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Quantic, son temps de solitude

Fuir la pop et s’enivrer de cumbia, c’est le choix de Will Holland depuis une quinzaine d’années. Inutile de faire le pari de calculer le nombre de formations dans lesquelles il a évolué, d’instruments dont il sait jouer et encore moins de disques qu’il a passés en tant que DJ. Après huit ans dans des groupes, l’artiste compose un nouvel album en solo « Magnetica ». L’Anglais transpire la culture colombienne, celle de Cali et des Cent ans de solitude du récemment défunt, l’écrivain Gabriel García Marquez. Voici notre entretien avec l’éclatant Quantic.

Tu composes de la cumbia, du dub et même du hip-hop et de la techno avec toujours des influences sud-américaines. Un jour, tu pourras nous faire du latino-stoner ou de la cumbia-metal ?

Ce serait sympa. J’ai souvent joué avec des musiciens talentueux qui ont déjà joué tous les styles de musiques. C’est une vieille tradition de musiciens de s’essayer à tout. Si tu es à Paris et que tu es accordéoniste, tu dois savoir comment jouaient les mecs dans les années 50, c’est un aspect que j’ai appris avec les anciens. Aujourd’hui, beaucoup de gens vont te dire « moi je joue telle musique et surtout pas ça » mais je ne pense pas que c’est ce que la musique devrait être. Elle doit être jouée sous toutes ses formes. C’est pour ça qu’elle est si intéressante. La raison pour laquelle j’adore le reggae, par exemple, c’est parce qu’elle a des racines blues. Je n’ai jamais écouté beaucoup de reggae, sinon.

Il y a certains styles qui te barbent vraiment ?

Je ne suis vraiment pas fan de pop music ou de l’autotune.

Pas trop dur à vivre quand tu viens du pays de la pop ?

Ouais, je pense que je me suis échappé. Je suis un déserteur de la pop music.

Tu fais des cauchemars avec les Beatles ?

Non, en fait je les ai écouté pour la première fois il y a assez peu de temps. Ça ne passait pas à la maison, quand j’étais petit.

L’idée de ton retour à la production solo avec ce nouvel album « Magnetica » est récente ?

Je savais que ça allait venir mais, avec tous mes side projects, c’était dur de m’y mettre. Pour les précédents aussi, j’avais besoin de temps mais c’est une formule plus simple de composer avec un groupe – contrairement à ce qu’on peut penser. Tu échanges, ça fait une quantité d’idées supplémentaires. Et je n’avais presque pas à m’occuper de toute la prod pure.

Quelle est la trame de l’histoire de « Magnetica » ?

Chaque morceau a son histoire. C’est plus une suite de singles. Il y a quelque chose qui les relie : moi. Mais il y a un personnage principal à chaque fois différent. Certaines ambiances ne viennent pas d’abord de moi – je ne connaissais pas le jazz éthiopien apporté par Dereb The Ambassador. Ce disque essaie de capturer des ambiances. C’est un cinéma avec plein de personnages. C’est comme un set DJ avec pleins de tracks différentes qui sont réunies pour créer une entité. Selon mon interprétation, il y a une cohérence.

Tu habites maintenant à New-York mais tu as habité 7 ans à Cali en Colombie. En quoi la Colombie t’a attiré ?

La première chose est que je voulais vraiment partir d’Angleterre. Devenir producteur, être écouté, invité en tant que DJ et sortir des disques, tout ça m’a permis de voyager. Je me suis intéressé à la Colombie après être venu y jouer. Un jour, mon père est mort, et je voulais un vrai changement, me barrer d’Angleterre. En Colombie, la qualité de vie est super. Enfin, si tu veux voir des grands boulevards plein de voitures, n’y va pas. Mais, si tu aimes les mangues fraîches, ça devrait plus te plaire. Pour moi, il y a plus de richesse là bas, contrairement à ce qu’on peut en penser. Je voulais aussi un rythme de vie plus simple, un refuge, un endroit pour me concentrer sur la musique et pas le business. C’est peut-être égoïste mais ça m’a plu.

Tu es reconnu en tant artiste en Colombie ou ta popularité est plus occidentale ?

De plus en plus en Colombie. Le projet Ondatrópica [l’un de ses nombreux groupes, celui-ci avec le Colombien Mario Galeano, ndlr] a été très positif dans ce sens, ça m’a ouvert un nouveau public sud-américain. Sur la Radio Nacional de Colombia, le morceau Muévelo Negro est devenue N°4 sur les charts colombiens, donc on peut être fiers que ça touche aussi le grand public.

Que penses-tu du terme world music ?

C’est une façon très flemmarde de donner un nom à une culture qu’on ne connaît pas. C’est comme dire pop ou electro. C’est condescendant, surtout si tu viens du Congo, par exemple, et que tu fais un style très étudié et qu’on te range dans cette case. Tout vient du monde. Mais il ne faut pas le prendre trop au sérieux.

Tu as sorti tous tes disques sur le label Tru Thoughts. La fidélité est une valeur importante en musique ?

Oui, la loyauté est importante. L’industrie musicale change tout le temps mais eux sont restés assez constants. Ils ne m’ont jamais pressé artistiquement. Heureusement parce que de mon côté, je suis allé de plus en plus dans des directions dangereuses, pas forcément très commerciales. Il y a aussi un esprit très punk que j’aime bien. C’est sain.

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