pas la moindre idée de ce que racontent les paroles. Ça n’a pas d’importance pour moi et j’espère que ça n’aurait pas d’importance pour eux que je ne les comprennent pas. La musique transcende parfois les mots. C’est bon du point de vue d’une auteure de savoir que certaines personnes saisissent le sens ou font des recherches.

Igor : Je trouve que les mélodies d’Elena sont vraiment intéressantes. Sa musique est captivante alors que je n’écoute pas toujours les mots.

Elena : Hannnnn…

Remi : En plus aujourd’hui, c’est très facile de trouver les paroles sur Internet – bon, même si elles ne sont pas toujours justes.

Daughter – Numbers

Pour traiter de votre titre « Doing the right thing », il y est dit que « Nous vivons tous pour finalement mourir, et entre temps nous faisons la bonne chose à faire. » Derrière cette ironie, y a-t-il une certaine crainte de ne pas faire les choses à temps ?

Elena : Je suppose. On a toujours le sentiment d’avoir un temps déterminé ici. On ne sait jamais ce qui peut arriver. J’aimerais me dire que je fais la bonne chose au bon moment et que je ne fais pas tout foirer. C’est pour ça qu’on fait de la musique, pour qu’il reste quelques sentiments qui resteront après notre mort sur une cassette ou un CD. Mais, je ne sais pas si je réponds à ta question, ahhh. Désolée.

Quelle est la raison inavouée pour laquelle vous faites de la musique ?

Elena : Ouh…

Remi : C’est la seule chose que je sais faire. Je ne saurais pas quoi faire et ne serais pas heureux à les faire.

Elena : Je serais assez effrayé de savoir quelle personne j’aurais été si je n’avais pas fait de musique. Enfin, attends, je ne suis pas en train de dire que j’aurais été un monstre horrible, mais dans ce sens, la musique est une très bonne thérapie. Ça permet de faire une certaine balance dans ma vie du point de vue mental.

Igor : Pour la plupart des musiciens, il y a un besoin de reconnaissance quelque part, qui est souvent inavoué. Pour ma part, je me dis des fois qu’avec notre histoire et nos textes, la façon dont on les vit, il serait bien d’y avoir un peu plus de ça dans le monde. Mais je ne le dis pas.

Crédit photo : Francesca Jane Allen
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